La teinture bio fait sa trace chez une jeune créatrice parisienne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 14/08/2012 à 17H40
Les teintes vieux-rose obtenues avec du pigment d'avocat

Les teintes vieux-rose obtenues avec du pigment d'avocat

© France3 / Culturebox

Rencontre avec Aurélia Wolff, une jeune styliste installée à Paris qui a créé sa propre ligne de vêtements, Rosa Tapioca. Déjà impliquée dans une démarche de fabrication exclusivement française, cette créatrice de prêt-à-porter féminin essaie de développer un procédé de teinture des tissus totalement bio, fabriquéz à partir d’aliments recyclés. Un conseil : ne jetez plus vos fanes de carottes !

« Oh ma chériiiie ! J’adoooooore ta robe couleur peaux d’avocat ! Et ton chemisier marc de café…Trrrrrop top ! ». Voilà peut-être les remarques que vous récolterez auprès de vos amies, un beau matin de 2013, quand Aurélia Wolff aura intégré ce nouveau procédé de teinture bio, baptisé « Récupère-couleurs », à sa collection de vêtements. Un procédé né de la rencontre entre la styliste et un jeune ingénieur textile, Mathieu Sandana. Ce dernier connaissait bien l’histoire des teintures végétales, utilisées dans l’Antiquité et au Moyen-âge et qui ont prouvé leur résistance au temps qui passe. Mais comme beaucoup de procédés naturels, elles furent détrônées au XIXème siècle par les teintures chimiques, plus faciles et plus rapides d’utilisation. Mais aussi tellement plus dangereuses à la fois pour l’homme et pour l’environnement. Aujourd’hui, le courant éco-responsable qui touche aussi l’univers de la mode pousse créateurs et ingénieurs à réfléchir autrement.

Un procédé qui pourrait s'appliquer dès 2013

Un procédé qui pourrait s'appliquer dès 2013

© DR

"Le Slow wear", une tendance qui fait son chemin

Cela suppose d'abord de réfléchir localement et à taille humaine. Aurélia Wolff, avait déjà entrepris cette démarche dès le lancement de sa marque en 2007. Ses collections s’inscrivent dans le mouvement « slow wear » : des vêtements de qualité, aux tissus à dominante naturelle (soie, laine, bambou…), fabriqués en France en série limitée. Les prix sont un peu plus élevés mais restent "corrects". L’idée c’est d’acheter moins mais mieux avec des vêtements qui vont durer.

Rien ne se jette...

Pour aller encore plus loin dans leur démarche de "produire local" en utilisant les ressources naturelles, la créatrice et l’ingénieur ont fait appel aux commerçants du quartier. «Le restau mexicain du coin fournit les peaux d'avocats, la maraîchère les fanes de carottes, les pelures d'oignons et feuilles de rhubarbe, la fleuriste offre les pétales de roses, le bistrot nous laisse le marc de café et les feuilles de thé par exemple» explique Aurélia. Les résultats sont assez surprenants. Certes, si vous aimez les couleurs pétantes, vous serez déçu. Mais on est ici dans la nuance  comme le rappelle la créatrice : « Sur la soie et le lin le pigment d'avocat donne des teintes vieux rose ou bois de rose, le thé un beige- oranger, le marc de café des sable-taupe».

Ah! les belles  fanes !

Ah! les belles fanes !

© DR

Un procédé moins gourmand en eau 

Le « Récupère-couleurs » mis au point par Mathieu Sandana devrait permettre d’être moins gourmand en énergie et en eau. A titre de comparaison, pour teinter un T-shirt avec des produits classiques, il faut 28L d’eau contre 6L avec le procédé naturel (source : Consoglobe.com). Les optimistes vont croiser les doigts pour que la méthode puisse s’appliquer à plus grande ampleur, et permettre d’avoir des vêtements bio abordables en terme de prix. Les pointilleux diront que la démarche doit aller jusqu’au bout et demanderont si la carotte et l’avocat sont bien issus de productions locales et bio. On leur répondra : chaque chose en son temps.

 

Rosa Tapioca - Le show-room de la marque de mode éthique Rosa Tapioca, dans quartier Batignolles, est ouvert au public une fois par semaine, le mercredi de 16h à 20h.