Décès du peintre populaire congolais Pierre Bodo

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/03/2015 à 10H24
Le peintre congolais Pierre Bodo devant une de ses oeuvres

Le peintre congolais Pierre Bodo devant une de ses oeuvres

© Galerie MAGNIN-A

Le peintre kinois Pierre Bodo, qui voulait exprimer un message social, politique et spirituel avec ses oeuvres populaires et fantastiques, est décédé, de façon "aussi rapide qu'inattendue", a annoncé dans un communiqué la galerie parisienne Magnin-A qui le représente.

Né en 1953 à Mandu, en République démocratique du Congo, Pierre Bodo, peintre autodidacte, s'était installé en 1970 à Kinshasa où il avait participé à l'exposition "Art Partout" qui révélait au grand public la peinture populaire zaïroise, dont il fut une des principales figures avec Moke et Chéri Samba. Des artistes qui produisaient une peinture figurative inspirée des événements quotidiens, politiques et sociaux.
Femme surchargée, Pierre Bodo, 2011 Acrylique et paillettes sur toile 112 x 83 cm

Femme surchargée, Pierre Bodo, 2011 Acrylique et paillettes sur toile 112 x 83 cm

© Kleinefenn Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris.
Peindre pour un monde meilleur
 
Voulant créer un art capable de changer le cours de l'histoire, avec des toiles qui sont pamphlet, manifeste, revendication ou conseil, il peint dans les années 1980 autour de la sorcellerie, pour exhorter les Congolais à abandonner cette pratique répandue dans le pays. Converti en 1980 à la religion chrétienne, il rejoint l'Eglise pentecôtiste et devient pasteur de l'"évangélisme mondial".
Obama, who knew it, Pierre Bodo, 2009 Acrylique et paillettes sur toile 193 x 304 cm

Obama, who knew it, Pierre Bodo, 2009 Acrylique et paillettes sur toile 193 x 304 cm

© Kleinefenn Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris. MAGNIN-A, Paris.
A partir des années 1990, il change son style pour œuvrer à "l'amélioration de la vie et des choses visibles" et faire partager ses rêves d'un monde meilleur. Il traite de sujets fantastiques ou symboliques, nourrissant ses œuvres de ses rêves. "Je fais sortir tout ce qui m'arrive, de façon à ne plus me fixer sur des sujets spécifiquement africains, afin de m'adresser au monde entier", disait-il.
 
Des sapeurs fantastiques
 
Sa dernière série d'œuvres, baptisée "Sapeurs", fait référence au phénomène de la SAPE (Société des ambianceurs et des personnalités élégantes), une mode vestimentaire populaire au Congo. Il y représente des dandys à têtes d'oiseaux et aux chaussures fantastiques en formes d'animaux.
Matswapanga, Pierre Bodo, 2011 Acrylique sur toile

Matswapanga, Pierre Bodo, 2011 Acrylique sur toile

© Kleinefenn Courtesy Galerie MAGNIN-A, Paris. MAGNIN-A, Paris.
Ces dernières années, Pierre Bodo avait multiplié les actions humanitaires à Kinshasa pour favoriser la scolarité des enfants les plus défavorisés et des orphelins, souvent abandonnés parce que accusés de sorcellerie par leur famille. "Je suis artiste peintre pour soutenir les enfants dont les parents n'ont pas les moyens de les aider pour leurs études et trouver du travail. Le but de mon action est de lutter, via cette association, contre la délinquance et la pauvreté", disait-il.
 
Des peintures de Pierre Bodo à la Fondation Cartier l'été prochain
 
Dès le début des années 1990, Pierre Bodo était représenté dans la collection de l'homme d'affaires Jean Pigozzi, une des plus importantes d'art africain. Il a été exposé dans des expositions collectives dans les grandes capitales du monde : à la Pinacoteca Giovanni e Marella Agnelli à Turin, à la Tate Modern de Londres, au Guggenheim de Bilbao, au Museum of Fine Arts de Houston, à Bruxelles, à Montréal, ainsi qu'à Charleroi, à Lille, à Monaco, au Magasin (Musée national d'art contemporain) de Grenoble.
 
Des œuvres de Pierre Bodo seront présentées à Paris, à la Fondation Cartier, dans le cadre de l'exposition Congo Kitoko – Beauté Congo, de juillet à novembre 2015.