Cinq nocturnes par semaine pour Matisse au Centre Pompidou

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/03/2012 à 17H25
Henri Matisse, à droite, Le Luxe I, Collioure, été 1907, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, à gauche Le Luxe II, Paris, hiver 1907, Don de Johannes Rump, Statens Museum for Kunst, Copenhague

Henri Matisse, à droite, Le Luxe I, Collioure, été 1907, Centre Pompidou, Musée national d'art moderne, à gauche Le Luxe II, Paris, hiver 1907, Don de Johannes Rump, Statens Museum for Kunst, Copenhague

© Succession H. Matisse

Toute sa vie, Henri Matisse a multiplié ses tableaux par deux, produisant un premier jet spontané et passant plusieurs mois à retravailler sur le même thème en variant souvent le cadrage, la couleur… Une exposition au Centre Pompidou aborde son œuvre à travers ces variations, pour montrer la cohérence de sa démarche artistique. Compte-tenu de l'affluence exceptionnelle (plus de 5000 visiteurs par jour en moyenne), le Centre a décidé de proposer des nocturnes supplémentaires du jeudi au lundi jusqu'à 23 heures à partir d'aujourd'hui, vendredi 23 mars

Avec « un parcours de l’œuvre de Matisse très resserré », il s’agissait d’en proposer une lecture « par l’intermédiaire des paires et séries », explique Cécile Debray, la commissaire de l’exposition. « Matisse a très souvent traité un même motif à travers deux voire trois tableaux de même format » en offrant « des traitements formels très contrastés ». Il s’agit « d’une démarche continue, de ses toiles du début du XXe siècle aux papiers gouachés découpés » de la fin de sa vie, qui vont clore l’exposition.

Les paires et les série sont le signe de l’inquiétude de Matisse
Pour Cécile Debray, cette approche de l’œuvre de Matisse « permet de montrer la cohérence » de son travail. Elle « permet d’aller à l’encontre d’une idée de virtuosité heureuse. Matisse est un peintre inquiet, saisi par le doute. Un doute qu’il exprime à travers ces multiplications formelles. »

Dès 1898-1900, Matisse livre deux versions d’une nature morte aux oranges, ou du pont Saint-Michel, tantôt tableau dense, sous la neige, tantôt épure formelle.

La paire Luxe I – Luxe II (1907-1908) est centrale. La première version de ces trois femmes, qui se détachent sur un fond de bandes colorées, est traitée en relief, de façon expressive. Entretemps, Matisse va en Italie où il découvre Giotto et les primitifs italiens. La deuxième version est plus stylisée, faite de traits et d’aplats de couleur.

Une première version spontanée, une deuxième plus travaillée
«Matisse fait vite la distinction entre l’idée première qui a une aura de fraîcheur et qu’il souhaite avoir sous les yeux pour l’approfondir » et une deuxième version, explique Cécile Debray. La première, il la produit rapidement, dans un élan spontané. Dans la seconde, il poursuit ses recherches formelles « mais il veut garder l’aspect poétique de la première ».

Dans l’exemple de Luxe I et II, le cadrage était resté strictement le même. Souvent, il varie pourtant, comme dans ces « poissons rouges » du quai Saint-Michel. Sur le deuxième tableau, plus de vue sur l’extérieur mais Matisse introduit la présence du peintre. De la même façon, « Lorette sur fond noir » est mise en perspective pour ne devenir qu’un élément de « Le peintre dans son atelier » (1916-1917).

Matisse est parfois comme un photographe qui varierait les angles ou ferait un plan plus serré de son sujet. Ou bien il réorganise les éléments de son tableau, en supprime, varie les couleurs.

En 1945, Matisse expose son « work in process »
En 1945, le peintre a fait une exposition étonnante à la galerie Maeght, dont le Centre Pompidou rend compte. Matisse y a présenté six tableaux entourés de photographies agrandies de leurs états successifs. Depuis les années 1930, Matisse prenait des photos de ses œuvres en devenir. Dans leur version finale, les tableaux qu’il expose là, parmi lesquelles « La Chemise roumaine », « Le Rêve », ou « Nature morte au magnolia », ont été simplifiés depuis leur première version. Des éléments ont disparu. Il est passionnant de voir comment il est arrivé au résultat final.

« Cette façon de montrer son 'work in process' est très moderne », estime Cécile Debray. En même temps, selon elle, Matisse est inquiet de la façon dont on va percevoir ses œuvres et c’est pour lui une façon d’expliquer qu’une apparente simplicité ou naïveté n’est pas le fruit d’une quelconque désinvolture mais au contraire l’aboutissement d’un long travail.

Des Thèmes et variations à la plume
Et comme dans un élan inverse, Matisse a créé au début des années 1940 ses « Thèmes et variations », des séries de dessins à l’encre spontanés à partir d’un dessin plus travaillé au fusain. « Ces dessins à la plume, quoique sortant du même objet, sont variés, ils sont réunis par mon émotion du moment. Je veux dire : c’est chauffé par mon effort fait sur le fusain que j’ai fait les (dessins à la) plume », écrit-il en 1942 à son fils Pierre.

Matisse, Paires et séries, Musée national d’art moderne, Centre Pompidou, Paris 4e, 01-44-78-12-33
tous les jours sauf mardi,

nocturnes exceptionnels à partir du vendredi 23 mars:
du jeudi au lundi, 11h-23h, mercredi 11h-21h, ouverture le dimanche à 10h pour les détenteurs d'un laissez-passer du Centre Pompidou ou d'un billet acheté en ligne

11 à 13 € selon période, tarif réduit 9 à 10 €
du 7 mars au 18 juin 2012