Marie Laurencin au Musée Marmottan : exposition prolongée

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/03/2013 à 11H22
Marie Laurencin, Trois jeunes femmes, vers 1953, Musée Marie Laurencin, Nagano-Ken, Japon

Marie Laurencin, Trois jeunes femmes, vers 1953, Musée Marie Laurencin, Nagano-Ken, Japon

© Adagp, Paris 2013

Marie Laurencin, figure du milieu de l’art de la première partie du XXe siècle, peintre au style très personnel, a été peu exposée en France. Le musée Marmottan-Monet à Paris lui rend hommage avec une rétrospective de 90 œuvres. L'exposition est prolongée jusqu'au 21 juillet 2013

Marie Laurencin (1883-1956) est appréciée au Japon, où elle a été plusieurs fois exposée. Elle a même son musée, à Tokyo. C’est celui-ci qui a prêté la plupart des œuvres qu’on peut voir au musée Marmottan (jusqu’au 30 juin 2013).
 
Marie Laurencin, élevée par sa mère, couturière à Paris, se forme à la peinture sur porcelaine à Sèvres, puis à l’Académie Humbert. Elle rencontre Georges Braque, Picasso, Guillaume Apollinaire. Elle fréquente le Bateau-Lavoir.
 

Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (2e version), 1909, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris

Marie Laurencin, Apollinaire et ses amis (2e version), 1909, Musée national d'art moderne, Centre Georges Pompidou, Paris

© Adagp, Paris 2013

 
Ses premiers autoportraits de 1905 font penser à Renoir. Puis elle s’intéresse au cubisme tout en cherchant son style. Ses visages s’allongent, marqués par un trait noir. Les yeux, très noirs aussi, s’allongent. Elle peint ses compagnons artistes, Guillaume Apollinaire, Pablo Picasso et leurs amis.
                                                                                                                  
"Les deux sœurs au violoncelle" (1913-1914) sont marquées par le cubisme dans le trait, les plis de la jupe et les cheveux. Mais déjà le style de Marie Laurencin s’affirme. Les bras et les doigts sont très longs, elle commence à sélectionner les couleurs : "Je n’aimais pas toutes les couleurs", dira-t-elle en 1934. "Alors pourquoi se servir de celles que je n’aimais pas ? Résolument, je les mis de côté. Ainsi, je n’employais que le bleu, le rose et le vert, le blanc et le noir."
 

 
"Trumeau pour la maison cubiste" (1912) montre une jeune fille aux traits très stylisés, à côté d’un rideau et d’une fleur en masses vaporeuses bleue et rose.
 
Mariée à un baron allemand, Otto Christian Heinrich von Wëtjen, Marie doit s’exiler pendant cinq ans à Madrid au moment de la Première guerre mondiale. Des années difficiles pour elle, où ses figures, essentiellement féminines et souvent mélancoliques, parfois avec des animaux, se font plus profondes. Elle peint peu et visite souvent le Prado.
 
De retour à Paris pendant les années folles, Marie Laurencin connaît le succès. Ce sont des années fastes puisque le marchand d’art Paul Rosenberg lui signe un contrat et l’expose. Elle fait des portraits de commande pour la bonne société et fréquente de nombreux écrivains, comme Cocteau.
 

Marie Laurencin, Les deux Espagnoles, 1915, Collection particulière / Galerie Paul Rosenberg coo, Paris

Marie Laurencin, Les deux Espagnoles, 1915, Collection particulière / Galerie Paul Rosenberg coo, Paris

© Adagp, Paris 2012

 
Elle peint surtout des figures féminines, seules, à deux ou en groupe, dont les traits s’estompent dans le blanc du visage, où les yeux toujours très noirs et une bouche bien rose semblent flotter. Ses tableaux reflètent son penchant pour les femmes, après de nombreuses aventures masculines ("Le Baiser", "
Trois jeunes femmes"…).
 
Elle imagine des scènes de château où flottent toujours des jeunes filles : "Mes femmes sont d’abord des filles et elles deviennent toutes des princesses", dit-elle.
 
Dans ses toiles, il y a souvent des animaux, domestiques ou fantasmatiques, des fleurs. Et aussi des guitares, clin d’œil aux cubistes ou bien à ses années d’exil espagnol ? Elle expose d’ailleurs encore en 1929-1930 à la Galerie Paul Rosenberg avec Braque, Picasso et Matisse.
 

Marie Laurencin, Le baiser, vers 1927, Musée Marie Laurencin, Nagano-Ken, Japon

Marie Laurencin, Le baiser, vers 1927, Musée Marie Laurencin, Nagano-Ken, Japon

© Adagp, Paris 2012

 
Pendant ses années de maturité, à partir des années 1930, ses figures s’estompent plus encore, devenant plus vaporeuses. Est-ce parce que sa vue baisse ? Ou parce qu’en panne d’inspiration, elle répète à l’infini les mêmes motifs, dans les mêmes couleurs ?
 
Autant dans ses jeunes années, ses recherches pouvaient paraître intéressantes, au contact d'un milieu artistique stimulant, autant à la fin de sa vie, elle semble avoir trouvé une recette dont on se lasse à la longue.

Marie Laurencin, Musée Marmottan Monet, 2 rue Louis Boilly, 75016 Paris
tous les jours sauf le lundi et le 1er mai, 10h-18h, nocturne le jeudi jusqu'à 20h
tarifs : 10€ / 5€
L'exposition, prévue jusqu'au 30 juin, est prolongée jusqu'au 21 juillet 2013