Belgique : une ancienne mine transformée en centre d'art

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 06/06/2012 à 11H24
Un visiteur photographie "Para Production" du Chinois Ni Hafeng à la mine de Waterschei (01/06/12)

Un visiteur photographie "Para Production" du Chinois Ni Hafeng à la mine de Waterschei (01/06/12)

© John Thys / AFP

Fermée depuis 25 ans, une immense mine de charbon du nord de la Belgique va renaître cet été grâce à des dizaines de peintres et sculpteurs venus opposer leur art à la désindustrialisation de l'Europe.

La mine de Waterschei, laissée à l'abandon à Genk, a été choisie pour accueillir Manifesta, la principale biennale européenne d'art contemporain itinérante du Vieux continent.

Ses vitres cassées, ses murs délabrés et ses machines rouillées n'ont pas rebuté les organisateurs. Sa dimension spectaculaire de friche industrielle "en fait un site magique, très stimulant pour les artistes", a témoigné auprès de l'AFP Katerina Gregos, l'un des commissaires de l'exposition. D'autant que les 23.000 m2 du bâtiment principal ont été laissés en l'état pour accueillir les oeuvres : y figurent les installations géantes du Chinois Ni Haifeng, du Français Christian Boltanski ou de l'Espagnol Jota Izquierdo.

Au hasard d'un escalier discret ou d'un rideau noir, le visiteur découvre aussi des tableaux de paysages industriels du XIXe ou des wagonnets ayant servi à descendre les "gueules noires" dans les profondeurs de la mine.

Deux touristes découvrent "les registres du Grand Hornu", de Christian Boltanski (01/06/12)

Deux touristes découvrent "les registres du Grand Hornu", de Christian Boltanski (01/06/12)

© John Thys / AFP
"Faire interagir les oeuvres avec la mine"
"Le point de départ de l'exposition, c'est ce site. Notre intention a été de faire interagir autant que possible les oeuvres avec la mine", explique le Mexicain Cuauhtemoc Medina, le concepteur de cette 9e édition de Manifesta. De fait, l'exposition est l'une des premières dans l'histoire à rendre hommage au charbon, "ce matériau sale et dangereux à extraire, dont la dimension artistique a rarement été exploitée", précise Katerina Gregos.

En 1938, le surréaliste français Marcel Duchamp avait fait sensation en suspendant plus de 1000 sacs de charbon au plafond de la galerie des Beaux-Arts de Paris lors de l'exposition internationale du surréalisme. Cette spectaculaire scénographie est recréée par Manifesta, qui accueille aussi une installation réalisée en 1997 par Christian Boltanski à l'aide de 472 boîtes de métal portant les photos jaunies des mineurs qui les possédaient.

Manifesta se penche en outre sur "l'esthétisme de la pollution industrielle" à laquelle ont été sensibles certains peintres impressionnistes, comme Monet ou Whistler, fascinés par le "smog", ce ciel de Londres noirci par les fumées. "L'âge d'or industriel est désormais bien révolu en Europe. Et les artistes actuels sont confrontés aux profondes mutations en cours, sur lesquelles ils portent un regard ouvert, souvent poétique et parfois utopique", souligne Katerina Gregos.

La mine de Waterschei, à Genk (1er juin 2012)

La mine de Waterschei, à Genk (1er juin 2012)

© John Thys / AFP
Cette volonté d'ancrer l'art dans le réel est la raison d'être de Manifesta, créée en 1996, après la chute du Mur de Berlin. Changeant de lieu tous les deux ans, cette "manifestation pop-up" s'est déjà tenue à Rotterdam, Nicosie ou San Sebastian. Cette année, elle espère accueillir 100.000 visiteurs.

L'art contemporain, star de l'été en Belgique
Outre Manifesta, l'art contemporain est décidément à l'honneur cet été en Belgique avec la triennale "Beaufort 04": 25 sculptures monumentales envahissent les quais des stations balnéaires et les plages des 65 km du littoral flamand. Enfin, la ville touristique de Gand invite pour sa part 41 artistes internationaux à prendre possession de ses rues et places dans le cadre de "Track", une exposition qui se tient jusqu'au 16 septembre.