Léo Lelée, inlassable dessinateur des farandoles d'Arlésiennes

Par @Culturebox
Mis à jour le 09/03/2017 à 12H14, publié le 09/03/2017 à 12H05
Léo Lelée était devenu Arlésien de coeur et d'esprit. Il consacra son talent à célébrer le patrimoine provençal.

Léo Lelée était devenu Arlésien de coeur et d'esprit. Il consacra son talent à célébrer le patrimoine provençal.

© France 3 Culturebox

Les Arlésiennes dansant la farandole fait partie des images emblématiques de la Provence. Le dessinateur Léo Lelée a largement contribué à rendre célèbre ces femmes vêtues de beaux costumes traditionnels. Jusqu’au 5 juin, le musée Auguste Chabaud à Graveson rend hommage à cet Arlésien d’adoption qui a observé et retranscrit les moindres détails de ces "Reines de Provence".

Les Arlésiennes, ce sont ces belles silhouettes féminines que l’on voit chaque 1er mai en Arles, fièrement assises sur la croupe des chevaux lors de la fête de la confrérie des gardians. Il y a aussi, chaque premier dimanche de juillet, la Fête du costume qui réunit les Arlésiennes vêtues de costumes d’époque et qui dansent pour l’occasion la farandole, considérée comme la plus ancienne et la plus représentative des danses de la Provence.

Sauver un patrimoine

Si cette tradition perdure encore, c’est grâce à deux hommes : Frédéric Mistral et Léo Lelée. En 1903, Frédéric Mistral, célèbre écrivain et poète provençal (et Prix Nobel de littérature en 1904) créa la Festo Vierginenco ("la Fête virginale") :  toutes les jeunes filles ayant atteint l’âge de 15 ans étaient invitées à une prise de ruban et d'habit, pour symboliser leur passage à l'âge adulte (avant 15 ans,  elles ne pouvaient porter que le costume dit "de Mireille").  Mistral voulait sauver ce "patrimoine" car au début du XXe siècle, les jeunes filles et les jeunes femmes du Pays d'Arles avaient abandonné peu à peu le costume de leurs aïeules au profit d'une mode Parisienne.
Expo Léo Lelée à Graveson détail tableau © France 3 Culturebox

Des dessins qui servent de guide

C’est là que Léo Lelée intervient. Mistral demanda à cet illustrateur et dessinateur originaire de la Mayenne de coucher sur le papier les costumes des Arlésiennes dans leurs moindres détails : parure, coiffure, parement, attitudes... que ce soit au quotidien ou dans les grands jours lorsque qu'elles dansent et que leurs robes virevoltent. En 1910, un receuil de dessins très détaillés sera publié, sorte de "tutoriel" avant l'heure pour celles qui veulent s'initier aux coutumes vestimentaires arlésiennes.  

Ces dessins ont à la fois une valeur esthétique mais aussi technique : ils servent de guide aux "petites nouvelles" en leur montrant les règles à respecter pour que la tradition perdure. Ce travail fixa l’évolution de ces tenues qui figurent parmi les beaux costumes régionaux français. 

Au musée Auguste Chabaud de Gravison, une soixantaine d’œuvres, peintures, affiches et dessins vont permettre au public de redécouvrir  l’œuvre de cet artiste, qui fut l’un des principaux artisans de la renaissance provençale. 

Reportage : France 3 Provence-Alpes - H. Bouyé / M. Mouamma / A. Boi
Leopold Lelée est né en Mayenne en 1872. Diplômé de l’Ecole Nationale des Arts Décoratifs puis de l‘Ecole Nationale supérieure des Beaux Arts, il intègre à Paris le mouvement Art Nouveau. Illustrateur de livres scolaires, dessinateur et grand aquarelliste, ses affiches où se mêlent femmes et fleurs le font connaître. En 1902, il découvre Arles, tombe amoureux de la ville et de Rosa qu’il épouse en 1903. Il ouvre "A l'image prouvençau", une petite boutique où il vend des cartes postales, du papier à lettres orné de profils d’Arlésiennes, des poteries d’Apt. Le lieu devient le rendez-vous des poètes, des artistes et des voyageurs qui venaient en Arles.

Léo Lelée mis son talent au service de la culture provençale. Pendant 45 ans, il sillonna les rues de la ville et les Alpilles avec ses carnets de croquis pour garder en mémoire cette Provence qu'il aimait éperdumment. A partir de 1937, l'artiste intalla au Musée Arlaten d'Arles et au Musée-Ecole de la Perrine à Laval les nombreuses collections issues de sont travail, soit près de 1600 oeuvres originales offertes à ces deux musées. Il meurt en juin 1947, cinq jours après sa femme Rosa. Il avait 75 ans.