Les nus de Degas, en noir et blanc et en couleur, au Musée d'Orsay

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 13/03/2012 à 17H20
Edgar Degas, Une femme dans une baignoire s'épongeant la jambe, vers 1883, pastel sur monotype, Paris musée d'Orsay, legs Isaac de Camondo (1911)

Edgar Degas, Une femme dans une baignoire s'épongeant la jambe, vers 1883, pastel sur monotype, Paris musée d'Orsay, legs Isaac de Camondo (1911)

© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Toute sa vie, Edgar Degas a peint des nus féminins : des nus académiques, des scènes de toilette, des scènes de maisons closes qui sont aussi une exploration de techniques diverses. Ils sont moins connus que ses danseuses ou ses courses de chevaux. Certains ne sont jamais sortis de son atelier de son vivant. Le Musée d’Orsay a choisi de faire une lecture de l’art de Degas à travers cet aspect de son œuvre

A ses débuts, Degas suit une formation classique aux Beaux-Arts et à Rome. Ses nus académiques lui servent pour ses peintures d’histoire. Dans cet esprit, en 1865, il présente au salon sa « Scène de guerre au Moyen-Age », pour laquelle il a dessiné de nombreux nus. Elle représente des femmes nues, contorsionnées, brutalisées par des soldats.

Le peintre va continuer dans sa recherche sur les nus. Mais « lorsque Degas commence à être connu, puis de plus en plus recherché, on lui achète très cher ses danseuses, ses chevaux, ses scènes de genre ou ses portraits mais moins ses nus », explique Xavier Rey, commissaire de l’exposition. Le nu devient alors une sorte de « jardin secret », qui n’est pas forcément destiné à sortir de l’atelier.

Edgar Degas, Femme nue se coiffant, 1879-1883, Monotype à l'encre noire sur papier, Paris, musée d'Orsay

Edgar Degas, Femme nue se coiffant, 1879-1883, Monotype à l'encre noire sur papier, Paris, musée d'Orsay

© RMN (Musée d’Orsay) / Michèle Bellot

Des maisons closes en clair-obscur
Ceci est particulièrement vrai de ses scènes de maison close. Il y représente des prostituées dont le corps n’est pas l’incarnation d’une réalité mais un reflet de l’imaginaire masculin de l’époque. Elles sont grassouillettes, déformées par une supposée oisiveté. Souteneuses et clients sont un peu grotesques.

Ces nus au bordel sont l’objet d’une exploration technique, celle du monotype : Degas enduit des plaques de verre d’encre qu’il retire à la brosse, à la pointe ou avec les doigts. Puis il applique le dessin sur une feuille de papier, pour une épreuve unique. Résultat, un clair-obscur qui fait penser à des photos en noir et blanc. Il s’en dégage une atmosphère sombre. Inmontrables à l’époque, beaucoup de ces figures de prostituées ont été retrouvées dans son atelier après sa mort.

A partir des années 1880, Degas représente des femmes nues dans l’intimité de leur toilette, sortant de la baignoire, s’essuyant le dos ou les pieds, s’épongeant la jambe. Il cherche un rendu naturaliste qui n’est pas forcément à l’avantage de ses figures.

Edgar Degas, Le Tub, 1886, Pastel sur carton, Paris musée d'Orsay, legs Isaac de Camondo (1911)

Edgar Degas, Le Tub, 1886, Pastel sur carton, Paris musée d'Orsay, legs Isaac de Camondo (1911)

© Musée d'Orsay, dist. RMN / Patrice Schmidt

Femmes à la toilette au pastel

Degas ne cherche pas à dessiner une personne, ses nus sont souvent vus de dos. Il s’intéresse aux formes, aux positions, aux mouvements. Aux corps enroulés sensuellement comme à la posture désarticulée de celle qui enjambe la baignoire et dont le déséquilibre pourrait faire penser à une arabesque de danseuse, en moins gracieux.

Il adopte parfois des cadrages originaux, comme dans « Le Tub » de 1886, où on voit de haut une femme accroupie qui se gratte le dos. Ses silhouettes ne sont pas idéalisées, il n’hésite pas à représenter les bourrelets.

Pour ces scènes, il pousse très loin l’art du pastel, juxtaposant de fines couches de couleurs pour rendre les matières, les tissus et surtout les chairs.

Des formes qui s'épurent
« Il faut refaire dix fois, cent fois le même sujet », disait Degas. Il reprend souvent le même thème, comme le « Petit-déjeuner à la sortie du bain », où une domestique apporte une tasse à une femme en train de sortir d’un « tub » (grand baquet) qui s’essuie. Il en a fait des tableaux d’une taille inédite pour des pastels.

A la fin de sa carrière, les dessins de nus de Degas se font plus schématiques, par exemple dans ses fusains. L’exposition se termine sur un tableau à l’huile radical de 1896, « Après le bain ». Une femme, dont les contours sont brossés schématiquement en noir, s’essuie sur une serviette dans une pose improbable et une atmosphère étrange, rendue avec seulement trois pigments et une grande variété de teintes rosées.

Degas et le nu, Musée d'Orsay, 1 rue de la Légion-d'Honneur, 75007 Paris
Tous les jours sauf lundi, 9h30-18h, le jeudi jusqu'à 21h45
tarifs: 12€ / 9,50€
du 13 maris au 1er juillet 2012