Lausanne : les peintres américains du XIXe à la Fondation de l'Hermitage

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/07/2014 à 17H49
Frederic Edwin Church, Morning in the Tropics (Matinée sous les tropiques, vers 1858), détail - Baltimore, The Walters Art Museum

Frederic Edwin Church, Morning in the Tropics (Matinée sous les tropiques, vers 1858), détail - Baltimore, The Walters Art Museum

© The Walters Art Museum, Baltimore

La Fondation de l'Hermitage, à Lausanne, présente cet été une exposition sur la peinture américaine du XIXe siècle, une période peu connue où les artistes du Nouveau monde se distinguent des Européens, notamment par leurs sujets (jusqu'au 26 octobre)

La Fondation de l'Hermitage s'est intéressée ces dernières années aux grands centres de l'art occidental au XIXe siècle et aussi à l'art américain, avec l'impressionnisme US (2002), Edward Hopper (2010), Andy Warhol (1995). Sa dernière exposition est donc au croisement de ses préoccupations, avec une période peu montrée en Europe, alors qu'aux Etats-Unis même, l'intérêt pour la peinture américaine du XIXe ne s'est éveillé que dans les années 1980.
Dewitt Clinton Boutelle, Sans titre (Paysage de l'Hudson avec un Indien), 1848 - Norfolk, VA, Chrysler Museum of Art, gift of Walter P. Chrysler Jr.

Dewitt Clinton Boutelle, Sans titre (Paysage de l'Hudson avec un Indien), 1848 - Norfolk, VA, Chrysler Museum of Art, gift of Walter P. Chrysler Jr.

© Chrysler Museum of Art, Norfolk, VA
 
Une peinture longtemps méprisée
 
Quand il était étudiant dans les années 1960, le commissaire de l'exposition, William Hauptman, historien de l'art, raconte que ceux qui suivaient les cours d'histoire de l'art américain n'étaient pas pris au sérieux. Il raconte aussi que les œuvres étaient tellement peu prisées que, dans les années 1950, le directeur d'un grand musée du Midwest avait décidé de vendre une bonne partie de sa collection américaine.
 
En Europe, ajoute-t-il, très peu d'œuvres figurent dans les collections et les rares qui s'y trouvent proviennent généralement de donations. Il l'explique par "une certaine propension à sous-estimer les courants artistiques extra-européens, en particulier en France", soulignant que, par ailleurs d'autres aspects de la culture US ont été tôt appréciés en Europe, comme le cinéma et la littérature.
 
Après l'intérêt suscité par son exposition sur l'impressionnisme américain, la Fondation de l'Hermitage a donc choisi, pour fêter ses trente ans, de montrer les peintres qui ont travaillé aux Etats-Unis entre 1830 et 1900, en soulignant la singularité de leur art.
John James Audubon, Osprey and Weakfish (Balbuzard pêcheur et acoupa royal), 1829 - Washington, D.C., National Gallery of Art, gift of Richard M. Scaife

John James Audubon, Osprey and Weakfish (Balbuzard pêcheur et acoupa royal), 1829 - Washington, D.C., National Gallery of Art, gift of Richard M. Scaife

© Courtesy National Gallery of Art, Washington
 
Le paysage, une image de la Création
 
L'art américain du XIXe s'illustre dans la peinture de paysage, en particulier autour de la Hudson River School (Jasper F. Cropsey, Albert Bierstadt, Frederic E. Church, Thomas Moran) qui représentait des vues de la vallée du fleuve Hudson près de New York. Ses peintres, suivant les enseignements de Thomas Cole, trouvent des sujets grandioses qui répondent à leur approche romantique. Ils représentant la nature comme une image de la Création, de façon très précise.
 
Plus tard, les peintres dits "luministes" (John Kensett, Fitz H. Lane), eux, s'attachent plus particulièrement aux atmosphères lumineuses, dans des toiles moins grandioses et plus intimes, aux tonalités plus douces,
Victor Dubreuil, Barrels of Money (Barils de dollars) - New York, Godel & Co. Fine Art, Inc.

Victor Dubreuil, Barrels of Money (Barils de dollars) - New York, Godel & Co. Fine Art, Inc.

© Godel & Co. Fine Art, Inc., New York / DR
 
Natures mortes et portraits rendent compte d'une réalité bien spécifique
 
La nature morte est un genre populaire de l'art américain (William M. Harnett, John F. Peto, John Haberle). Elle trouve des sujets originaux inspirés du répertoire local, au-delà de la pomme qui est une des principales productions agricoles : des amandes, des poires, des pommes de terre ou des cacahuètes.
 
Plus étonnant, le billet de banque devient un sujet à part entière, ainsi que les armes, autre sujet éminemment américain.
 
Le portrait, qui permet aux peintres de vivre de leur art, se développe aussi aux Etats-Unis. Il s'inspire, certes, de la tradition européenne. Mais il est typiquement américain quand il prend les traits d'un chef de gang, d'un cow-boy, d'un ouvrier ou d'un riche citadin, d'un Amérindien. L
Edward Lamson Henry, Kept In (Retenue à l'intérieur), 1889 - Cooperstown, New York, Collection of the Fenimore Art Museum, gift of Stephen C. Clark

Edward Lamson Henry, Kept In (Retenue à l'intérieur), 1889 - Cooperstown, New York, Collection of the Fenimore Art Museum, gift of Stephen C. Clark

© Fenimore Art Museum, Cooperstown, NY / Richard Walker
Les scènes de la vie quotidienne, elles aussi, rendent compte d'une réalité particulière, racontant les travaux agricoles, l'univers des trappeurs ou des cow-boys, ou celui des Indiens mais sans aborder les bouleversements tragiques auxquels ceux-ci sont soumis.
 
L'exposition aborde aussi la photographie, qui dès son arrivée de ce côté de l'Atlantique, en 1840, offre de nouvelles possibilités pour la représentation du paysage ou le portrait.
 
Peindre l'Amérique, Les artistes du Nouveau Monde (1830-1900), Fondation de l'Hermitage, 2 route du Signal, Lausanne
Tous les jours sauf le lundi, 10h-18h, le jeudi jusqu'à 21h, les jours fériés 10h-18h
Du 27 juin au 26 octobre 2014
 
Frederic Edwin Church, Morning in the Tropics (Matinée sous les tropiques, 1858), Baltimore, The Walters Art Museum

Frederic Edwin Church, Morning in the Tropics (Matinée sous les tropiques, 1858), Baltimore, The Walters Art Museum

© The Walters Art Museum, Baltimore