Les pois et les miroirs de Yayoi Kusama triomphent à Tokyo et à Washington

Par @Culturebox
Publié le 24/02/2017 à 15H50
Yayoi Kusama au National Art Centre de Tokyo, pour son exposition "My Eternal Soul" (21 février 2017)

Yayoi Kusama au National Art Centre de Tokyo, pour son exposition "My Eternal Soul" (21 février 2017)

© Masatoshi Okauchi / REX / Shutterstock / SIPA

Miroirs ouvrant sur l'infini, pois multicolores et gigantesques ballons, le monde teinté d'hallucinations de Yayoi Kusama est célébré par deux grandes expositions simultanées au Japon et aux Etats-Unis. A 87 ans, l'artiste japonaise conserve sa même soif créatrice.

"Je m'attache à faire de l'art du matin au soir, tous les jours", a-t-elle confié, coiffée d'une perruque rouge et vêtue d'un kimono jaune et noir décoré de ses célèbres pois noirs, à la centaine de journalistes réunis à Tokyo pour la présentation de son exposition au National Art Center. "Je veux créer tant que je vivrai", a encore affirmé Yayoi Kusama, en chaise roulante.
 
La vie et la création sont deux choses inséparables pour cette artiste d'avant-garde aux 65 ans de carrière, qui a signé quelque 520 oeuvres pour sa seule série "Mon âme éternelle" ("My Eternal Soul") lancée en 2009, objet de l'exposition de Tokyo.
 
Sacs à main de grande marque, immeubles, corps nus : ses célèbres pois estampillent de nombreux supports... et ses oeuvres valent à l'octogénaire une reconnaissance mondiale.
L'exposition "My Eternal Soul" de Yayoi Kusama à Tokyo (21 février 2017)

L'exposition "My Eternal Soul" de Yayoi Kusama à Tokyo (21 février 2017)

© Masatoshi Okauchi / REX / Shutterstock / SIPA


Engouement à Washington

A Washington, l'engouement est tel que les billets pour les deux premières semaines de son exposition "Infinity Mirrors" (miroirs infinis) ont été vendues avant même son ouverture jeudi au musée Hirshhorn, au lendemain de celle de Tokyo. Et les organisateurs ont dû embaucher 120 guides et employés supplémentaires pour contrôler la foule.
 
Cette frénésie pourrait faire oublier que l'une des artistes contemporaines les plus célèbres du Japon a traversé une longue période difficile pendant les années 1960, luttant pendant 16 ans à New York pour être reconnue dans un monde de l'art dominé à l'époque par les hommes blancs.
 
En pleine révolution sexuelle, Yayoi Kusama a multiplié les performances de rue, où les figurants se déshabillaient, à Wall Street et dans Central Park, pour exhiber des corps couverts de ses célèbres pois peints. Elle s'est finalement épuisée.
L'exposition Yayoi Kusama au musée Hirschhorn de Washington (23 février 2017

L'exposition Yayoi Kusama au musée Hirschhorn de Washington (23 février 2017

© Brendan Smialowski / AFP


Un voyage troublant au cœur de son imaginaire

Revenue au Japon en 1973, souffrant de surmenage, elle entre volontairement à l'hôpital psychiatrique pour ne plus jamais le quitter.
 
Mais dans les années 1990, portée par le potentiel commercial de ses pois et citrouilles mouchetées sur un marché de l'art en plein essor, Yayoi Kusama a été "redécouverte", son style devenant instantanément reconnaissable.
 
Se perdre dans l'infini de l'une des six salles aux miroirs présentées au Hirshhorn,- on n'en a jamais réuni autant pour une exposition -, c'est entamer un voyage troublant au coeur de l'imaginaire de l'artiste peuplé de pois, de ballons et de mille lumières psychédéliques.
 
L'exposition du Hirshhorn évoque à peine en passant les névroses qui nourrissent l'oeuvre de Yayoi Kusama. Un choix délibéré, explique la commissaire d'exposition Mika Yoshitake, afin de ne pas faire "de sa maladie mentale la source de tout".
 
"Il est important d'expérimenter ces salles sans avoir forcément besoin de tout savoir d'elle."