"Lab" de Google : Filippetti boycotte, Pellerin la remplace

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 10/12/2013 à 15H24
La ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

La ministre de la Culture Aurélie Filippetti.

© Jean-Pierre Muller / AFP

La ministre de la Culture ne s'est pas rendue mardi à l'inauguration du centre culturel de Google à Paris. Aurélie Filippetti a annulé au dernier moment sa venue car "malgré la qualité du projet", la ministre "ne souhaite pas servir de caution" au groupe américain. Du coup, Matignon a demandé à Fleur Pellerin d'assister à l'inauguration. Cette dernière a tenu néanmoins un discours sans concession.

"Malgré la qualité des projets conduits, je ne veux pas servir de caution à une opération qui ne lève pas un certain nombre de questions que nous avons à traiter avec Google", a déclaré Aurélie Filippetti au journal "Le Monde".

Selon son cabinet, la ministre attend que "Google s'engage plus résolument sur plusieurs sujets, comme la fiscalité et la protection des données personnelles". Elle souhaite également veiller à "l'équilibre" des contrats entre les établissements publics et Google dans le cadre du Google Art Project, qui montre des oeuvres de musées partenaires sur son site.

Fleur Pellerin au Lab : "pas question de renoncer à nos valeurs"
Mais en milieu d'après-midi, après ce désistement, l'Elysée et Matignon ont demandé à Fleur Pellerin, ministre déléguée à l'économie numérique, d'assister à l'inauguration du Lab de Google. "La présence d'un membre du gouvernement à cette inauguration ne retire rien aux divergences importantes sur différents dossiers entre la France et  Google, constatées par la ministre de la Culture", a indiqué à l'AFP une source proche du dossier.
"Non, Google n'est pas un ennemi de la France et des entreprises françaises. C'est un acteur majeur de la transformation numérique de la France", a souligné Fleur Pellerin dans son discours lors de l'inauguration. "Mais, et je le redis avec force, il n'est pas question de renoncer à nos valeurs, à notre idée d'une société plus juste, plus ouverte et plus égalitaire".

"Google, comme les grands acteurs de l'internet, doit respecter strictement les lois de notre pays", a ajouté la ministre, citant la nécessité de "garantir un internet ouvert et non discriminatoire", de "protéger les données personnelles et la vie privée", et jugeant "inacceptables" les "stratégies d'optimisation fiscales".

"Le gouvernement français a parfois des désaccords avec les géants du Net,  notamment Google, mais je suis convaincue qu'aujourd'hui Google est conscient de ces différents enjeux et de l'importance d'établir et de respecter des règles du jeu équitables dans le monde numérique", a-t-elle martelé.
Défection de Filippetti : surprise chez Google
Chez Google, où l'on souhaite avec ce nouvel espace manifester une volonté de rapprochement avec la culture, la surprise était de mise après le désistement de Mme Filippetti.  "Nous sommes surpris de la décision personnelle de la ministre de la  Culture de ne pas venir aujourd'hui", a déclaré Nick Leeder, directeur général de Google France dans un court communiqué.
 
"Cependant, ce soir, nous célébrons le travail accompli avec près de 400  partenaires du monde entier, dont de nombreuses institutions françaises. Nous sommes très fiers de l'ouverture de l'Institut Culturel qui constitue un  investissement significatif en France pour la démocratisation de l'accès à la  culture", a-t-il ajouté.

Autres réactions en France
L'Adami, société qui représente les artistes interprètes, a salué dans un communiqué "la décision courageuse" de la ministre de la Culture de ne pas se rendre à l'inauguration du Lab.
   
L'ADAGP, société française de perception et de répartition des droits d'auteur dans le domaine des arts graphiques et plastiques, s'est félicitée elle aussi de cette décision. "Il fallait beaucoup de force et de détermination à la ministre pour assumer cette position", selon l'ADAGP.
   
"Google Art Project s'abrite derrière le statut - contestable - d'irresponsabilité juridique des hébergeurs pour mettre en ligne des oeuvres protégées en imposant aux musées d'assumer le paiement des droits", selon l'ADAGP.