Pierre-Joseph Redouté, le "Raphaël des fleurs", au musée de la Vie Romantique : exposition prolongée

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 10/07/2017 à 15H31, publié le 23/05/2017 à 17H15
A gauche, "Portrait du peintre Redouté" par François-Pascal-Simon Gérard, Bruxelles, musées Royaux des Beaux-arts - A droite, Pierre Joseph Redouté (1759-1840), "Fritillaire impériale" dans "Les Liliacées" par Augustin Pyrame de Candolle, Pierre-Joseph Redouté, François de Laroche, Alire Raffeneau-Delile, Paris, 1802 – 1816, Paris, MNHN, direction des Collections, Bibliothèque centrale

A gauche, "Portrait du peintre Redouté" par François-Pascal-Simon Gérard, Bruxelles, musées Royaux des Beaux-arts - A droite, Pierre Joseph Redouté (1759-1840), "Fritillaire impériale" dans "Les Liliacées" par Augustin Pyrame de Candolle, Pierre-Joseph Redouté, François de Laroche, Alire Raffeneau-Delile, Paris, 1802 – 1816, Paris, MNHN, direction des Collections, Bibliothèque centrale

© A gauche © Musées Royaux des Beaux-Arts de Belgique, Bruxelles / Photo d’art Speltdoorn & Fils, Bruxelles - A droite © Muséum national d'Histoire naturelle / Dist. RMN.

On le surnommait le Raphaël des fleurs. Les aquarelles de Pierre-Joseph Redouté sont emblématiques d'une époque d'engouement pour la flore, au XVIIIe et au XIXe siècle. Le musée de la Vie romantique à Paris lui consacre une exposition avec notamment les célèbres vélins du Muséum d'histoire naturelle. Une présentation prolongée de près d'un mois, jusqu'au 29 octobre, en raison du succès.

L'étude de la botanique connaît un âge d'or à la fin du XVIIIe. Des expéditions explorent les quatre coins du monde où on découvre, dessine et classifie une flore inconnue, selon les principes de Carl von Linné (1717-1778), qui vient de fonder le système moderne de nomenclature des plantes. C'est dans ce contexte que la virtuosité de Pierre-Joseph Redouté va s'épanouir. Les fleurs sont aussi à la mode dans les tenues, dans les cheveux des dames, qui tiennent des bouquets à la main, comme le montrent quelques portraits peints.
 
Né dans les Ardennes belges, Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) a appris la peinture pendant dix ans dans les Flandres, où il réalise des décors et des portraits. Une toile de cette époque représentant une Vierge assise dans une guirlande de roses, d'œillets, d'iris montre déjà son goût et son talent de peintre de fleurs.
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), "Microlonchus salmanticus", 1788, Liège, Université de Liège

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), "Microlonchus salmanticus", 1788, Liège, Université de Liège

© Collections artistiques de l’Université de Liège, Belgique


Des fragiles peintures sur vélin

Redouté s'installe en 1783 à Paris où il se spécialise rapidement dans l'illustration botanique. Il est admiré pour son talent artistique aussi bien que pour la précision de son trait. C'est le Néerlandais Gérard Van Spaendonck qui lui enseigne la technique de l'aquarelle sur vélin. Le vélin est un parchemin très fin et très blanc obtenu à partir d'une peau de veau mort-né ou de veau de lait. Impressionné par la virtuosité de son élève, Spaendonck le fait travailler avec lui pour la Collection du roi. Redouté entre en 1793 au Muséum national d'histoire naturelle, dont il deviendra en 1822 le "maître de dessin".
 
Ses peintures sur vélin, qui restituent les fleurs comme si elles étaient vivantes devant nous, avec leurs couleurs délicates, sont au centre de l'exposition du Musée de la vie romantique, prêtés par le Muséum national d'histoire naturelle. Car depuis le XVIIe siècle, les animaux et les végétaux sont répertoriés sur ce support, dans un format fixe de 46 x 33 cm. Les vélins de Redouté exposés doivent tourner dans l'exposition et être renouvelés car, fragiles, ils ne peuvent pas être exposés très longtemps. A côté sont présentées quelques planches d'herbiers, car ceux-ci servaient à Redouté pour dessiner avec précision les végétaux. Il observait également les fleurs vivantes pour un meilleur rendu des couleurs.
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) "Cactus cochellinifer", aquarelle sur vélin destinée au recueil "Plantanum succulentaum historia [Histoire des plantes grasses]", 1797-1798, Paris, muséum national d’histoire naturelle

