Cagnes-sur-Mer : au milieu des oliviers, le musée Renoir a rouvert ses portes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 30/07/2013 à 14H46
Le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, façade sud

Le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, façade sud

© Ville de Cagnes-sur-Mer

Le musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, installé dans le beau domaine des Collettes, où le peintre a terminé sa vie en 1919, les mains déformées par les rhumatismes, a rouvert ses portes au public après rénovation, un siècle après sa construction.

"Il semble que les différents lieux habités par Renoir depuis son enfance correspondirent à l'évolution de son génie. Les Collettes furent le cadre parfait de sa dernière période. Il y trouva même la force, malgré son état de santé, d'y faire de la sculpture", écrivait le réalisateur Jean Renoir, deuxième fils du peintre.

"C'était une grande oliveraie menacée par un promoteur qui voulait arracher tous les oliviers pour mettre des serres à oeillets. Renoir l'a achetée en  1907. Il avait peint sur cette colline et trouvait ces arbres magnifiques", explique aujourd'hui son arrière-petit-fils Jacques Renoir, photographe et réalisateur, qui a rêvassé toute sa jeunesse dans la propriété familiale des Alpes-Maritimes.
Musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, salles d'exposition des sculptures

Musée Renoir de Cagnes-sur-Mer, salles d'exposition des sculptures

© Ville de Cagnes-sur-Mer
 
Auguste Renoir (1841-1919) séjournait déjà dans le vieux village pour soigner ses rhumatismes déformants. Et son épouse Aline, qui avait eu tardivement un troisième fils, Claude dit "Coco", voulait se poser.
 
Une grande maison pour accueillir modèles, amis et domestiques
"Cela a été le prétexte pour construire une grande maison pour accueillir les modèles, les amis, les domestiques. A l'époque la propriété faisait 11 hectares. Il y avait des fermes, car la région était très agricole au début du  20e siècle", précise Jacques Renoir, auteur d'une biographie romancée ("Le tableau amoureux") sur la vie de son arrière-grand-père pendant la première guerre mondiale.
 
Le livre a largement inspiré le film "Renoir" de Gilles Bourdos, sorti en janvier avec Michel Bouquet dans le rôle du peintre au  crépuscule de sa vie. L'action se passe en 1915, Renoir vient de perdre son épouse et sa dernière modèle Andrée va lui redonner un souffle de jeunesse. Son fils Jean, revenu blessé de la guerre, en tombe amoureux et deviendra cinéaste pour lui plaire.
Les oliviers du domaine des Collettes, dernière résidence de Renoir, à Cagnes-sur-Mer

Les oliviers du domaine des Collettes, dernière résidence de Renoir, à Cagnes-sur-Mer

© Ville de Cagnes-sur-Mer
 
Le film n'a pas été tourné aux Collettes, mais dans le Var, au Domaine du Rayol, regrette Jacques. Il est vrai que l'ancien paysage campagnard s'est urbanisé. Mais la maison sur trois niveaux, en pierres apparentes, domine toujours un parc d'oliviers millénaires où Renoir disposait jadis d'un atelier extérieur.
 
Le domaine a été racheté par la ville en 1959
Le domaine réduit à 2 hectares et demi a été racheté par la ville de Cagnes-sur-Mer en 1959 pour devenir un musée. Il a été classé au titre des Monuments historiques en 2001. Fermé pendant dix-huit mois pour rénovation, il pourrait bien devenir une des visites incontournables de la  Côte-d'Azur.
 
A l'intérieur de la maison, on pénètre dans deux anciens ateliers. Le maître s'y rendait sur une chaise à porteurs en osier. Un film d'époque immortalise le vieil homme, les mains bandées, tenant rigidement un pinceau de la main droite tout en fumant de la gauche.
 
Des bustes de ses enfants et de son épouse, réalisés avec le sculpteur Richard Guino qui l'assista à la fin de sa vie, sont disposés dans leurs chambres respectives. Pour la réouverture, les familles Renoir et Guino ont accepté d'exposer les plâtres originaux dans une nouvelle salle.
 
Une cinquantaine de peintures dont quinze de Renoir
Dans la chambre de Renoir, on peut voir un tableau inachevé de 1905, prêté par le  musée d'Orsay, qui reprend son célèbre thème des "Grandes baigneuses", ou encore  une élégante peinture de deux femmes sensuelles ("Les Cariatides", 1909).
 
Dans la chambre de Coco, un joli portrait de l'enfant lisant par Renoir (1905), côtoie des paysages comme la "Ferme des Collettes" (1915).
 
Le musée compte une cinquantaine de peintures dont quinze de Renoir. "Il  n'accrochait pas ses propres tableaux chez lui", précise toutefois la  conservatrice Cécile Bertran, qui a supervisé la rénovation (trois millions d'euros).
 
La maison était ouverte
"La maison était ouverte. Un jour, un peintre japonais sonna à la porte de Renoir et resta plusieurs semaines", souligne-t-elle. Parmi les illustres  visiteurs, on compte Bonnard, Matisse, Monet, Rodin... Mais aussi son ami peintre Albert André, qui disposait de sa propre chambre. Ce dernier laisse de nombreux  tableaux peints sur les lieux, dont un portrait de Renoir en 1913 coiffé de son éternel chapeau.
 
Les œuvres du musée, exposées au château Grimaldi pendant les travaux, l’ont réintégré.
 
Une vitrine montre les céramiques des fils Coco et Jean, car Auguste Renoir voulait qu'ils aient une activité artistique et leur avait construit un atelier dans la propriété. "Pierre, l'aîné, avait déjà trouvé sa voie : il était comédien. Mais Jean et Coco pouvaient l'envisager", raconte Jacques Renoir. Coco se remettra à la céramique après un détour par le cinéma. Auguste Renoir a laissé à ses enfants un capital de 750  tableaux.
 
De nouveaux espaces ont été ouverts à la visite, comme la cuisine familiale.

Renseignements pratiques sur le site de la ville de Cagnes-sur-Mer