Hommage à Ceija Stojka, artiste peintre rom et déportée

Par @Culturebox
Mis à jour le 14/03/2017 à 17H59, publié le 14/03/2017 à 17H32
L'artiste rom autrichienne Ceija Stojka et l'une de ses oeuvres sur la déportation 

L'artiste rom autrichienne Ceija Stojka et l'une de ses oeuvres sur la déportation 

© RAINER JENSEN / DPA

La Friche de la Belle de Mai à Marseille rend hommage à Ceija Stojka. Soixante-quinze œuvres, entre peintures, archives, photographies et carnets racontent la vie et le destin de cette artiste rom autrichienne, survivante des camps de concentration. Son œuvre témoigne des persécutions subies par les tsiganes sous le nazisme.

Elle était peintre, musicienne et écrivain, elle était autrichienne et Rom, elle a vu une grande partie des siens décimés par le régime nazi. Ceija Stojka a porté la douleur au fond d'elle pendant des années. Puis un jour elle a hurlé sa peine à travers la peinture, la musique. La Friche de la Belle de Mai de Marseille propose pour la première fois un parcours thématique et chronologique, autour de 75 de ses oeuvres, intitulé "Ceija Stojka, une artiste rom dans le siècle".

Reportage : E. Mathieu / R. Gasc / S. Baix

Si le monde ne change pas maintenant, si le monde n’ouvre pas ses portes et fenêtres, s’il ne construit pas la paix – une paix véritable – de sorte que mes arrière-petits enfants aient une chance de vivre dans ce monde, alors je suis incapable d’expliquer pourquoi j’ai survécu à Auschwitz, Bergen- Belsen, et Ravensbruck.

Ceija Stojka 

L'art comme catharsis

Déportée à l’âge de dix ans, Ceija Stojka (1933-2013) survit à trois camps de concentration,  Auschwitz-Birkenau, Ravensbrück et Bergen-Belsen. Petite fille d'une fratrie de cinq enfants, elle est miraculeusement rescapée avec sa mère et ses frères et soeurs. Mais son père et l'un de ses frères meurent en déportation. Réalisées sans ordre chronologique, entre 1988 et 2012, les peintures exposées à Marseille permettent de retracer l’histoire de sa vie. De la traque aux camps, en passant par les cauchemars, le parcours se termine par un "soulageant" retour à la vie. 
Ceija Stojka retour à la vie © France 3 / Culturebox

Autodidacte, elle commence à peindre et à écrire à l’âge de 55 ans dans les années 1980 au moment de l'exacerbation des nationalismes en Europe. Tel un boomerang, son histoire tragique refait surface, il devient alors essentiel de témoigner pour combattre l’oubli. "C'était vraiment la crainte vivace que ce genre de folie humaine puisse se reproduire qui lui a ouvert les portes de la mémoire", souligne Xavier Marchand, commissaire de l'exposition.
 
Ceija Stojka cinq © France 3 / Culturebox / capture d'écran

Elle se lance dans un immense travail de mémoire et, bien que considérée comme analphabète, écrit plusieurs ouvrages, dans un style poétique et très personnel, toujours combattante contre le racisme ambiant. Ceija Stojka est considérée comme la première femme rom rescapée des camps de la mort à témoigner de son expérience concentrationnaire. La plus grande partie de son oeuvre a été découverte après sa mort, dans un immeuble HLM d'un quartier populaire de Vienne 

Ceija Stojka six.png © France 3 / Culturebox / capture d'écran

Oiseaux de paradis

Au fur et à mesure de sa déambulation, le visiteur est happé par ces couleurs menaçantes et ces traits grossiers. Comme une trace réalisée dans l'urgence, Ceija raconte les camps. Elle laisse 200 œuvres de cette période (1943-1945), et y revient  jusqu'à la veille de sa mort. Les visions de cauchemar font apparaître des barbelés, des cadavres, de la fumée, des SS, du vent, de la neige et sur tous ses tableaux, des corbeaux noirs.
Ceija Stojka quatre.png © France 3 / Culturebox / capture d'écran

"Dans la culture tzigane, l'oiseau est une sorte de messager entre les morts et les vivants", analyse encore Xavier Marchand. Qualifiée d’art populaire ou d'art brut, son œuvre prolifique et expressive, présentée pour la première fois en France, évoque le paradis perdu de son enfance nomade. 
Ceija Stojka ter.png © France 3 / Culturebox / capture d'écran

Jusqu’au jour de sa mort en 2013, à 79 ans, Ceija Stojka a eu peur que l’Europe n’oublie son passé. 500 000 Roms ont été assassinés sous le régime nazi . 

Ceija Stojka

Ceija Stojka

© France 3 / Culturebox