"La Belle et la Bête", audacieuse expo d'art contemporain à Bordeaux

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 02/11/2012 à 17H49
"Taxidermia" (Adel Abdessemed) et, plus loin, "D'une flèche mon coeur percé" (Martial Raysse) à Bordeaux (1/11/2012)

"Taxidermia" (Adel Abdessemed) et, plus loin, "D'une flèche mon coeur percé" (Martial Raysse) à Bordeaux (1/11/2012)

© Nicolas Tucat / AFP

L'Institut culturel Bernard Magrez, installé au Château Labottière, a lancé mi-octobre sa troisième exposition, intitulée "La Belle et la Bête". Quelque 35 oeuvres y sont présentées avec finesse et audace, venues d'une vingtaine d'institutions ou collections particulières.

Pour cette nouvelle manifestation, le commissaire Ashok Adiceam a tenté des "Regards croisés sur la beauté", s'inspirant à la fois du légendaire conte de fées de Jean Cocteau et des "Cinq méditations sur la beauté" de François Cheng, a-t-il expliqué à l'AFP.

D'emblée, "Taxidermia 2010", d'Adel Abdessemed, concentré "d'énergie de mort", cube composé d'animaux empaillés et carbonisés au lance-flammes, cohabite avec "D'une flèche mon coeur percé", belle et cruelle statue en bronze de Martial Raysse aux formes parfaites évoquant une Diane chasseresse, jambe relevée et main insolente en forme de fourche. Une entrée en matière sciemment réfléchie comme une "catharsis".

Par la suite, le visiteur découvre la salle consacrée aux "motifs", renfermant une grande densité et variété d'oeuvres, de matières et d'origines. Perles de l'Italienne Paola Pivi ("I'm sorry, I'm fake"), reproductions d'animaux - écureuil avec tête de faucon, coq à la tête de singe - de l'Indien Raqib Shaw posées sur des meubles de style empire, diversité des techniques (aquarelle, acrylique, paillettes, émail, strass... Le tout sur papier).

Des oeuvres qui éblouissent, d'autres qui dérangent
Deux Bernard Buffet -vase et bouquet de fleurs de 1999 et 1998- encadrent la fenêtre, avec vue sur le jardin à la française, tandis que deux compositions de l'Egyptien Moataz Nasr ("Khayameya") et de l'Indienne Bharti Kher ("Stardust II") jouent sur des beautés très culturelles, celle du motif infini de l'architecture musulmane, à l'aide d'allumettes qui pourraient s'enflammer, ou des "troisième oeil" en paillettes des femmes d'Inde, sur un miroir brisé. Sans oublier un spectaculaire pneu sculpté de Wim Delvoye et "Odore di Femina", un buste monstrueux du Belge Johan Creten.

Un visiteur observe le tableau de Buffet "Les oiseaux, le rapace" (1/11/2012)

Un visiteur observe le tableau de Buffet "Les oiseaux, le rapace" (1/11/2012)

© Nicolas Tucat / AFP
"Vénus", autre étape de l'exposition, donne à voir "Les Oiseaux, le Rapace", très grande toile de 1959 de Bernard Buffet prêtée par le Musée d'art moderne de la Ville de Paris, où l'animal effrayant s'apprête à dévorer sa muse, Annabel, allongée, abandonnée. "Une beauté spirituelle et morale face à l'homme destructeur, le démon", a déclaré à l'AFP le magnat du vin Bernard Magrez, mécène de l'exposition, admirateur de l'artiste.

La belle, source d'inspiration de la bête, se contemple aussi dans la beauté de deux grandes ailes en grès de Rachel Labastie. La bête, incarnée ensuite par le géant poilu du Québécois David Atmedj, "The New North", menaçant un minuscule "Balafré" en bronze de Camille Henrot. L'exposition comporte également une vidéo qui avait représenté Israël à la Biennale de Venise de 2009, où l'on peut voir des paysans marteler un olivier pour lui arracher ses fruits.

Prochain projet d'exposition : un "Rêve de Venise"
Plus tard, Ashok Adiceam (le directeur de l'institut bordelais) et Bernard Magrez projettent de célébrer Venise, ville-port comme Bordeaux, lors d'une exposition qui permettra "un regard vers le large, et vers l'étrange".

(avec AFP)

"La Belle et la Bête"
Institut Culturel Bernard Magrez
5 rue Labottière
33000 Bordeaux

Du 13 octobre 2012 au 27 janvier 2013
Du jeudi au dimanche : 14h-18h
05.56.81.72.77


Une vidéo de l'inauguration de l'Institut Bernard Magrez (mai 2011)