A 50 ans la maison Saint Laurent ne manque pas de vitalité

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/12/2011 à 19H05
Photo prise en 2005 à la Fondation Bergé-St-Laurent à Paris, de l'exposition "Smoking forever"

Photo prise en 2005 à la Fondation Bergé-St-Laurent à Paris, de l'exposition "Smoking forever"

© AFP. JP Muller

Yves Saint Laurent appartient au patrimoine culturel français, plébiscité dans le monde entier malgré sa disparition en 2008. Alors que le couturier créait sa maison de couture il y a 50 ans, il fait aujourd'hui l'objet d'une exposition-rétrospective en Espagne. Et début décembre, le Président de la Fondation Pierre Bergé-Yves Saint Laurent a inauguré le Musée Berbère installé dans le Jardin Majorelle de Marrakech.

La maison YSL fondée il y a 50 ans
"Il reste beaucoup de choses de Saint Laurent partout. Les plus importantes sont celles qui se voient peut-être le moins", dit Pierre Bergé, 81 ans, qui a cofondé et dirigé pendant 40 ans la griffe YSL et s'occupe aujourd'hui de la fondation créée en hommage au grand couturier qui fut son compagnon. "Saint Laurent a complètement façonné son époque. Tout le monde a un Saint Laurent sans le savoir. Il a inventé tout l'univers masculin qu'il a passé sur les épaules des femmes: smoking, caban, saharienne... Il représente son pays, ô combien !", ajoute l'homme d'affaires. "Il disait que la mode n'est pas un art. Moi, j'ajoute : mais il faut un artiste pour la créer", poursuit M. Bergé qui compare le statut d'Yves Saint Laurent  à celui d'un grand peintre et décrit une personnalité dont l'influence va bien au-delà de la mode, propre à "une seule autre": Coco Chanel. "Ils ont pénétré sur le territoire social et ils ont eu une complicité avec les femmes et la rue. Ce sont les deux seuls", dit-il.

Photo prise le 22 septembre 1961 à Paris du styliste Yves Saint Laurent dans son bureau de la rue de la Boétie à Paris.

Photo prise le 22 septembre 1961 à Paris du styliste Yves Saint Laurent dans son bureau de la rue de la Boétie à Paris.

© AFP

Le 4 décembre 1961, YSL crée sa propre maison en partenariat avec Pierre Bergé et s'installe au 30 bis rue Spontini à Paris. Ensemble, le premier à la création, le second à la gestion, ils vont bâtir une griffe dont le logo en trois lettres noires entrelacées a fait le tour du monde et symbolise encore l'élégance à la française. La marque, propriété de PPR, pesait en 2010 près de 270 millions d'euros de C.A.. Les parfums et cosmétiques sont aux mains de L'Oréal. Théâtre, danse, cinéma : YSL dessinera pour tous les arts et sera ami des artistes, créant des collections hommage dont ses robes Mondrian puis pop art, ainsi qu'une collection africaine.  La maison haute couture a fermé ses portes en 2002 quand Yves Saint Laurent a décidé de prendre sa retraite. Elle avait déménagé en 1974 dans un hôtel particulier au 5 avenue Marceau, qui abrite aujourd'hui la fondation Yves Saint Laurent . Y sont organisées régulièrement des expositions d'artistes, souvent proches du couturier - actuellement la photographe Gisèle Freund.

Alors s'il devait formuler un voeu à l'occasion de cet anniversaire, ce serait, dit Pierre Bergé, "que les jeunes dessinateurs de mode entendent et appliquent une des règles d'or de Saint Laurent : un vêtement c'est avant tout pour habiller une femme, pas pour se faire plaisir, pas pour assouvir des fantasmes".

La rétrospective YSL est installée jusqu'au 8 janvier 2012 à Madrid
La rétrospective Yves Saint Laurent, qui a eu lieu en 2010 au Petit Palais – Musée des Beaux-Arts de la ville de Paris, et qui a conquis plus de 300.000 visiteurs, est présentée jusqu'au 8 janvier 2012 en Espagne, puis elle partira aux Etats-Unis pour le Denver Art Museum du 25 mars au 8 juillet 2012. La Fondation MAPFRE présente près de 150 modèles ainsi que des planches de collection, toiles et formes à chapeaux. Florence Müller assure le commissariat de cette itinérance et Nathalie Crinière une mise en espace qui reprend les thématiques de l’exposition du Petit Palais. Chacun des modèles exposés a été soigneusement conditionné avant son départ vers Madrid. Le conditionnement d'ensembles du soir longs peut prendre jusqu'à une heure. L'emballage de cette robe Bambara du soir courte, en raphia noir et perles de bois noires et rouges, de la collection haute couture printemps-été 1967, pris en temps réel plus d'une demi-heure, hors coiffe et accessoires.

 

Le musée Berbère est installé au Jardin Majorelle, à Marrakech
Pour la première fois au Maroc, un musée présente une collection d’objets berbères provenant de diverses régions du Maroc, du Rif jusqu’au Sahara. La rénovation du musée ainsi que la scénographie ont été réalisées par Christophe Martin, architecte français, qui a aussi conçu la présentation de l’exposition Yves Saint Laurent et le Maroc. À ses côtés, Björn Dahlström, muséologue français, a conçu le projet muséal.

Aït Atta, Sud-est et homme Zemmour, Moyen Atlas

Aït Atta, Sud-est et homme Zemmour, Moyen Atlas

© Musée Berbère

Au coeur du Jardin Majorelle, l’ancien musée d’art islamique a été entièrement rénové pour devenir le Musée Berbère et abriter cette collection d’art berbère dans des conditions de présentation et de conservation conformes aux normes muséographiques internationales. Sur une surface d’exposition de 200 m2, le musée présente plus de 600 objets, en un panorama exigeant sur la culture berbère au Maroc. Cartes, textes explicatifs – en français, anglais et arabe -, photographies, films d’archives et documents audiovisuels spécifiquement conçus pour le musée accompagnent les visiteurs dans les 4 salles thématiques: Introduction au monde berbère, Les savoir-faire (artisanat, objets quotidiens, de fêtes ou cérémoniaux), Les parures (un panorama exhaustif des bijoux berbères du Maroc) et L’apparat (costumes et tissages, armes, portes, tapis et instruments de musique berbères).

Tapis berbères et femme de Beni Sbih. Musée Berbère, Jardin Majorelle.

Tapis berbères et femme de Beni Sbih. Musée Berbère, Jardin Majorelle.

© Musée Berbère

Pierre Bergé, un amoureux de longue date du Maroc
"Depuis mon arrivée à Marrakech en 1966, je n’ai cessé d’être fasciné par la culture et l’art berbères. Au cours des années, j’ai collectionné, admiré cet art qui s’étend sur plusieurs pays à la fois. À juste titre, les Berbères ont toujours été fiers de leur culture qu’ils n’ont cessé de revendiquer malgré les vicissitudes qu’ils rencontraient. À Marrakech, pays berbère, dans le Jardin Majorelle créé par un artiste qui a peint tant de scènes, d’hommes et de femmes berbères, c’est naturellement que l’idée de ce Musée s’est imposée. C’est avec plaisir et fierté que nous l’ouvrons au public pour lui faire partager notre enthousiasme et l’emmener sur les traces d’une culture toujours vivante", a déclaré Pierre Bergé, début décembre, lors de l'inauguration du musée.

Pierre Bergé dans le jardin Majorelle en 2010

Pierre Bergé dans le jardin Majorelle en 2010

© AFP. A.Senna