Les Mondes Flottants inondent la 14e Biennale d'art contemporain de Lyon

Par @Culturebox
Mis à jour le 25/09/2017 à 17H13, publié le 25/09/2017 à 12H00
La Biennale d'art contemporain de Lyon met la ville en apesanteur du 20 septembre au 7 janvier 2018 - Extrait de la Performance de Shimabuku, When sky was sea, à Paris en 2002 

La Biennale d'art contemporain de Lyon met la ville en apesanteur du 20 septembre au 7 janvier 2018 - Extrait de la Performance de Shimabuku, When sky was sea, à Paris en 2002 

© Alchemy /Biennale d'art contemporain de Lyon

Durant quatre mois, Lyon devient la capitale mondiale de l’art contemporain. Plus de 70 artistes du monde entier donnent leur vision des "Mondes Flottants", le thème de la 14e édition de la Biennale, choisi par la commissaire d'exposition Emma Lavigne. Cinq lieux emblématiques invitent le grand public à découvrir des œuvres, poétiques, déstabilisantes, mouvantes, flottantes.

Bienvenue dans les "Mondes Flottants" de la 14e Biennale d'art contemporain de Lyon. Du 20 septembre 2017 au 7 janvier 2018, la capitale des Gaules attend près de 248.000 visiteurs pour prendre part à l'événement.

Le thème de cette nouvelle édition fait directement référence aux sujets d'actualité et à l'identité de Lyon qui s'est en grande partie façonnée autour de ses deux cours d'eau. Invitée par le directeur artistique Thierry Raspail, la commissaire d'exposition Emma Lavigne (directrice du centre Pompidou-Metz), a pensé la Biennale à travers six promenades, comme un voyage multi-sensoriel au sein d'un archipel d'îlots.

La rédaction de France 3 Lyon propose cinq escales avec cinq artistes qui répondent à la question centrale : "Et pour vous, c'est quoi les mondes flottant?" La Sucrière et le Musée d'art contemporain sont les deux grands ports d'attache de la croisière. Les visiteurs peuvent notamment prendre place à bord des mondes nomades de Marco Godinho, Icaro Zorbar, Mathieu Briand, Yuko Mohri et de David Tudor.

Série réalisée par Sylvie Adam, Valérie Benais et Valérie Bonnier 

Première escale : "Forever Immigrant"
A la Sucrière, Marco Godinho peaufine encore son œuvre gigantesque qui constelle la façade et l'intérieur de l'ancien bâtiment industriel.

Les mondes flottants sont aussi liés à l'incertitude, pour moi le monde doit être incertain

Marco Godinho

De près on distingue clairement la marque d’un cachet sur lequel on peut lire "Forever Immigrant".
 "Le mot émigrant ça n'évoque pas grand chose pour moi car à la base on est tous des personnes liées à une multiplicité de cultures. Assumer ce mot et le questionner c'est déjà pour moi une forme politique", explique le plasticien portugais installé en France depuis 15 ans. 

 "Le mot émigrant ça n'évoque pas grand chose pour moi car à la base on est tous des personnes liées à une multiplicité de cultures. Assumer ce mot et le questionner c'est déjà pour moi une forme politique", explique le plasticien portugais installé en France depuis 15 ans. 

© France 3 / Culturebox

Avec du recul, la fresque de l'artiste portugais évoque un planisphère. L'œuvre se poursuit à l'intérieur de la friche avec toujours le même fil rouge, fragile et incertain.
GODINHO Marco, Forever imigrant, projet pour la façade de la Sucrière

GODINHO Marco, Forever imigrant, projet pour la façade de la Sucrière

© Biennale d'art contemporain de Lyon
Deuxième escale : "Home"
Au Musée d'Art Contemporain, l'artiste d'origine colombienne Icaro Zorbar met en place sa nouvelle installation.

Les mondes flottants c'est chacun d'entre nous, on se se croise, on est là, on est ailleurs, ce n'est pas facile de contrôler les flux

Icaro Zorbar 

Intitulée "Home", cette œuvre réutilise les matériaux de ses précédentes expositions. Avec les 88 téléviseurs miniatures, il fait écho à ses origines colombiennes
"Mes références, ce sont mes grands-parents, mes oncles, mon père et ma mère qui réparent tout dans la maison", Icaro Zorbar

"Mes références, ce sont mes grands-parents, mes oncles, mon père et ma mère qui réparent tout dans la maison", Icaro Zorbar

© France 3 / Culturebox
Après avoir bricolé ces tubes cathodiques, seule une petite lumière subsiste. L'œuvre se visite dans le noir pour se laisser emporter dans une constellation mutique.

