Décès de l'artiste suisse Gottfried Honegger, figure de l'art abstrait

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/01/2016 à 15H07
L'artiste Gottfried Honegger devant son oeuvre "Culur", dans le district de Maloja (Suisse), en 1997

L'artiste Gottfried Honegger devant son oeuvre "Culur", dans le district de Maloja (Suisse), en 1997

© Arno Balzarini / Keystone / MAXPPP

Le peintre et sculpteur suisse Gottfried Honegger est mort dimanche à son domicile de Zurich, à l'âge de 98 ans. En 2015, le Centre Pompidou à Paris avait proposé une rétrospective de ce créateur, figure majeure de l'art concret.

Né en 1917, Gottfried Honegger a passé son enfance chez ses grands-parents en Engadine (canton des Grisons). Après des études à l'Ecole des arts appliqués de Zurich, il a fondé un atelier de graphisme, de décoration et de photographie en 1938.
             
Il travaille aussi comme scénographe d'expositions, dont l'Expo nationale de Zurich en 1939, et met sur pied la première exposition itinérante d'art graphique en Suisse.
Un tableau de Gottfried Honegger à Mouans-Sartous (Alpes-Maritimes) en 2007

Un tableau de Gottfried Honegger à Mouans-Sartous (Alpes-Maritimes) en 2007

© Valery Hache / AFP


Premier Tableaux-reliefs à New York  

L'artiste a vécu brièvement en 1939 à Paris, où il fait des paysages et des portraits cubistes. Il a séjourné dans les pays scandinaves, en Allemagne, en Union soviétique. Dans les années 1950 il peint des compositions mêlant références à la nature et géométrie.
 
Aux Etats-Unis, à la fin des années 1950, il rencontre les expressionnistes abstraits et décide de se consacrer uniquement à son travail artistique. Il crée des tableaux monochromes dont la surface est animée par des éléments géométriques et répétitifs de faible épaisseur, qui préfigurent ses célèbres "Tableaux-reliefs" et qu'il présente pour sa première exposition personnelle en 1960 à la Martha Jackson Gallery de New York.

L'ordinateur et le hasard au service de l'art

La même année, Gottfried Honegger s'installe à Paris où il utilise l'informatique pour des dessins programmés par ordinateur.
 
Les Tableaux-reliefs connaissent de multiples variations, constitués de multiples couches de peintures, comportant des dessins, changeant de formes.
 
Honegger crée des Tableaux-reliefs aux formats monumentaux et dont la distribution des couleurs et des formes est confiée au hasard d'un jeu de dés. Plus tard, les Tableaux-reliefs s'émancipent du plan du tableau. Il réalise aussi des "Pliages" à partir de feuilles de métal.
 
"J'ai 98 ans et j'ai décidé de changer le monde", déclarait encore malicieusement Gottfried Honegger au moment de sa rétrospective au Centre Pompidou. Il y avait présenté une de ses dernières pièces qu'il venait de créer.

Une collection léguée à l'Etat français

Il avait reçu de nombreuses récompenses et avait été fait chevalier de l'Ordre des arts et lettres en France. Egalement préoccupé de pédagogie, l'artiste avait conçu un outil pédagogique, "Le Viseur", pour apprendre aux enfants à regarder.
 
Il avait fondé en 1990-1991, avec sa femme Sybil Albers-Barrier, l'Espace de l'Art concret à Mouans-Sartoux, près de Grasse (Alpes-Maritimes), qui conserve leur collection personnelle, donnée à l'Etat français en 2000.
              
Elle est constituée d'un ensemble d'œuvres représentatif de l'abstraction et des avant-gardes historiques (art concret, art conceptuel, minimalisme…) et comprend des pièces de Hans Arp, Andy Warhol, Thomas Hirschhorn, Man Ray ou Yves Klein, Daniel Buren et Dan Flavin, Josef Albers ou François Morellet.

"Gottfried Honegger était un passeur incomparable. Sa générosité sans limite a permis à notre pays de le doter d'une collection inestimable d'art concert. Son oeuvre plastique, inventive, diverse, en perpétuel mouvement, à laquelle le Musée national d'art moderne a rendu hommage couvre quelque soixante-dix ans de création, pleinement engagée dans les grands débats d'idées propres à l'art abstrait des 20e et 21e siècles. A bien des égards, Gottfried Honegger aura été un héros de l'avant-garde, riche d'une utopie rêvant de changer le monde", a réagi Bernard Blistène, le directeur du Musée national d'art moderne.