Matisse au musée des Beaux-Arts de Lyon : histoire d'une renaissance

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 18H09, publié le 30/11/2016 à 13H03
Henri Matisse, détail de "Femme assise dans un fauteuil" Thèmes et variations, série P (1-6), 1942 Don de l’artiste,1943, Lyon, 

Henri Matisse, détail de "Femme assise dans un fauteuil" Thèmes et variations, série P (1-6), 1942 Don de l’artiste,1943, Lyon, 

© France 3 / Culturebox / capture d'écran

Le musée des Beaux-arts de Lyon consacre une exposition exceptionnelle au peintre Matisse. Intitulée "Le laboratoire intérieur", la rétrospective dévoile un passage méconnu de la vie du peintre : son séjour à Lyon qui lui permit de guérir d'un cancer. 250 œuvres, dessins, peintures mais aussi gouaches découpées sont exposées à partir du 2 décembre jusqu'au 6 mars 2017.

Le musée des Beaux-Arts de Lyon propose d'entrer dans le "Laboratoire intérieur d'Henri Matisse" à travers 250 œuvres. Une exposition longuement préparée puisqu'il a fallu près de deux ans et demi pour rassembler des trésors parfois méconnus. 
"Il a fallu revenir auprès de certaines institutions, auprès de la famille de l'artiste pour leur dire que l'on avait envie de faire dialoguer des oeuvres qu'ils détenaient dans leur collection particulière", explique Sylvie Ramond, la Conservatrice du Musée des Beaux-Arts de Lyon.
À côté des sculptures, gravures et peintures, l'exposition souligne aussi l'importance de la pratique quotidienne du dessin et de la gouache découpée chez cet artiste qui s'installa à Lyon durant quelques mois pour subir une opération.
Pierre noire, encre de Chine, fusain ou sanguine, la rétrospective de Lyon retrace habilement la main de Matisse qui savait faire jouer les lignes en noir et blanc comme en couleur. 
Reportage : S. Adam / L. Crozat / S. Trentesaux 

Une guérison "comme par miracle"

En 1941, Henri Matisse (1869-1954) est gravement malade. Atteint d'un cancer du duodénum, ses médecins lui donnent six mois à vivre. Le peintre décide alors de venir se faire soigner à la Clinique du Parc de Lyon. Opéré par le professeur Santy, il se remet miraculeusement de sa maladie.
Reportage : S. Adam / L. Crozat / AS. Saboureau

Durant sa courte convalescence, il s'installe dans le Grand Nouvel Hôtel en plein centre-ville. Dans ses interviews avec le critique Pierre Courthion, Matisse qualifiera Lyon de "ville en profondeur"et "consistante".
Grand Nouvel Hotel, rue Grôlée à Lyon 

Grand Nouvel Hotel, rue Grôlée à Lyon 

© France 3 / Culturebox / capture d'écran

Matisse et Lyon

Henri Matisse ne reste que peu de temps à Lyon (de janvier à avril) mais il noue de profondes relations artistiques. Notamment avec René Jullian, directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon et qui cherche à se rapprocher de Matisse pour acquérir une de ses œuvres. En 1943, l’artiste envoie au musée un exemplaire de son livre "Thèmes et variations" qu’il accompagne d’une série de six dessins originaux réalisés pour cet ouvrage.

Le département des arts graphiques du musée des Beaux-Arts de Lyon conserve précieusement cette lettre de Matisse. "Nous sommes en 1943 et le tableau entrera définitivement dans les collections en 1947", rappelle encore Sylvie Ramond.
Lettre d'Henri Matisse au directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon en 1947

Lettre d'Henri Matisse au directeur du musée des Beaux-Arts de Lyon en 1947

© France 3 / Culturebox

Point d’orgue de cette relation, l’achat en 1947, après de nombreuses négociations, d’une peinture de Matisse par Jullian : le portrait de "L'antiquaire Georges-Joseph Demotte".
Détail de "L’Antiquaire Georges-Joseph Demotte" (1918), Henri Matisse

Détail de "L’Antiquaire Georges-Joseph Demotte" (1918), Henri Matisse

© France 3 / Culturebox / capture d'écran

Cette collection d’œuvres de Matisse sera encore augmentée en 1993 par "Jeune Femme en blanc, fond rouge" (1946), déposée par le Centre Pompidou après la dation de Pierre Matisse, le fils de l’artiste.

La renaissance

À partir de 1943 et jusqu’en 1950, le peintre donne régulièrement à l’institution lyonnaise ses ouvrages illustrés, dont le célèbre album "Jazz" qui marque les débuts de Matisse pour la technique des gouaches découpées. 
Gouaches découpées de la série Jazz

Gouaches découpées de la série Jazz

© France 3 / Culturebox

Découper à vif dans la couleur me rappelle la taille directe des sculpteurs. Ce livre a été conçu dans cet esprit.

Matisse à propos de la série Jazz
"Il a conscience, après Lyon, qu'il a encore beaucoup de choses à dire dans le domaine du dessin, des livres illustrés. Il sort affaibli de cette opération mais les années qui vont se succéder vont être une floraison pour les dessins mais aussi pour toutes les gouaches découpées". 
Jazz matisse 2 © France 3 / Culturebox

Après sa guérison, Matisse revient à Nice puis s'installe à Vence en 1943 pour fuir les bombardements. Il envisage alors l'art autrement et fait à nouveau évoluer sa création artistique. Son expérience lui permet de synthétiser et d'aller au plus profond des techniques et de l'art pour résoudre le conflit entre dessin et couleur. L'artiste met parfois six mois à réaliser une découpe, toujours avec rigueur, inventivité et créativité.

Matisse laisse derrière lui plus de 400 éléments de collage, il décède en 1954 à Nice qui lui dédie un musée. 
Papier découpé de la série "Jazz"

Papier découpé de la série "Jazz"

© France 3 / Culturebox