Montpellier ambitionne de devenir un grand centre d’Art contemporain

Par @Culturebox
Mis à jour le 27/01/2017 à 19H35, publié le 27/01/2017 à 19H27
Vue de Montpellier (Rue Foch et clochet de l' église Sainte-Anne)

Vue de Montpellier (Rue Foch et clochet de l' église Sainte-Anne)

© Philippe Roy / Aurimages

Centre majeur en France consacré à la danse contemporaine, Montpellier ambitionne de devenir une référence internationale de l’Art contemporain, sous l'impulsion du spécialiste Nicolas Bourriaud, qui présente à partir de samedi un premier cycle d'expositions consacré au réalisme fantastique, organisé autour d'une rêverie inspirée par David Lynch.

Le MoCo inauguré d'ici à juin 2019

Commissaire de ces expositions et critique d'art, Nicolas Bourriaud a été nommé fin 2015 à la tête de La Panacée, centre auparavant dédié aux arts numériques, qui devient le projet multi-sites Montpellier contemporain (MoCo), dont l’ouverture est prévu d'ici à juin 2019. Le MoCo regroupera toute la filière artistique, de l'apprentissage à l'exposition, avec l'école des Beaux-Arts, la Panacée et l'Hôtel Montcalm, lequel sera le cœur du dispositif.

Premier directeur, avec Jérôme Sans, de la nouvelle aile dédiée à la création contemporaine du Palais de Tokyo, entre 2000 et 2006, Nicolas Bourriaud a ensuite notamment dirigé l'Ecole des Beaux-Arts de Paris de 2011 à l'été 2015, avant d'être limogé début juillet 2015 par le ministère de la Culture.

Une "capitale culturelle du Sud et de la Méditerranée"

A 51 ans, il affirme avoir trouvé à Montpellier "une dynamique urbaine et une volonté politique exceptionnelles" permettant d'inventer quelque chose de nouveau" pour faire de la ville une "capitale culturelle du Sud et de la Méditerranée".

Citant Victor Hugo -"La forme, c'est le fond qui remonte à la surface"-, il explique que sa démarche consiste à rechercher dans "l'hyper production artistique actuelle", "le ferment de nouvelles pensées", "le bouillonnement de l'époque". Voyant beaucoup de points de convergence entre la Californie et l'Occitanie, Nicolas Bourriaud avoue rêver de rapprocher, au moins artistiquement, Montpellier et Los Angeles.
"Mulholland Drive" : la bande annonce

David Lynch invité par procuration

Pour lancer cette "ère Bourriaud" à Montpellier, il propose à partir de samedi trois expositions pour mettre en lumière "trois fragments de trois univers très différents", visibles jusqu'au 23 avril à la Panacée.

Premier choix, "Retour sur Mulholland Drive", qu'il définit comme "une exposition-essai" ou "une rêverie librement inspirée" de ce film sorti en 2001 de David Lynch, lui-même plasticien et photographe . "J'ai eu l'idée de cette exposition en rêve", assure Nicolas Bourriaud. L'univers de Lynch, le "minimalisme fantastique", est vu ici comme source d'inspiration pour une génération d'artistes comme Saelia Aparicio, Maria Loboda, Adrien Missika ou Ugo Rondinone.

Ainsi comme le cinéaste américain, les 24 artistes internationaux exposés, tous membres de la tendance actuelle du "réalisme fantastique", créent des atmosphères angoissantes, énigmatiques ou irréelles à partir de formes minimalistes ou d'images de la banalité du quotidien. Parmi les œuvres, on peut citer le "monstre" du directeur du Centre dramatique national de Montpellier, l'hispano-argentin Rodrigo Garcia ou les photographies fantomatiques et poétiques du Toulousain Yohann Gozard qui a cherché "ce qu'il y a de Lynch à Montpellier".

La déambulation se poursuit ensuite avec "Intérims (Art contre emploi)", une exposition consacrée aux mécanismes du salariat, mêlant humour et cynisme, militantisme et distance. Son installation la plus remarquée est une machine à broyer des centaines de CV - présente à la fois dans la pièce et dans une vidéo aussi absurde qu'assourdissante.

Pour terminer la trilogie, la peintre Tala Madani, née en 1981 en Iran et installée à Los Angeles, plonge le visiteur dans un univers grotesque, glauque et inquiétant, centré sur la représentation d'hommes nus dans des situations humiliantes ou pathétiques. Nicolas Bourriaud décrit le travail de cette artiste provocatrice comme "une oeuvre d'une grande singularité, d'une force extraordinaire, qui m'a longtemps dérangé".