Le Greco revient à Tolède pour les 400 ans de sa mort

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/03/2014 à 16H20
Exposition Le Greco à Tolède, pour le 400e anniversaire de sa mort (mars-juin 2014)

Exposition Le Greco à Tolède, pour le 400e anniversaire de sa mort (mars-juin 2014)

© Ismael Herrero /EFE / MAXPPP

Les chapelles, sacristies, anciens hôpitaux et murs centenaires de Tolède retrouvent les œuvres que Le Greco a peintes pour eux à l'occasion d'une exposition exceptionnelle qui marque les célébrations du 400e anniversaire de la mort de l'artiste crétois établi en Espagne (jusqu'au 15 juin 2014).

Venues de 31 villes dans le monde, 64 oeuvres ont voyagé jusqu'à Tolède pour l'exposition "la plus importante jamais consacrée au peintre", a déclaré le président de la Fondation Le Greco 2014, Gregorio Marañon, au cours de sa présentation.
 
Avec les tableaux conservés en permanence à Tolède, cette exposition rassemble un tiers des près de 300 oeuvres que l'artiste a réalisées jusqu'à sa  mort, le 7 avril 1614 dans cette ville espagnole aux ruelles escarpées.
 
Parmi elles, le célèbre tableau "L'Enterrement du comte d'Orgaz", dont la taille imposante, près de cinq mètres sur quatre, ne permet pas sa sortie de l'église Santo Tomé, pour laquelle il a été peint entre 1586 et 1588.
Le Gréco, "Le voile de Véronique", musée Santa Cruz de Tolède, exposition Le Grec de Tolède (mars-juin 2014)

Le Gréco, "Le voile de Véronique", musée Santa Cruz de Tolède, exposition Le Grec de Tolède (mars-juin 2014)

© Ismael Herrero / EPA / MAXPPP
 
Portraits et peintures religieuses réunis dans six lieux de Tolède
Né sur l'île grecque de Crète en 1541, Domenikos Theotokopoulos a 36 ans lorsqu'il s'installe à Tolède, après s'être formé dans l'Italie de la Renaissance et avoir été exclu de la cour de Philippe II d'Espagne à Madrid.
 
Criblé de dettes, contraint "d'accepter tous types de commandes pour survivre", l'artiste a réalisé d'innombrables portraits et vastes peintures religieuses réunis pour cette exposition en six lieux emblématiques de Tolède.
 
Permettre de contempler avec un point de vue "d'aujourd'hui" l'oeuvre d'un artiste redécouvert à la fin du XIXe siècle après trois siècles passés dans  l'oubli, telle est l'intention du commissaire de l'exposition, Fernando Marias.
"La Sainte Famille" et "Le cardinal Tavera" du Greco exposés à l'hôpital Tavera de Tolède (mars-juin 2014)

"La Sainte Famille" et "Le cardinal Tavera" du Greco exposés à l'hôpital Tavera de Tolède (mars-juin 2014)

© Ismael Herrero / EPA / MAXPPP
 
Un artiste qui aimait peindre "de belles choses"
Montrer "un artiste qui apprécie de peindre de belles choses, d'une façon extrêmement belle" et qui, contrairement à ce que l'on croit, "ne prend pas plaisir (à peindre) des silhouettes émaciées et décharnées", ajoute-t-il.
 
Pour preuve, une sublime "Sainte Marie Madeleine", dont le voile bleu laisse échapper un sein découvert, réalisée vers 1576, et un Christ descendu de la croix presque sans une tache de sang dans une "Pieta", datée de la même année.
 
Venant de Barcelone et de New York, les deux toiles sont exposées jusqu'au 14 juin sur les murs de l'ancien hôpital gothique de Santa Cruz, aux côtés de sombres portraits de nobles vêtus de costumes noirs ornés d'une dentelle blanche illuminant leurs visages graves et leurs mains.
 
Une vision moderne d'un Greco aux contrastes marqués
C'est la restauration d'oeuvres qui, pendant de longues années, avaient été recouvertes d'épaisses couches de vernis qui permet de présenter cette vision moderne d'un Greco aux contrastes très marqués, "dont les couleurs nous dévorent par l'intensité de leur saturation", affirme Fernando Marias.
 
En parcourant les ruelles pavées de Tolède, le visiteur parvient jusqu'à la minuscule chapelle privée de Saint-Joseph. A l'intérieur, un grand retable doré, encadré de panneaux ornés de chérubins et de quatre sculptures également attribuées au Greco. Les talents de sculpteur de l'artiste et son appréhension des lieux, peu connus, sont une autre nouveauté de l'exposition.
 
"Il concevait les oeuvres pour qu'elles s'intègrent dans les espaces", ce qui explique l'importance de pouvoir "voir ces tableaux dans leur cadre d'origine", explique Jesus Carrobles, directeur général de la Fondation Le Greco 2014.
 
Des peintures conçues en fonction du lieu d'accrochage
"Certains avaient été conçus pour être accrochés en hauteur, la silhouette n'étant donc pas si démesurément allongée", ajoute-t-il, affirmant que le style maniériste caractéristique du peintre ne venait pas "d'un défaut de la vue mais d'un effet volontaire pour représenter son idéal particulier de la beauté".
 
Dans un atelier baigné par la lumière du Sud, l'artiste utilisait aussi de petites figures d'argile accrochées au plafond pour s'inspirer et composer ses groupes d'angelots, comme dans l'"Adoration des bergers", une oeuvre où l'on  pense que l'artiste a introduit son autoportrait, explique Jesus Carrobles.
 
Premier des nombreux événements organisés en Espagne pour le 400e  anniversaire, l'exposition sera suivie d'une autre, du 24 juin au 5 octobre au musée madrilène du Prado, qui s'intéressera à l'influence de l'artiste sur la peinture des XIXe et XXe siècles.
 
El Griego de Toledo (Le Grec de Tolède), du 14 mars au 14 juin, tous les jours de 10h à 20h