Le Musée d'Orsay présente un "Spectaculaire Second Empire"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/09/2016 à 15H32
Exposition "Spectaculaire Second Empire"

Exposition "Spectaculaire Second Empire"

© Sophie Boegly / Musée d'Orsay

Art du paraître porté à son paroxysme et éclectisme du goût, de l'anglomanie au néo-pompéien : le Second Empire, régime mal aimé des Français, préfigure notre société du spectacle, révèle une exposition au Musée d'Orsay. Du 27 septembre 2016 au 15 janvier 2017.

Naissance de la société du spectacle

Dans une société obsédée par son image, le portrait est le genre-roi de la bourgeoisie triomphante. Au point qu'Emile Zola dénonce l'inflation de ces toiles qui menacent d'envahir le Salon de peinture et de sculpture.

Grand ordonnateur de ce narcissisme, Winterhalter est le peintre de la cour impériale, séduite par sa manière réaliste mâtinée de Gainsborough ou de Watteau. Autre portraitiste incontournable, Ingres, dont le portrait de "Madame Moitessier" stupéfait toujours par la pose étrange, reprise d'une fresque d'Herculanum, l'attention portée à la robe du modèle et le jeu de miroir.

Directement inspiré de la peinture, le portrait est aussi photographique avec Nadar ou Mayer. Plus de 350 ateliers sont en activité fin 1860 et l'on invente le portrait-carte, ancêtre de la carte de visite et de celle d'identité.
Jacques Offenbach, vers 1850, Nadar, (1820 -1910) , Épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif sur verre au collodion, 19,3 x 15,3 cm, Paris, musée d'Orsay, PHO 1991 2 58

Jacques Offenbach, vers 1850, Nadar, (1820 -1910) , Épreuve sur papier albuminé à partir d'un négatif sur verre au collodion, 19,3 x 15,3 cm, Paris, musée d'Orsay, PHO 1991 2 58

© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Napoléon III, le goût de l'éclectisme

Le souci du paraître s'exprime aussi dans les fêtes, dont le Paris impérial est la capitale en Europe. Les grands bals aux Tuileries réunissent plusieurs milliers de personnes. Les soirées costumées sont fréquentes. La comtesse de Castiglione rivalise en matière de travestissements avec l'impératrice, apparue tour à tour en odalisque, en personnage d'un tableau d'Holbein, en "reine d'Etrurie"...
Le Château de Pierrefonds, vers 1868Huile sur toile, 132 X 195 cm, Beauvais, musée départemental de l'Oise -dépôt du musée

Le Château de Pierrefonds, vers 1868Huile sur toile, 132 X 195 cm, Beauvais, musée départemental de l'Oise -dépôt du musée

© RMN-Grand Palais (musée d'Orsay) / Hervé Lewandowski
La famille impériale est une parfaite illustration de éclectisme dominant. A la demande de Napoléon III, l'architecte Viollet-le-Duc restaure dans le style néo-gothique le château de Pierrefonds, près de Paris. La princesse Eugénie, épouse de l'empereur, achète des meubles classiques du 18e, quand elle n'en fait pas fabriquer des copies. Le prince Napoléon-Jérôme, cousin de l'empereur, fait bâtir pour sa maîtresse, la comédienne Rachel, une villa pompéienne avec atrium, peintures murales et restitutions des couleurs d'époque. Détruite en 1891, elle se trouvait à deux pas d'une villa mauresque et d'un palais néo-gothique.

1863 : le "Salon des refusés"

Cette année-là, Manet présente au Salon "Le Déjeuner sur l'herbe", aujourd'hui dans les collections du Musée d'Orsay. Le tableau est refusé et quelque 3.000 autres avec lui (sur 6.000 présentés). Devant les protestations, Napoléon III crée un "Salon des refusés". "Nous avons voulu faire une sorte de stratigraphie sur l'état de la peinture en 1863", explique Paul Perrin, un des conservateurs de l'exposition avec Yves Badetz et Marie-Paule Vial.
Le Déjeuner sur l'herbe, 1863, Édouard Manet (Paris, 1832 - Paris 1883) - Huile sur toile 208 x 264 cm Paris, musée d'Orsay

Le Déjeuner sur l'herbe, 1863, Édouard Manet (Paris, 1832 - Paris 1883) - Huile sur toile 208 x 264 cm Paris, musée d'Orsay

© Musée d'Orsay, Dist. RMN-Grand Palais / Patrice Schmidt

Le chef-d'oeuvre de Manet est présenté avec d'autres tableaux proposés la même année, dans l'accrochage serré de l'époque: des nus rococo de Cabanel -Napoléon III lui achète sa "Vénus"-, "La chasse aux faucons" de Fromentin, "un des tableaux les plus commentés", selon Paul Perrin, ou "Les vendanges en Bourgogne" de Charles Daubigny.

"Il n'y a pas une mode, il y a des milliers de modes"

Onze millions de personnes visitent l'exposition universelle de 1867, apogée du régime. Paris est en plein travaux, l'opéra est inachevé, seule la façade est debout. "L'expo marque une internationalisation du goût, explique Yves Badetz, toute l'Europe commence à avoir le même goût."

Bénitier de cristal, vases monumentaux de Sèvres montés sur roulement à bille : ces tours de force côtoient un très moderne fauteuil de Thonet, préfiguration du design. "Sous le Second Empire, toutes les possibilités s'ouvrent au goût, il n'y a pas une mode, il y a des milliers de modes", souligne Yves Badetz.

Spectaculaire Second Empire (1852 – 1870)
Musée d'Orsay 27 septembre 2016 – 15 janvier 2017