Giotto et sa révolution artistique au Louvre

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/05/2013 à 13H58
Giotto, Saint Jean et la Madeleine en pleurs (vers 1335-1345), New York, Metropolitan Museum of Art, The Robert Lehman Collection

Giotto, Saint Jean et la Madeleine en pleurs (vers 1335-1345), New York, Metropolitan Museum of Art, The Robert Lehman Collection

© The Metropolitan Museum of Art, Dist. RMNGrand Palais / image of the MMA

Le Louvre réunit une trentaine d’œuvres de Giotto autour de celles des collections françaises, pour rendre hommage au génie du peintre italien qui a révolutionné l’art d’occidental et ouvert la voie à l’humanisme de la Renaissance, donnant à ses sujets de la profondeur, de la douceur et de l’émotion (jusqu'au 15 juillet)

Giotto di Bondone (1266 ou 1267-1337) est né dans la région de Florence et a été l’élève de Cimabue (1240-1302), dont le style est encore très "byzantin", même s’il a commencé à s’émanciper de la tradition.
 
Dès ses débuts, Giotto se libère des codes hérités de ses aînés. Si la "Vierge de San Giorgio alla Costa" (1288-1290), prêtée par Florence, a encore de longues mains aux doigts fins et des traits un peu figés, qui caractérisent, entre autres, le style byzantin, le tableau gagne déjà en naturel : volume, fraîcheur des joues de l’Enfant, attitude frontale.
 
Giotto et saint François d'Assise
Giotto a peint à Assise, dans la basilique Saint-François, le cycle de la vie du saint. Ces scènes ont inspiré les peintres ombriens et lui-même a décliné plusieurs des compositions d’Assise. Le "Saint François d’Assise recevant les stigmates" du Louvre, une des trois seules œuvres de Giotto signées de sa main, est bien sûr en bonne place dans l’exposition.
Giotto, Saint François d'Assise recevant les stigmates, deux éléments de prédelle (1295-1300). A gauche, Le pape approuvant les statuts de l'ordre. A droite, Saint François prêchant aux oiseaux. Musée du Louvre

Giotto, Saint François d'Assise recevant les stigmates, deux éléments de prédelle (1295-1300). A gauche, Le pape approuvant les statuts de l'ordre. A droite, Saint François prêchant aux oiseaux. Musée du Louvre

© RMN - Grand Palais (Musée du Louvre) / Michel Urtado
 
Si Giotto est encore jeune quand il peint ce tableau (vers 1295-1300), l’expression dans le regard de saint François est intense, sa silhouette est modelée par la lumière du Christ, des soucis de perspective apparaissent. Et, dans la scène en bas à droite, où le saint parle aux oiseaux, l’artiste, dans un grand souci de réalisme, a peint des espèces effectivement répertoriées dans sa région.
 
Giotto, un chef d'atelier
Un "Dieu le Père" aux traits doux, prêté par les Musei Civici de Padoue, évoque la décoration de la chapelle des Scrovegni (1303-1305), un des plus grands chefs-d’œuvre de Giotto qui raconte des scènes de l’Ancien et du Nouveau testament.
 
Il est souvent difficile d’attribuer la paternité d’une œuvre au maître. D’autant qu’on dispose de peu de documents sur sa vie. Rapidement, dès ses travaux à Assise, puis à Florence et à Padoue, Giotto s’est entouré d’assistants, et c’est un des propos de l’exposition. Certaines œuvres ont été entièrement réalisées par ses "compagni", mais c’est lui qui a fourni les dessins et il en contrôle l’exécution.
Giotto - A gauche, Dieu le père en majesté (1303-1305), Padoue, Musei Civici - A droite, Vierge à l'Enfant dite Madone de San Giorgio alla Costa (1288-1290), Florence, Museo Diocesano di Santo Stefano al Ponte

Giotto - A gauche, Dieu le père en majesté (1303-1305), Padoue, Musei Civici - A droite, Vierge à l'Enfant dite Madone de San Giorgio alla Costa (1288-1290), Florence, Museo Diocesano di Santo Stefano al Ponte

© A gauche, Musei Civici de Padoue - A droite, Studio Quattrone
 
La grande croix du Louvre, par exemple, est entièrement de la main de son atelier mais l’émotion intense de la Vierge, l’aspect réaliste du Christ, affaissé sur la croix, portent la marque du maître.
 
Des éléments d'un polyptique réunis au Louvre
Plus tard, entre 1328 et 1332, Giotto a travaillé à Naples où son style a grandement influencé les artistes napolitains.
 
Pour la première fois depuis leur dispersion supposée sont réunis au Louvre quatre peintures (Un Saint Jean l’Evangéliste et un Saint Laurent, conservés au musée Jacquemart-André de Chaâlis, un Saint Etienne conservé à Florence, une Vierge à l’Enfant de Washington) qui font débat. On pense qu’il s’agit d’éléments d’un même polytpique mais la question de leur disposition fait encore l’objet de discussions.
Giotto - A gauche, La Crucifixion (vers 1315), Strasbourg, Musée des Beaux-Arts - A droite, La Crucifixion (vers 1315), Berlin, Staatliche Museen-Gemäldgalerie

Giotto - A gauche, La Crucifixion (vers 1315), Strasbourg, Musée des Beaux-Arts - A droite, La Crucifixion (vers 1315), Berlin, Staatliche Museen-Gemäldgalerie

© A gauche, Musée des Beaux-Arts de Strasbourg, photo A. Plisson - A droite, Staatliche Museen zu Berlin, Gemäldegalerie / Christoph Schmidt
 
Plusieurs petites crucifixions, exécutées pour des commanditaires privés, sont aussi rassemblées pour l’exposition, venant notamment de Strasbourg et de Berlin. Dans ces petits chefs-d’œuvre raffinés, Giotto pose un Christ sur la croix qui varie peu mais exécute des variations sur la foule, plus ou moins dense et aux expressions multiples.
 
Une belle petite exposition-dossier en forme d’invitation au voyage en Italie, pour voir ou revoir les fresques d’Assise, Padoue et Florence.

Giotto e compagni, Musée du Louvre, Aile Sully, 1er étage, Salle de la Chapelle
tous les jours sauf le mardi, 9h-17h45, nocturnes le mercredi et le vendredi jusqu'à 21h45
tarifs : 11€ (gratuit notamment pour les moins de 18 ans, les jeunes de 18 à 25 ans résidents de l'Espace économique européen, les enseignants munis du Pass Education, les visiteurs handicapés, les demandeurs d'emploi et les bénéficiaires des minima sociaux)
jusqu'au 15 juillet 2013