Louvre-Lens: "irresponsabilité pénale" de l'auteure de la dégradation du Delacroix

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/02/2013 à 18H20
"La Liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix

"La Liberté guidant le peuple", Eugène Delacroix

© Philippe Huguen / AFP

L'expert psychiatre qui a examiné vendredi la jeune femme qui avait tracé une inscription jeudi sur "La Liberté" de Delacroix au Louvre-Lens a conclu à son "irresponsabilité pénale" et demandé son hospitalisation d'office en hôpital psychiatrique, a-t-on appris de source judiciaire.

La jeune femme a été déclarée irresponsable pénalement lors d'une expertise psychiatrique vendredi après-midi. "On s'oriente vers une hospitalisation d'office en établissement psychiatrique, compte tenu des conclusions de l'expert psychiatre mandaté par le parquet qui a conclu à l'irresponsabilité pénale de cette dame", a déclaré à  l'AFP le procureur de Béthune (Pas-de-Calais), Philippe Peyroux. Le magistrat a indiqué qu'elle était sans emploi, titulaire d'un master et poursuivant des études, et qu'elle était inconnue de la justice jusqu'à jeudi soir.

L'inscription AE911 renvoie sur internet vers un site faisant écho aux  thèses conspirationnistes sur les attentats du 11 septembre. Selon une source proche de l'enquête, la jeune femme a dit aux enquêteurs qu'elle soutenait l'association "Architects and Engineers for 9/11Truth". Elle explique que les tours jumelles ont été détruites par des explosifs lors d'une démolition programmée. La jeune femme alterne propos cohérents et d'autres plus nébuleux. Ainsi, elle a indiqué clairement qu'elle savait à quoi elle s'exposait en faisant ce qu'elle a fait. Elle s'est en revanche révélée beaucoup plus incohérente sur les mobiles de son acte, selon cette source. Son domicile a été perquisitionné.

Elle a été vue en visioconférence vendredi après-midi par un magistrat du parquet de Béthune, qui l'a trouvée "très fatiguée, pas du tout bien dans son assiette et dans son raisonnement", a précisé le procureur. La jeune femme, domiciliée dans le Pas-de-Calais, va faire l'objet d'un arrêté d'hospitalisation d'office qui sera pris par la mairie ou la préfecture,  a-t-il indiqué, précisant qu'elle devrait être conduite dans la journée de  samedi dans un établissement psychiatrique. Sa garde à vue a été prolongée vendredi en fin d'après-midi, selon la même source.
 
Cette inscription au feutre noir de 30 centimètres de long sur six centimètres de haut a finalement pu être "intégralement retirée" par une restauratrice, sans atteindre l'intégrité de l'oeuvre, a indiqué le musée vendredi. Cet incident, le premier depuis l'ouverture le 12 décembre du Louvre-Lens, n'a donc pas endommagé le chef-d'oeuvre de Delacroix. Le travail de la restauratrice s'est fait sur place, durant "une petite  heure", a déclaré Vincent Pomarède, directeur du département des peintures du Musée du Louvre.

Le tableau et la Galerie du Temps, principale salle d'exposition du Louvre-Lens, fermée vendredi, seront de nouveau accessibles au public dès samedi matin. "Est-ce qu'il s'agit d'une personne qui a agi sous l'emprise d'un délire quelconque ou est-ce qu'il s'agit d'une revendication quelconque?" s'est interrogé le procureur de Béthune, Philippe Peyroux, à propos de la femme de 28  ans interpellée la veille et domiciliée dans le Pas-de-Calais, dont il n'a pas communiqué l'identité.

La Liberté sauvée par son vernis

"La Liberté a été restaurée à la fin du XIXe siècle : on a enlevé presque tout le vernis originel posé par l'artiste à la fin de son travail", a expliqué  M. Pomarède, qui estime que "le rôle protecteur du vernis a extrêmement bien fonctionné". Le tableau était protégé, avant l'incident, par une barrière de mise à distance, soit le même dispositif que celui mis en place lorsqu'il était exposé au Louvre à Paris. Pour Xavier Dectot, directeur du Louvre-Lens, "la sécurité a fonctionné telle qu'elle devait fonctionner". Il a toutefois indiqué que "la distance de sécurité entre le public et le  tableau va être augmentée" à partir de samedi, notamment pour faire face à un "effet de curiosité" prévisible. Alors que, jusqu'à présent, il y avait une longueur de bras entre la toile et le public, l'écart sera désormais de 1,50 m.
Incarnée par une fille du peuple à la poitrine dénudée et coiffée du bonnet  phrygien, l'allégorie de la Liberté, toile de 3,25 m de large sur 2,60 m de  haut, a été peinte par Eugène Delacroix, peu après les Trois Glorieuses, l'insurrection populaire des 27, 28 et 29 juillet 1830 à Paris. Depuis son ouverture officielle en décembre, le Louvre-Lens a accueilli plus de 205.000 visiteurs.