Le corps découvert dans l'art arabe : exposition prolongée

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 27/03/2012 à 09H48
Georges Hanna Sabbagh, Nu couché devant un hublot, 1923

Georges Hanna Sabbagh, Nu couché devant un hublot, 1923

© Courtesy Galerie Françoise Livinec, Paris

L'exposition "Le Corps découvert" est prolongée d'un mois et demi, jusqu'au 26 août à l'Institut du monde arabe à Paris. Alors que la tendance, ces dernières années, dans les pays musulmans est de voiler les corps des femmes, qu’en est-il de la représentation du corps dans l’art arabe, et en particulier de la représentation du nu ? L’Institut du monde arabe se pose la question, avec une grande exposition qui traverse plus d’un siècle de production artistique dans le monde arabe

(Voir aussi notre diaporama)

D’abord, quid de l’interdiction de la figuration dans l’islam ? Pour Philippe Cardinal, un des commissaires de l’exposition, « c’est de l’histoire ancienne » à l’heure où « le cinéma, la télévision, la publicité font partie du quotidien de tous les peuples musulmans ».

Et, contrairement à ce qu’on pourrait penser au vu du fondamentalisme actuel, les artistes arabes ont largement représenté le corps nu.

Georges Corm, Femme assise sur un lit, 1920

Georges Corm, Femme assise sur un lit, 1920

© Collection Georges G. Corm

Des nus académiques au début du XXe siècle
Des artistes égyptiens, libanais, syriens commencent à pratiquer régulièrement la peinture de chevalet dans les années 1870-1880. Au tournant du XXe siècle, ils se forment aux écoles occidentales, en France, en Italie, en Angleterre, en Espagne. Au milieu d’un certain académisme émergent des créateurs singuliers, comme Khalil Saleeby. Cet élève de Puvis de Chavannes et ami d’Auguste Renoir pratique un nu sans fard, féminin comme masculin.

Petit à petit, des écoles d’art ouvrent leurs portes dans toutes les capitales arabes, au Caire en 1908, à Tunis en 1923, à Beyrouth en 1937, à Bagdad en 1939. « Dans ces écoles, la pratique du nu à partir de modèles vivants a perduré jusqu’aux années 1970 », souligne Hoda Makram-Ebeid, également commissaire de l’exposition.

George Awde, Sans titre, série "Quiet Crossings", 2007-2010

George Awde, Sans titre, série "Quiet Crossings", 2007-2010

© George Awde

Après une présentation de ces peintres du tournant du XXe, l’exposition présente les 70 artistes sélectionnés de façon thématique, les plus contemporains dialoguant avec des artistes fondateurs.

Le nu interroge l'orientalisme
La vision occidentale de l’Orient, faite surtout de fantasmes, interroge les artistes arabes et les incite à donner leur propre vision du corps. Des artistes contemporains jouent avec l’orientalisme, comme le photographe Youssef Nabil qui représente la chanteuse Natacha Atlas en odalisque moderne (« Natacha Sleeping », 2000). Ou, plus ironique, Halida Boughriet qui photographie une vieille femme allongée (« Mémoire dans l’oubli », 2009-2010).

Il faut remarquer que les femmes sont nombreuses parmi les artistes présentés. « Un grand nombre d’artistes femmes s’intéressent tout particulièrement à la question du corps », souligne Hoda Makram-Ebeid. Particulièrement radicales comme Huguette Caland, née au Liban en 1931, et ses « autoportraits ».

Huguette Caland, Self Portrait 1, 1973

Huguette Caland, Self Portrait 1, 1973

© Collection de l'artiste

Nu et voile
Le thème du voile est forcément présent, voile qui joue avec la nudité, déjà dans une toile du Libanais Omar Onsi de 1945, « Jeunes femmes visitant une exposition » : un groupe de femmes habillées de noir, tête couverte, regardent un tableau de nus dans un musée. Et plus tard, dans les photos de Meriem Bouderbala (« Tératogénèse ») ou de Majida Khattari (« Les Parisiennes », 2008-2009).

Le corps dévoilé n’est pas que féminin, il est très souvent masculin, dans le regard des femmes ou des hommes. L’Irakienne Tamara Abdul Hadi a voulu représenter la beauté masculine arabe, pour briser les stéréotypes de l’image de l’homme arabe dans le monde occidental, livrant des portraits photographiques d’une grande sensibilité (« Picture an Arab Man »).
Le corps, c’est aussi le corps meurtri et torturé. Ou le corps qui porte des traces. Traces de l’âge comme le magnifique « Dos de lumière » (1981) sombre et plissé par les ans du photographe marocain Touhami  Ennadre.

Majida Khattari, Série "Les Parisiennes", 2008-2009

Majida Khattari, Série "Les Parisiennes", 2008-2009

© Collection de l'artiste

Les corps sont recouverts d’un voile de fumée ou d’ombre au hammam, par le photographe tunisien Kamel Dridi ou par l’Egyptien Nabil Boutros à Sana’a (Yémen).

Le nu et la maternité
Les femmes, encore elles, interrogent la maternité, dans des œuvres où des corps voilés montrent un seul ventre dénudé, comme les photos de Sama Alshaïbi, ou la drôle de « danse du ventre » de Fatima Mazmouz (Made in mode grossesse).

Il faudrait parler aussi des sculptures de pierre abstraites de Mona Saudi ou des longues figures de bois de Chaouki Choukini. Impossible de les évoquer tous. Au total, ce sont 70 artistes qui sont à voir à l’Institut du monde arabe. « Nous avons pris garde à ne rien nous interdire », précise Philippe Cardinal.

Le Corps découvert, Institut du monde arabe,
1 rue des Fossés Saint-Bernard, 75005 Paris
Tous les jours sauf lundi
Mardi-jeudi : 10h-18h, vendredi 10h-21h30, week-end et jours fériés 10h-19h
du 27 mars au 26 août 2012