L'art de l'iconographie revit à Bethléem

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/04/2017 à 15H48, publié le 13/04/2017 à 15H36
Étudiantes étrangères au centre d'iconographie deBethléem (11 avril 2017)

Étudiantes étrangères au centre d'iconographie deBethléem (11 avril 2017)

© Thomas Coex / AFP

Tout près de l'église de la Nativité, des passionnés font renaître l'art de l'iconographie près de 2000 ans après sa création à quelques kilomètres de là, à Jérusalem, où les chrétiens célèbrent Pâques cette semaine.

En l'an 60 après Jésus-Christ, l'évangéliste Luc a peint la première icône, une Vierge à l'enfant.

En 2017, Ian Knowles, loin de sa Grande-Bretagne natale, enseigne cet art millénaire à des chrétiens palestiniens, canadiens ou polonais à l'endroit même où, selon la tradition, le Christ naquit. Dans une ruelle de Bethléem, derrière un porche et une volée de marches en pierre, le visiteur est accueilli par l'éclat vif d'une icône dorée baignant dans un rayon de soleil printanier.

"J'étais venu pour deux semaines en Palestine et je suis toujours là, neuf ans plus tard", témoigne cet iconographe en surveillant les minutieux coups de pinceaux de ses élèves. Cet art se pratique en silence et en prière. Loin des sites où sont fabriquées à la chaîne les icônes vendues à bas coût dans les centaines de boutiques de souvenirs des souks.

Ian Knowles (au centre) donne des conseils aux étudiants du centre (10 avril 2017)

Ian Knowles (au centre) donne des conseils aux étudiants du centre (10 avril 2017)

© Thomas Coex / AFP

"Les icônes ne sont pas des objets commerciaux, mais des images saintes"

"Pour nous, les icônes ne sont pas des objets commerciaux, mais des images saintes que nous honorons", explique à l'AFP Nicola Juha, qui dirige le Bethléem Icon Center (BIC). Les chrétiens palestiniens ou d'ailleurs "mettent des bougies devant leurs icônes pour prier en face d'elles", rappelle-t-il.

D'ailleurs aujourd'hui, leurs icônes presque finies en main, une dizaine d'apprentis récitent en chœur des prières dans une chapelle au plafond bleu nuit surplombant une scène de la Nativité. Chaque image y est bénie par l'archevêque Joseph-Jules Zerey, vicaire patriarcal pour l'Eglise grec-melkite catholique de Jérusalem.

Pour peindre ces objets de culte, uniques et réalisés sur commande, les pinceaux en poils d'animaux sont sélectionnés à Jérusalem ou à Londres. Les pigments viennent de Terre Sainte : les pierres jaunes moulues à la main de Jéricho, et les roses utilisées pour les teintes des visages, de Jérusalem.

Centre iconographie Bethléem - peinture d'une icone 110417 © Thomas Coex / AFP

Le fait que chaque icône porte en elle une histoire a plu à Rose Codneler, qui a pris des congés du foyer pour femmes où elle travaille en Grande-Bretagne afin de passer la semaine sainte à Bethléem. Pour cette chrétienne de 33 ans aux longs cheveux blonds bouclés, peindre le visage du Christ avec minutie durant des jours est "une façon de mieux connaître les personnages et les récits de la Bible". Et de réaliser "une belle synthèse de Dieu, de la prière et même de l'écologie, puisque les pigments sont pris dans la nature".

Les cours de Ian Knowles sont dispensés ponctuellement à des pèlerins de passage pour près de 250 euros, ou à l'année à une trentaine de chrétiens palestiniens. Grâce à eux, le BIC "fait revivre un vieil héritage palestinien longtemps oublié à Bethléem, tellement important en termes religieux et géographiques", se félicite Nicola Juha.

Car, dans les Territoires palestiniens, occupés depuis 50 ans par l'armée israélienne et minés par le chômage et la pauvreté, cet art spirituel ne fait pas vivre son homme.

"Sur le plan de la culture, les chrétiens palestiniens - passés en 50 ans de 20% de la population en Cisjordanie à un peu plus de 1% - sont abandonnés", témoigne Ian Knowles dans la cour du centre, une maison rénovée qui appartenait à une famille chrétienne aujourd'hui exilée. En plus du manque de moyens pour se procurer les matériaux nécessaires à la réalisation des icônes, les Palestiniens sont souvent enfermés en Cisjordanie en raison des restrictions de voyage imposées par Israël.

Nicola Juha, directeur du centre, explique son activité et son ressenti (en anglais sous-titré en arabe) - 2016

Enseigner l'iconographie comme un métier

"Comment aller chercher le meilleur matériel à Jérusalem si l'on est interdit d'y entrer ?", s'interroge Ian Knowles. Alors, pour lui, "il était important d'enseigner l'iconographie non pas comme un loisir, mais comme un vrai métier, pour reconstruire une tradition qui est partie constituante de la communauté chrétienne ici".

Cette année, ils sont 36 Palestiniens inscrits pour des frais symboliques de 25 euros. Et le pari est en passe d'être gagné : dix d'entre eux travaillent à décrocher un fameux diplôme britannique d'iconographie grâce à un partenariat avec la Prince's School of Traditional Arts de Londres.

Ian Knowles et trois de ses élèves ont déjà réalisé deux icônes pour la cathédrale de Lichfield en Grande-Bretagne et doivent en terminer une troisième l'été prochain. "L'objectif est d'avoir d'ici un an assez de bons artistes pour réaliser des commandes d'icônes pour des églises du monde entier et assurer un revenu à plusieurs personnes", s'enthousiasme-t-il.

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