Carol Rama, peintre italienne anticonformiste, s'est éteinte

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 28/09/2015 à 15H28
Carol Rama "Lusinghe, 2003", Collection Charles Asprey, Londres

Carol Rama "Lusinghe, 2003", Collection Charles Asprey, Londres

© Photo Andy Keate / Archivio Carol Rama, Turin

La peintre italienne Carol Rama est morte vendredi dernier à 97 ans à Turin. Elle avait reçu en 2003, un Lion d’Or à la biennale de Venise.

Autodidacte, l'artiste italienne est née en 1918 à Turin dans une famille bourgeoise traditionnelle. Carol Rama commence à peindre à l'âge de 15 ans et elle est censurée dès ses premières aquarelles, dans les années 30. "Je n'ai pas eu besoin de modèle pour ma peinture, le sens du péché est mon maître", disait-elle. En 1945, sa première exposition à la galerie Faber à Turin, est censurée pour "obscénité".
Cette artiste méconnue jusqu'à la toute fin de sa vie, a côtoyé tous les mouvements d'avant-garde du XXe siècle, du surréalisme à l'art concret, en passant par le pop art et l'arte povera. Mais son travail, entre abstraction et figuration, reste inclassable. Elle invente sa propre expression, qui contraste avec les représentations de l'époque, dominées par la vision masculine.

Carol Rama a vécu une grande partie de sa vie dans un appartement à Turin, sa ville natale. Espace aux murs et rideaux noirs, fenêtres fermées et empli d'objets, de photographies, des souvenirs qui accompagnent et nourrissent son oeuvre : une machine à écrire de l'usine à vélos de son père, des cadeaux de ses amis, la robe qu'elle portait lors de sa première sortie à l'opéra, "des objets que j'aime beaucoup et que je prends quand je travaille pour que les choses se passent bien", expliquait-elle dans un entretien accordé à Corrado Levi en septembre 1996.

Bricolages

Dans les années 50, elle adhère au MAC, Mouvement pour l'Art Concret. Puis dans les années 60 elle englue des objets trouvés ou organiques dans des textures peintes. Elle crée des oeuvres que son ami poète Edoardo Sanguineti intitule"bricolages", en référence au concept développé par Claude Lévi-Strauss dans "La Pensée sauvage".

Dans les années 70, Carol Rama commence à travailler le caoutchouc végétal, qu'elle récupère sur les chambres à air de vélos (son père dirigeait une usine de fabrication de bicyclettes qui fit faillite et il se donna la mort).
Carol Rama "Autorattristatrice", 1970, Courtesy Galerie Isabella Bortolozzi

Carol Rama "Autorattristatrice", 1970, Courtesy Galerie Isabella Bortolozzi

© Photo Andy Keate / Archivio Carol Rama, Turin
"Avec de constants va-et-vient, de l’intérieur vers l’extérieur et vice versa, et par le biais de références et d’autocitations, l’oeuvre de Carol Rama, peuplée de corps démembrés, informes, bricolés ou découpés, parvient à compenser l’absurdité d’un monde autrement condamné à la dépression, à l’ennui, à la frustration. Dans une pulsion de vie et de plaisir non normé, tous les sens – du goût, à travers l’humidité de l’aquarelle, à la vision, via ses bricolages, et jusqu’au toucher, avec le latex flaccide – sont convoqués, en lien avec des corps-organes (langue, oeil, pénis ou sein), eux-mêmes identifiés à leurs multiples sécrétions commutatives et qui apparaissent autant comme notre origine assumée que comme la seule issue viable", expliquait Anne Dressen en introduction de la grande rétrospective récemment consacrée à l'artiste italienne  au Musée d'Art moderne de la ville de Paris.