Des Modigliani inédits à la Pinacothèque de Paris

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 04/04/2012 à 16H45
A gauche, Chaïm Soutine, L'Homme au chapeau, 1919-1920, Collection privée - A droite Amedeo Modigliani, Portrait de Soutine, 1916, Collection privée

A gauche, Chaïm Soutine, L'Homme au chapeau, 1919-1920, Collection privée - A droite Amedeo Modigliani, Portrait de Soutine, 1916, Collection privée

© A gauche © Adagp, Paris 2012 © Photo : Pinacothèque de Paris / Fabrice Gousset - A droite, © Photo : Pinacothèque de Paris / Fabrice Gousset

Dans les années 1915-1930, un homme discret et passionné, Jonas Netter, a permis à des artistes fauchés de travailler grâce à son soutien financier. Parmi ces artistes, on compte Amedeo Modigliani et Chaïm Soutine. La Pinacothèque de Paris expose une partie de la collection de ce découvreur de talents (jusqu'au 9 septembre 2012)

L’histoire est née de la rencontre de trois débutants. En 1915, Modigliani vit dans la misère à Montparnasse. Léopold Zborowki, qui se présente comme un poète polonais, se lance sur le marché de l’art. Jonas Netter, fils d’un industriel alsacien et agent de marques pour l’exportation est un passionné d’art. Il aime surtout les impressionnistes mais n’a pas les moyens de se les offrir. Il va s’intéresser à de jeunes artistes plus à la portée de sa bourse, qui deviendront des grands. Il s’associe à Léopold Zborowski et débute une collection.

Quand Netter découvre Modigliani, il est un des premiers à acheter des œuvres de l’artiste et Zborowski travaillera sans relâche à promouvoir l’œuvre de l’artiste italien.

Modigliani travaille sous contrat
Celui-ci va pouvoir travailler grâce au soutien des deux autres. Il se lie par contrat à Zborowski et Netter. Contre le paiement d’un salaire de 15 francs par jour, de son matériel artistique et de ses frais d’hôtel, le peintre donne toute sa production au marchand et au collectionneur.

Zborowski travaille grâce à l’argent de Netter. C’est lui qui entre en contact avec les artistes. Il organise la première grande exposition personnelle de Modigliani chez Berthe Weil, à Paris. Les nus en vitrine font scandale et provoquent une émeute, la police intervient et seuls quelques dessins sont vendus.

Netter se fait traiter de fou par ses proches, qui ne comprennent pas qu’il achète les « horreurs » de Modigliani. Il aime tellement le peintre qu’il revend certaines de ses tableaux dans le seul but de faire connaître son œuvre.

Chaïm Soutine - A gauche, La Folle, c. 1919, Collection privée - A droite, L'Escalier rouge à Cagnes, c. 1918, Collection privée

Chaïm Soutine - A gauche, La Folle, c. 1919, Collection privée - A droite, L'Escalier rouge à Cagnes, c. 1918, Collection privée

© A gauche, © Adagp, Paris 2012 © Photo : Pinacothèque de Paris / Fabrice Gousset - A droite © Adagp, Paris 2012 © Photo : Pinacothèque de Paris / Fabrice Gousset

Jonas Netter collectionne Soutine avant Barnes
On peut voir à la Pinacothèque une quinzaine de Modigliani, dont quelques dessins. Certains de ces fameux portraits au cou allongé, légèrement penchés, n’ont pas été vus depuis des décennies. Parmi eux une « Petite fille en bleu » ou un portrait de son ami Chaïm Soutine.

Modigliani et Soutine ont partagé la misère des jeunes artistes dans le Montparnasse du début du XXe siècle. C’est Modigliani qui présente Soutine à Zborowski. Le marchand n’est pas convaincu et n’aimera jamais le peintre russe. Il accepte, sur l’insistance de son protégé, de lui faire un contrat en 1919 mais son soutien est limité et Soutine continue à vivre dans la misère. Netter croit en lui, est le premier collectionneur de Soutine et éponge ses dettes.

Barnes viendra en 1923 chez Zborowski pour acheter des Modigliani. Fasciné par Soutine, il achètera d’un coup une centaine de ses tableaux.

Maurice Utrillo, Place de l'église à Montmagny, c. 1907

Maurice Utrillo, Place de l'église à Montmagny, c. 1907

© Adagp, Paris 2012 © Jean Fabris, 2012 © Photo : Pinacothèque de Paris / Fabrice Gousset

Avec Modigliani, les Soutine sont un des principaux points d’intérêt de la collection Netter. Une vingtaine sont exposés à la Pinacothèque, dont la fascinante « Folle » aux yeux hallucinés, aux mains démesurées et tordues ou des paysages du sud aux arbres tourmentés. Sa « Fillette à la robe rose » de 1928, avec ses mains croisées devant pourrait être un hommage aux portraits de son frère de dèche.

Jonas Netter s’est aussi intéressé à Maurice Utrillo et Suzanne Valadon. La Pinocothèque présente également quelques toiles de Derain, dont « Les grandes baigneuses » de 1907, qui n’ont pas été montrées au public dans cette version depuis la guerre, selon Marc Restellini, le directeur du musée.

Ou encore une série d’œuvres du Polonais Moïse Kisling (1891-1953) aux couleurs éclatantes comme cette « Femme au pull-over rouge » qui explose, et quelques Vlaminck.

Amedeo Modigliani - A gauche, Portrait de la jeune fille rousse (Jeanne Hébuterne), 1918, Collection privée - A droite, Fillette en bleu, 1918, Collection privée

Amedeo Modigliani - A gauche, Portrait de la jeune fille rousse (Jeanne Hébuterne), 1918, Collection privée - A droite, Fillette en bleu, 1918, Collection privée

© Photos : Pinacothèque de Paris

Bientôt une fondation pour faire connaître la collection Netter
En 1920, Modigliani meurt d’une méningite tuberculeuse. Autant Netter est discret et carré, autant son partenaire Zborowski est hâbleur et pas toujours scrupuleux. Netter met fin à leur collaboration en 1929.

Parmi les artistes soutenus par Netter, certains sont devenus célèbres. D’autres n’ont pas eu la même postérité mais Marc Restellini, qui souligne leur qualité, a souhaité les montrer aussi.

Une partie de la collection est restée dans la famille du fils de Jonas, Gérard Netter. Avant de la donner à une fondation, pour la faire connaître, le fils du collectionneur a souhaité la montrer. D’où cette exposition.

La Collection Jonas Netter, Modigliani, Soutine et l’aventure de Montparnasse, Pinacothèque de Paris, 28 place de la Madeleine, 75008 Paris
Tous les jours 10h30-18h30, nocturnes les mercredis et vendredis jusqu’à 21h (14h-18h30 le 1er mai et le 14 juillet)
Tarifs : 10 € / 8 €

Jusqu’au 9 septembre 2012