Londres : les Pré-Raphaélites à l'honneur à la Tate Gallery

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 12/09/2012 à 18H48
"Ophélie" (1851-52), de John Everett Millais, à la Tate Britain de Londres (24/9/2007)

"Ophélie" (1851-52), de John Everett Millais, à la Tate Britain de Londres (24/9/2007)

© Ray Tang / Rex Features / Rex / Sipa

Pour la première fois depuis 30 ans, le Royaume-Uni consacre une exposition au mouvement pré-raphaélite, une confrérie artistique audacieuse et romantique, née au milieu du XIXe siècle.

Bienheureux Londoniens ! Depuis ce mercredi 12 septembre, la Tate Gallery expose plus de 150 oeuvres, peintures, sculptures, pièces de mobilier, du cultissime mouvement pré-raphaélite, ces jeunes artistes qui avaient insufflé un vent nouveau dans la création artistique en pleine période victorienne. Intitulée "Les Pré-Raphaélites, l'avant-garde victorienne", l'exposition court jusqu'au 13 janvier 2013.


En lutte contre l'académisme
La "confrérie pré-raphaélite" fut fondée en 1848 par trois artistes âgés à l'époque de 19 à 21 ans, William Holman Hunt (1827-1910), John Everett Millais (1829-1896) et Dante Gabriel Rossetti (1828-1882). Leur démarche : batailler contre le conformisme académique incarné par l'oeuvre de l'Italien Raphaël (1483-1520), dont l'influence pesante et persistante sclérosait passablement, selon eux, la création anglaise de l'époque.

C'est ainsi qu'ils ont renoué, notamment, avec l'usage des couleurs vives dans leurs oeuvres, celles-ci s'inspirant de thèmes à forte inspiration romantique. Parmi les emblèmes du mouvement, figure le fameux tableau "Ophélie" (1851-1852) de Millais, logiquement l'une des oeuvres phares de l'exposition. Du même artiste, on a appris récemment que dans un autre de ses tableaux, "Isabella" (1849), une ombre ambigüe, ressemblant à une érection, avait été fraîchement mise en évidence, ce qui prouve que le trio d'artistes romantiques ne manquait pas de malice...


Trailer de l'exposition


L'un des premiers mouvements d'avant-garde
Quelque 150 ans plus tard, les Pré-Raphaélites apparaissent comme l'un des premiers mouvements artistiques d'avant-garde, tant dans la peinture que dans d'autres expressions artistiques, sculptures ou pièces d'ameublement, comme l'armoire dessinée en 1858 par l'architecte Philip Webb (1831-1915) et peinte par Edward Burne-Jones (1833-1898), ou le lit du designer William Morris (1834-1896).

Les Pré-Raphaélites ont aussi été "les premiers artistes à avoir sorti leurs toiles dehors et à peindre en extérieur", notamment des êtres vivants, "ce qui a été facilité par le développement du train", selon Alison Smith, la curatrice de l'exposition, citée par l'AFP. Ainsi, pour son tableau "The pretty Baa-Lambs" (1851-59), le peintre Ford Madox Brown (1821-1893) avait ainsi fait venir, chaque matin, des moutons en charrette... Dans son journal, il se plaignait du fait que l'un de ses modèles ait mangé "toutes les fleurs du jardin, où ils avaient l'habitude de très mal se conduire" !

Dante Gabriel Rossetti, "Astarte Syriaca" (1877), tableau choisi comme affiche de l'exposition

Dante Gabriel Rossetti, "Astarte Syriaca" (1877), tableau choisi comme affiche de l'exposition

© Manchester City Galleries
Pour la curatrice Alison Smith, l'avènement des Pré-Raphaélites constitue "la seule fois qu'un mouvement artistique britannique ait changé le monde". Si ce mouvement des Pré-Raphaélites est parfois décrié, en son temps, "tout le monde les connaissait et ils étaient l'équivalent, pourrait-on dire, de Damien Hirst aujourd'hui".

Il a fallu cinq ans pour monter cette exposition londonienne, la première de cette ampleur en trente ans au Royaume-Uni sur les Pré-Raphaélites. Après Londres, elle ira à la National Gallery of Art à Washington et au musée Pouchkine à Moscou. On ne peut que rêver à un passage futur par Paris...