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840) "Cactus cochellinifer", aquarelle sur vélin destinée au recueil "Plantanum succulentaum historia [Histoire des plantes grasses]", 1797-1798, Paris, muséum national d’histoire naturelle

Des illustrations pour les albums des naturalistes

Redouté n'a pas travaillé uniquement pour le Muséum. Il a été le peintre du cabinet de la reine Marie-Antoinette. Et en 1798, c'est Joséphine Bonaparte, sa plus grande mécène, qui fait de lui son peintre officiel. Elle collectionne à la Malmaison des plantes exotiques et lui commande des albums.
 
Redouté a aussi illustré les ouvrages des naturalistes les plus célèbres, réalisé des dizaines de recueils : on peut admirer dans l'exposition de magnifiques et grands albums sur les roses ou sur les plantes rares. Pour ces livres, Redouté a utilisé une nouvelle technique de gravure dite au pointillé, qu'il a améliorée : une roulette juxtapose finement des points dans la plaque de métal qui sert à l'impression. Souvent, il retouche ensuite les gravures à l'aquarelle.
 
A cette époque de découvertes, des horticulteurs acclimatent des plantes et des fleurs venues d'Amérique, d'Australie, de Chine, d'Egypte ou de Perse, comme Jacques Philippe Martin Cels à Montrouge. Celui-ci commande des ouvrages sur sa collection que Redouté va illustrer.
Jacquemard & Bénard Successeurs de Réveillon, Panneau décoratif, Paris, Faubourg Saint-Antoine 1794-1797, Paris, musée des Arts Décoratifs 

Jacquemard & Bénard Successeurs de Réveillon, Panneau décoratif, Paris, Faubourg Saint-Antoine 1794-1797, Paris, musée des Arts Décoratifs 

© Paris, les Arts Décoratifs


Une inspiration pour l'industrie

L'engouement pour les fleurs se retrouve dans les arts décoratifs, et les dessins de Redouté ont inspiré l'industrie, du textile à la porcelaine. Les fleurs sont tellement à la mode qu'un cours de dessin de fleurs est créé après la Révolution à l'Ecole des Beaux-arts de Lyon pour fournir des motifs pour les tissus. Les élèves réalisent des études d'après nature au Jardin des Plantes situé sur les pentes de la Croix-Rousse.
 
Ce mouvement est illustré dans l'exposition par des papiers peints, des motifs floraux sur tissus, ou sur de somptueuses assiettes de porcelaines de Sèvres, ou un projet de décor avec roses, lilas et tulipes pour le vase "Floréal", produit à Sèvres tout le long du XIXe siècle.
Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), "Fleurs : roses trémières, raisins et le lori cramoisi", 1836 Paris, musée du Louvre département des arts graphiques

Pierre-Joseph Redouté (1759-1840), "Fleurs : roses trémières, raisins et le lori cramoisi", 1836 Paris, musée du Louvre département des arts graphiques

© RMN-Grand Palais (musée du Louvre) / Michel Urtado /Service presse/ MVR


Les roses du musée de la Vie romantique

Redouté souhaite fournir des modèles aux manufactures et se lance dans un album (inachevé) "destiné à l'enseignement dans les écoles spéciales, aux manufactures et aux applications industrielles de tous genres". Dans le même esprit, il vend à la manufacture de Sèvres 51 études de fleurs, de fruits ou d'oiseaux, dont une délicate peinture de bleuets comme suspendus dans l'air, ou de sensuelles fleurs de merisier.
 
Le musée de la Vie romantique est hors du temps : installé dans un hôtel particulier du 9e arrondissement, avec un petit jardin fleuri, il est reposant au milieu du tumulte parisien. On y passerait volontiers tout l'après-midi. Un endroit rêvé pour aller voir les fleurs de Pierre-Joseph Redouté, qui en cette saison répondent aux rosiers de toutes les couleurs du jardin.
Le musée de la Vie romantique à Paris

Le musée de la Vie romantique à Paris

© Sylvain Sonnet / HEMIS / AFP