Plongée dans "l'outrenoir" de Soulages au musée des Beaux Arts de Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/10/2012 à 09H08
Pierre Soulages posant devant une de ses oeuvres de "l'outrenoir"en 2010

Pierre Soulages posant devant une de ses oeuvres de "l'outrenoir"en 2010

© MIGUEL MEDINA/AFP

Ce peintre, qui a traversé le XXe siècle et imposé sa peinture abstraite radicale, dévoile ses oeuvres réalisées depuis 2000 au Musée des Beaux-arts de Lyon, allant toujours plus loin dans ses recherches sur "l'outrenoir". 26 tableaux, dont certains inédits provenant de sa collection personnelle, sont présentés à partir de vendredi et jusqu'au 28 janvier dans le Palais Saint-Pierre. Ils seront, ensuite, accrochés à la Villa Médicis à Rome.

"C'est la première fois que l'on fait une exposition uniquement (sur mes tableaux) du XXIe siècle", se félicite l'artiste de 92 ans. "Je suis plutôt tourné vers les choses que je ferai ou que je suis en train de faire que vers le passé", explique-t-il au milieu de ses toiles géantes. "Mes toiles vivent dans la réception que le spectateur en a", considère Pierre Soulages, pour qui "la réalité d'une peinture est un triple rapport", entre l'artiste, le tableau sur lequel "les sens ou les émotions peuvent venir se faire ou se défaire", et "le regardeur" qui "change toujours".

Plongée dans "l'outrenoir"
"On parle souvent du tournant de 1979 quand Pierre Soulages découvre l'outrenoir", presque par hasard alors que le noir qui avait envahi une toile a réfléchi la lumière mais "il y a eu un deuxième moment où l'artiste a adopté une peinture plus libre et spontanée, s'abandonnant à de nouvelles innovations", au tournant du nouveau siècle, remarque Sylvie Ramond, directrice du Musée des beaux-arts et commissaire de l'exposition aux côtés d'Eric de Chassey, directeur de l'Académie de France à Rome. Elle note que sur la période "se définissent des nouvelles familles" de tableaux, ceux avec collages, ceux où sont juxtaposés lisse et relief ou ceux comprenant du blanc. Ainsi deux toiles striées de mars 2012, l'une toute noire, l'autre toute blanche, sont mises en regard, montrant en fait que sombre et clair sont présents de part et d'autre.

L'assistant de Pierre Soulages depuis trente ans, Dan McEnroe, pointe un travail qui tend vers l'épure, avec par exemple "quelques coups" de pinceau sur un fond noir, et ces deux dernières années l'emploi de "touches plus larges", satinées ou mat, produisant des reliefs changeant. "C'est une peinture de lumière", rappelle-t-il en réglant les éclairages, une longue opération qui nécessite selon lui "presque une interprétation".

La richesse d'expression des toiles sombres
La première salle, au sol et murs noirs à l'exception d'un qui est blanc, démontre la richesse des expressions de toiles sombres. Outre les 26 tableaux récents, le musée offre deux présentations satellites d'oeuvres plus anciennes de Soulages, permettant ainsi une confrontation. L'une est constituée d'une série de 7 toiles réalisées pour la Biennale d'art contemporain de Lyon de 1991, l'autre met en valeur trois peintures acquises en 2011 par le Musée des beaux-arts. Un "brou de noix sur papier" de 1947, une toile de 1967, trouée blanche sur fond noir, et un triptyque de 2009 illustrant le basculement dans "l'outrenoir" sont ainsi proposés aux côtés de quelques tableaux prêtés par des collectionneurs.