Montpellier célèbre Frédéric Bazille, précurseur de l'impressionnisme

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 24/06/2016 à 11H09
Devant la toile "Etude de nu" de Frédéric Bazille au Musée Fabre de Montpellier

Devant la toile "Etude de nu" de Frédéric Bazille au Musée Fabre de Montpellier

© SYLVAIN THOMAS / AFP

La fulgurante carrière de Frédéric Bazille, dandy mélancolique, précurseur de l'impressionnisme, est au coeur de l'exposition d'envergure internationale débutant samedi au musée Fabre de Montpellier, sa ville natale.

L'exposition "Frédéric Bazille, la jeunesse de l'impressionnisme", initiée par le musée Fabre, réunit 45 des 52 peintures connues de l'artiste grâce à des prêts du musée d'Orsay, de musées étrangers et de collectionneurs privés. Elle offre également en contrepoint des oeuvres de peintres que Bazille admirait, Manet, Delacroix, Corot ou Courbet, et de compagnons de route avec lesquels il partagera amitié, ateliers et modèles, Renoir, Monet ou Sisley.

Reportage: F. Hertmann / F. Jobard / V. Portela Rosa

Né à Montpellier le 6 décembre 1841 au sein d'une famille de la bourgeoisie protestante qui le destine à la médecine, Frédéric Bazille devra lutter pour devenir artiste - une activité jugée excentrique par son milieu. Une série de "rencontres décisives" l'y aident, souligne Michel Hilaire, directeur du Musée Fabre: il fréquente notamment à Montpellier l'un des plus grands mécènes de l'époque, Alfred Bruyas.

A l'entrée de l'exposition "Frédéric Bazille, la jeunesse de l'impressionnisme" au Musée Fabre de Montpellier

A l'entrée de l'exposition "Frédéric Bazille, la jeunesse de l'impressionnisme" au Musée Fabre de Montpellier

© SYLVAIN THOMAS / AFP

A 21 ans, le brillant jeune homme part à Paris où il s'inscrit à l'atelier du peintre Charles Gleyre. Il y rencontre Renoir, Sisley et Monet, qui l'incite à peindre en extérieur. "C'est l'image de l'artiste au travail et aussi de sa vocation longtemps contrariée qu'il peint" dans son "autoportrait à la palette" venu de Chicago, analyse Paul Perrin, Conservateur des peintures au Musée d'Orsay.

A partir de 1864, lorsque Bazille ose enfin avouer à sa famille qu'il compte se vouer entièrement à la peinture, le jeune dandy romantique est "au coeur de l'aventure collective que constitua la naissance de l'impressionnisme", souligne Michel Hilaire. "C'est à la fois un classique et un pré-impressionniste qui appartient à la modernité", explique-t-il. Si sa touche demeure ferme et non "divisée", l'artiste participe activement à "la révolution de la lumière" qui mène à l'impressionnisme.

Reportage : M. Berrurier / B. Vignais / M. Gualandi / V. Poulain

Un peintre de la lumière

En témoignent les chefs d'oeuvres réunis dans la salle centrale de l'exposition, baignée de lumière naturelle. Notamment la "vue de village" de 1868 dans laquelle Bazille représente au premier plan, dans l'ombre d'un jeune pin, la fille de métayers de son père face à l'ardente lumière posée sur les maisons ocres du village de Castelnau-le-Lez, en arrière-plan. Ou encore "la réunion de famille", tel un instantané dans lequel la lumière filtre à travers les feuillages. On y retrouve "l'immobilité, le temps suspendu, la mélancolie, une harmonie de couleur à la fois douce et audacieuse" caractéristiques du peintre, relève M. Perrin.

Bazille Musée Montpellier © YLVAIN THOMAS / AFP

C'est souvent "la lumière du Languedoc" que Bazille fait entrer dans l'histoire de la peinture, comme dans ses paysages d'Aigues-Mortes, note le directeur du musée Fabre. Partageant la préoccupation de ses contemporains pour le nu, Bazille fait scandale en représentant un homme issu du peuple dans une nudité naturelle dans "Le pêcheur à l'épervier". L'exposition réunit les deux versions de "Négresse aux pivoines", qui figurent parmi les derniers tableaux du jeune peintre et montrent un style plus proche de Manet.

Mort au combat

Ses deux derniers tableaux - "Ruth et Booz" et "Paysage au bord du Lez", presque mystiques, révèlent les tourments d'un être qui peine à trouver sa place. En juillet 1870, alors que la France déclare la guerre à la Prusse, contre l'avis de ses amis et de sa famille, Bazille s'engage dans un régiment de zouaves, un des corps les plus exposés aux combats. Le jeune peintre est tué à la bataille de Beaune-la-Rolande (Loiret) le 28 novembre 1870, quelques jours avant son 29e anniversaire.

L'impressionnisme naîtra officiellement quatre ans plus tard. Et Manet insistera pour que Bazille, qui fut souvent le modèle de ses amis, soit présent à la seconde exposition impressionniste de 1876 à travers son portrait, peint par Renoir. L'exposition consacrée à Frédéric Bazille jusqu'au 16 octobre au musée Fabre sera présentée au musée d'Orsay à Paris du 15 novembre 2016 au 5 mars 2017 et à la National Gallery of Art de Washington du 9 avril au 9 juillet 2017.

Interview vidéo de Michel Hilaire sur l'histoire de "La réunion de famille", tableau emblématique de Frédéric Bazille et de Montpellier