Détournement d'oeuvres adaptées aux critères de beauté 2012

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/05/2012 à 14H03
"La Naissance de Vénus" d'Alexandre Cabanel (1863) revue et amincie par Anna Utopia Giordano.

"La Naissance de Vénus" d'Alexandre Cabanel (1863) revue et amincie par Anna Utopia Giordano.

© annautopiagiordano.it

La jeune artiste italienne Anna Utopia Giordano interroge nos critères de beauté contemporains et sa dictature de la minceur en détournant des dizaines de tableaux classiques. Sur Photoshop, elle révise les formes des femmes représentant Vénus, déesse de la beauté, en les adaptant au goût du jour. Edifiant.

Cachez-moi le petit bedon de "La Vénus d'Urbin" du Titien (1538), gommez-moi les hanches girondes de "La naissance de Vénus" de Bouguereau (1879), sculptez-moi les voluptueuses cuisses et taille de "La naissance de Vénus" d'Alexandre Cabanel (1863): passés sous les ciseaux numériques d'Anna Utopia Giordano, les formes mincissent de façon spectaculaire et perdent beaucoup en sensualité. 

"Utiliser un logiciel de retouche de photos pour écorner un mythe qui apparaît intouchable dans l'inconscient collectif donne une impression incroyable et tragique à la fois", note Anna Utopia Giordano dans "Libération" de mardi 8 mai.

Après le Moyen-âge, marqué par les famines et les corps chétifs, "les formes se sont épanouies et la chair est devenue plus attirante" à la Renaissance, explique l'anthropologue Gilles Boëtsch dans Libération. Ce rapport à la chair a ensuite rebasculé avec la révolution industrielle. "Alors qu'auparavant, avoir de l'embonpoint était un symbole de la bourgoisie, cela s'est inversé au fur et à mesure", ajoute-t-il. Jusqu'à ce que la minceur devienne le modèle dominant car "elle est la preuve du contrôle du corps".

'La Naissance de Vénus" d'Alexandre Cabanel, l'original, daté 1863.

'La Naissance de Vénus" d'Alexandre Cabanel, l'original, daté 1863.

© DR
Face à la norme, tout le monde bricole
Que nous apprend donc le travail de Anna Utopia Giordano ? Qu'il y a des critères de beauté, qu'on appelait "canons" à la Renaissance, et qu'ils changent selon les époques. Mais aussi que l'actuelle quête de minceur est surtout un leurre issu de la virtualité des retouches informatiques - on le voit à l'oeuvre quotidiennement dans les magazines.

Dans ces conditions, le surpoids qui frappe de plus en plus les pays occidentaux pourrait-il devenir une prochaine norme de représentation ?
"Non", répond Gilles Boeëtsch. "Toutes les femmes savent qu'elles ne pourront pas ressembler aux filles de 14 ans sur les couvertures des journaux, mais ça fait rêver. Nous avons besoin de fantasmer et de nous fixer des objectifs que nous ne pouvons pas atteindre". Du coup, pour s'adapter à la norme, tout le monde bricole.