A Monaco, Chagall et Malevitch côtoient des peintres moins connus des avant-gardes russes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/07/2015 à 14H50
Marc Chagall Introduction au théâtre juif ,1920, Tempera sur toile, gouache, 284 x 787 cm, Galerie nationale Tretiakov, Moscou

Marc Chagall Introduction au théâtre juif ,1920, Tempera sur toile, gouache, 284 x 787 cm, Galerie nationale Tretiakov, Moscou

© Galerie nationale Tretiakov, Moscou / © ADAGP, Paris 2015 / Service presse / grimaldiforum

L'exposition estivale "De Chagall à Malevitch, la révolution des avant-gardes" réunit jusqu'au 6 septembre au "Grimaldi Forum" de Monaco plus de 150 œuvres majeures d'artistes russes qui ont façonné une pléiade de courants de modernité au début du XXe siècle.

Des artistes russes de "l'avant-garde" parfois peu connus du public côtoient des monstres sacrés comme Chagall. Ses célèbres décors en sept panneaux peints pour le "Théâtre d'art juif", représentant un repas de noces peuplé de saltimbanques et d'animaux, constituent le clou de l'exposition qui vient de s'ouvrir à Monaco.

Des écoles de peinture aux noms mystérieux

Néo-primitivisme, rayonnisme, cubo-futurisme, suprématisme, abstraction, constructivisme : les écoles aux noms volontairement mystérieux de cette promenade artistique sont illustrées par une quarantaine d'hommes et de femmes (Larionov, Tatline, Filonov, Yakoulov, Gontcharova, Matiouchine...).

"Ces mouvements se superposent et vivent de l'apport infini d'artistes qui vivent dans l'espoir d'un monde nouveau dont ils sont les témoins absolus. Les rêves et les utopies font partie de ces temps-là", explique le commissaire Jean-Louis Prat, qui avait déjà consacré une exposition à cette période bouillonnante en 2003 lorsqu'il dirigeait la Fondation Maeght de Saint-Paul-de-Vence.

Les avant-gardes dans un pays en plein bouleversement

Le pays est en plein bouleversement, entre une première révolte de la population à Saint-Pétersbourg (1905) réprimée par le tsar et le suicide du poète des avant-gardes Maïakovsky (1930), fourchette de temps choisie pour l'exposition. S'y intercale la révolution russe de 1917, à laquelle tous ces artistes ont "adhéré avec enthousiasme", rappelle Jean-Louis Prat.

Matisse, Cézanne, Picasso

Avant la première guerre mondiale, les artistes russes voyagent à Berlin ou à Paris à la rencontre de peintres comme Matisse, Derain, Cézanne, Braque,Picasso, mais viennent aussi admirer des œuvres françaises dans les hôtels particuliers de riches industriels moscovites. Les Russes vont y puiser une partie de leur inspiration, tout en déclinant l'imagerie populaire de leur pays.

Marc Chagall est installé à Paris en 1910 avant de rentrer dans sa ville natale de Vitebsk en Russie pour créer une école d'art populaire, où son univers poétique très singulier se heurtera à la pensée radicale de Kazimir Malevitch qui enseigne avec lui.

Malevitch, la route vers l'abstraction

L'exposition permet de constater l'évolution radicale de Malevitch. Elle ouvre sur un autoportrait très figuratif de 1908, aux couleurs fauvistes commençant à s'éloigner de l'académisme. Cinq ans plus tard, il peint le portrait d'un ami dans un style "cubo-futuriste": l'homme est méconnaissable avec d'insolites éléments en guise de visage comme une scie ou une cheminée.

On retrouve Malevitch dans les années 1920, faisant table rase du passé et revendiquant "un zéro des formes", avec des œuvres peuplées de symboles géométriques minimalistes. "Le carré noir" (un carré noir sur fond blanc) deviendra l'emblème de l'école du "suprématisme" qu'il crée. Enfin à l'approche des années 1930, Malevitch revient vers une certain figuration avec toutefois des personnages dénués de visages.

Design, théâtre, etc.

A l'époque, beaucoup d'artistes proclament alors "la mort du tableau" et la venue d'un art "actif", pour se tourner vers le design et les décors de théâtre, souligne dans le catalogue Jean-Claude Marcadé, expert de la période.

Les artistes novateurs revendiquaient un "art de gauche" qui s'opposait aux conservatismes des écoles d'art russe dès 1910, insiste Jean-Claude Marcadé. L'appellation "avant-garde russe" est apparue dans les années 1920, en véhiculant "le mythe" erroné qu'ils étaient mus par l'élan politique de la révolution bolchévique, note-t-il.

L'idéologie finira par freiner la liberté des artistes. Nombre d'entre eux, dont Kandinsky ou Chagall, quitteront la Russie à partir des années 1920.

L'exposition bénéficie notamment de prêts exceptionnels du Musée Pouchkine et de la galerie nationale Trétiakov de Moscou, du Musée d'Etat russe à Saint-Pétersbourg ainsi que de dix musées régionaux russes.

De Chagall à Malévitch, La Révolution des avant-gardes
Du 12 juillet au 6 septembre 2015 au Grimaldi forum de Monaco