Frida Kahlo, peindre sa vie pour apaiser ses souffrances

Par @Culturebox
Mis à jour le 13/01/2017 à 15H43, publié le 13/01/2017 à 15H28
Frida Kahlo a peint sa vie dans des autoportraits

Frida Kahlo a peint sa vie dans des autoportraits

© capture d'écran France 2 / Culturebox

Jusqu’au 23 janvier, une exposition du Grand Palais retrace cinquante années de création mexicaine, et fait la part belle aux femmes peintres. Et notamment à Frida Kahlo. L’occasion de revenir sur l’oeuvre de cette artiste et femme libre, dont la vie tragique a souvent directement inspiré les toiles.

Elle est l’une des artistes mexicaines les plus célèbres au monde et a inspiré les créateurs de mode par ses tableaux colorés. Transcender ses blessures par la peinture, ce sera toute la vie de Frida Kahlo. Blessée à 18 ans par un grave accident de bus, cette artiste inclassable a raconté sa vie souvent tragique à travers des autoportraits.

Reportage : L.hakim / D.Dahan / F.Curtet / G.Liaboeuf

Peindre sa vie

Alors âgée de 18 ans, Frida Kahlo, déjà atteinte de poliomyélite depuis ses 6 ans, est transpercée par une barre de bus dans un terrible accident avec un tramway. Son abdomen est perforé, son dos blessé, elle est contrainte à de multiples opérations chirurgicales et à l’alitement. Elle se met alors à peindre, et représente son drame sur ses toiles : dans "Souvenir ou le coeur" (1937), une barre de bus la transperce, dans "Arbre de l'espérance, tiens toi droit" (1946), elle dessine son dos meurtri. Sur un autre tableau encore, "Autoportrait avec le portrait du Docteur Farill" (1951), elle rend hommage à son médecin et se représente à ses côtés, dans un fauteuil roulant.

Christina Burrus, auteure de "Frida Kahlo" aux éditions Gallimard découvertes, voit dans son malheur la source de son envie de vivre et d’écrire cette vie au pinceau : "Elle a toujours un regard analytique. Elle est malade, elle s’en plaint évidemment à des amis car elle souffre, mais en même temps elle surmonte. Je crois que ses maladies, ses souffrances, sont pour elle une force de vie."

Dans "La colonne brisée", datant de 1944, elle dévoile ses blessures au grand jour, son visage, toujours impassible, est inondé de larmes. À cette date son état de santé a empiré, ce qui l’oblige à porter un nouveau corset métallique, souffrance représentée par les clous plantés dans son corps et la peau ouverte laissant apparaître une colonne vertébrale en morceaux, la sienne.

La colonne brisée, Oil on Masonite. 38.6 x 31 cm Dolores Olmedo Foundation, Mexico City (100th anniversary of Frida Kahlo's Birth)

La colonne brisée, Oil on Masonite. 38.6 x 31 cm Dolores Olmedo Foundation, Mexico City (100th anniversary of Frida Kahlo's Birth)

© DESRUS BENEDICTE/SIPA

Des amours multiples

Elle dessine aussi sa vie amoureuse et orageuse avec Diego Rivera, célèbre peintre mexicain lui aussi, épousé en 1929 mais mari infidèle. L’homme a 21 ans de plus qu’elle, il la trompera avec sa soeur Cristina. Coeur brisé mais femme libre, Frida Kahlo aura aussi plusieurs aventures, notamment avec Léon Trotsky et avec des femmes. Elle subit deux fausses couches, douleur qu’elle représente dans "Henry Ford Hospital ou Le Lit volant" en 1932.

Henry Ford Hospital ou Le lit volant

Henry Ford Hospital ou Le lit volant

© Collection Museo Dolores/AP/SIPA

Et dans "Quelques petites piqûres", qu’elle peint en écho à un fait divers, c’est le visage de Diego qui remplace celui de l’assassin. Relation tumultueuse, ils divorcent en 1938 mais se remarient en 1940, le jour de l’anniversaire de Diego.

Quelques petites piqûres, 1935. Oil on metal. 38 x 48.2 cm. Dolores Olmedo Foundation, Mexico City

	 

Quelques petites piqûres, 1935. Oil on metal. 38 x 48.2 cm. Dolores Olmedo Foundation, Mexico City  

© DESRUS BENEDICTE/SIPA

Artiste inclassable, plus forte que la mort

Artiste multiple, elle refuse l’étiquette de surréaliste qu’on lui attribue souvent. Dans son journal intime, qu’elle débute en 1942, elle écrit ainsi : "On me prenait pour une surréaliste. Ce n’est pas juste. Je n’ai jamais peint de rêves. Ce que j’ai représenté était ma réalité". André breton qui l’avait rencontrée quelques années plus tôt dira de son oeuvre "l'art de Frida Kahlo de Rivera est un ruban autour d'une bombe".

Son état s’aggrave encore dans les années 50, durant lesquelles elle subit sept opérations de la colonne vertébrale. Amputée d’une jambe en 1953, elle contracte une pneumonie en 1954 qui lui sera fatale. Elle meurt à 47 ans, le 13 juillet 1954, après un dernier tableau, l’un de ses plus colorés, intitulé : "Viva la vida".