A Madrid, le Prado dévoile une peinture primitive française unique

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/02/2013 à 15H30
"Agonie dans le jardin", une oeuvre unique de la peinture primitive française, acquise par le Prado. Ici, avant et après restauration. A gauche, Louis d'Orléans et Sainte Agnès avaient disparu sous la peinture marron

"Agonie dans le jardin", une oeuvre unique de la peinture primitive française, acquise par le Prado. Ici, avant et après restauration. A gauche, Louis d'Orléans et Sainte Agnès avaient disparu sous la peinture marron

© Dominique Faget / AFP

Après un minutieux travail d’investigation et de restauration, le Prado a dévoilé lundi un tableau du XVe siècle présenté comme une pièce unique de peinture primitive française. Découvert chez une famille espagnole d’origine française, "Agonie dans le jardin" a été acquis par le grand musée madrilène

"La grande valeur de cette oeuvre c'est qu'elle est unique", explique Maria Antonia Lopez de Asiain, restauratrice du Prado qui, pendant un an, a travaillé, armée d'un bistouri et d'un microscope, pour révéler les secrets de cette exceptionnelle peinture sur bois.
 
Avec ce tableau, le musée affirme avoir réalisé "l'une des découvertes les plus importantes de la peinture primitive française". La profondeur du bleu du ciel, enrichie par une quantité généreuse de lapis-lazuli, attire l'oeil dans la salle de restauration du Prado malgré la petite taille (56,5 x 42 cm) de cette "Agonie dans le jardin" (1405-1408) et la présence  imposante de ses illustres voisins, des Goya et des Rubens.
 
Un portrait unique de Louis d'Orléans
C'est l'homme agenouillé en bas, à gauche, du tableau qui lui donne toute sa valeur historique : il s’agit de Louis d'Orléans (1372-1407), fils du roi de France Charles V, assassiné sur ordre de Jean sans Peur. "C'est le seul portrait de Louis d'Orléans qui existe en peinture sur  bois", explique Maria Antonia Lopez de Asiain.
 
Ceci, avec la "qualité" du tableau et "la rareté des oeuvres de cette école", beaucoup ayant été détruites pendant la Révolution française, "font de cette oeuvre un petit joyau d'une grande importance historique" et "encore plus précieuse pour l'histoire de France", souligne le musée.
 
"Il n'est pas fréquent qu'une oeuvre aussi primitive soit dans un aussi  magnifique état de conservation", ajoute la restauratrice.
 
L'oeuvre appartenait à une famille
Cette qualité s’explique par la couche de peinture marron qui a pendant longtemps caché les figures aux couleurs éclatantes de Louis d'Orléans et de Sainte Agnès, debout à ses côtés, ne laissant apparaître que trois apôtres et le Christ priant Dieu.
 
C'est en février 2011 qu'une famille espagnole d'origine française, selon  le musée, soumet l'oeuvre aux spécialistes du Prado. Pilar Silva, responsable des départements de peinture espagnole (1100-1500) et peinture flamande et des Ecoles du Nord (1400-1600), lance alors une "enquête" pour en déterminer la  provenance. "C'était une intuition : dès le début j'ai vu que c'était une (peinture)  française", affirme Pilar Silva.
 
Le portrait du donateur était caché sous une couche marron
Restait à le prouver et à découvrir l'identité du mystérieux donateur. L'élégant drapé de son habit, à la mode de 1400, donnera la clé définitive: sur les manches sont peintes de fines feuilles d'orties, dont certaines sont encore recouvertes d'une délicate touche d'or. Après des recherches, l'historienne identifie ce symbole comme étant l'une des insignes, avec le loup, de Louis d'Orléans.
 
Les expertes attribuent le tableau au peintre et valet de chambre de Louis d'Orléans, Colart de Laon, mais sans pouvoir le certifier, faute d'autres oeuvres comparables.
 
Le Prado refuse de dévoiler le montant payé à la famille espagnole. Mais pour ses experts, la valeur du tableau ne fait aucun doute. Ses anciens propriétaires, selon Pilar Silva, "ne savaient pas qu'ils possédaient un trésor".