Troisième escale : "I dream of you" 
L'installation de Mathieu Briand se déploie sur les trois étages de la Sucrière. Elle entremêle l'imagi­naire et le virtuel et transporte le visiteur sans qu’il ne se déplace. 

Le monde flottant est un espace non-déterminé que j'associe au rêve mais aussi au devenir

Mathieu Briand
Au rez-de-chaussée, l’artiste reprend une des œuvres de son exposition de 2004. Il invite le visiteur à s’en­fermer dans un caisson sensoriel en forme d’œuf pour vivre une expérience intra-utérine. Au deuxième étage, des hamacs et des casques accueillent le public pour un autre voyage visuel en réalité virtuelle. Direction, une île au large de Madagascar, où Mathieu Briand a débuté en 2008 le projet artistique intitulé "Et In Libertalia Ego".
Mathieu Briand © France 3 / Culturebox
Au dernier étage, le présent prend forme dans la "peau" d'un robot humanoïde qui questionne notre rapport au corps. 
Le Robot humanoïde de Mathieu Briand 

Le Robot humanoïde de Mathieu Briand 

© France 3 / Culturebox

Quatrième escale : Moré Moré [Leaky]: The Falling Water Given
Le musée d'art contemporain a revêtu ses habits de pluie. L'installation de la japonaise Yuko Mohri, "Moré Moré [Leaky]: The Falling Water Given #4-6", est un théâtre d’objets réalisé à partir des réseaux de colmatage des fuites d’eau qui fissurent le métro de Tokyo. 
  

Tout flotte au Japon, même les immeubles, toutes les villes, tout bouge chez nous

Yuki Mohri
 Yuko Mohri crée des œuvres qui s’apparentent à des écosystèmes autonomes dont la conception improvisée et aléatoire met en jeu différents phénomènes intangibles, la gravité, le magnétisme ou les variations thermiques. 
Installation Yuki Mohri © France 3 / Culturebox
L’ensemble de photographies qui l’accompagne a pour sujet les réparations improvisées de fuites d’eau dans le métro japonais, qui ont inspiré l’installation.
expo Yuki Mohri.png © France 3 / Culturebox
Cinquième escale : Rainforest V (variation 2), 2015
Le Musée d'art contemporain fait revivre l'œuvre de l'artiste américain David Tudor, décédé en 1996. Composée de mobiles sonores, l'installation qui date de 1973 a été reprise en main par les anciens collaborateurs du plasticien, John Driscoll et Phil Edelstein. 

Ce travail est à expérimenter totalement. Quand ça fonctionne vous entendez le son flotter dans les airs

John Driscoll

Chaque sculpture chante, croasse, cliquète ou carillonne, jouant ainsi sa propre partition avant de résonner de nouveau dans l’amplificateur qu’est l’espace d’exposition, pour se joindre enfin à la joyeuse cacophonie d’un bruit devenu collectif.
Phil Edelstein © France 3 / Culturebox
"L'idée de la musique est de produire du son avec et dans les objets, le visiteur va d'un objet à l'autre, il entend le son ambiant mais il peut aussi poser son oreille contre la matière et percevoir les vibrations à l'intérieur", explique  Phil Edelstein. 
"Rainforest V" - Installation créée par David Tudor en 1973 et revisitée en  2015 par ses collaborateurs

"Rainforest V" - Installation créée par David Tudor en 1973 et revisitée en  2015 par ses collaborateurs

© France 3 / Culturebox

Ce groupe d’objets hétérogènes fait écho à la grande diversité de la flore et de la faune du monde naturel, respire et résonne en une agitation constante – en une forêt de sons. L'exposition consacrée à l'œuvre de David Tudor fait appel à trois sens essentiels : la vue, le toucher et bien sûr l'ouïe.   
John Driscoll lors de l'installation de Rainforest

John Driscoll lors de l'installation de Rainforest

© France 3 / Culturebox

D'autres parcours à travers les mondes flottants de la Biennale : 
  • La Sucrière. Au cœur du quartier de la Confluence, découvrez Sonic Fountain, l’oeuvre sonore monumentale de Doug Aitken : des gouttes d’eau qui tombent en suivant une partition précise, comme un concert. Autre présentation majeure : celle de Susanna Fritscher faite d’hélices provoquant différentes tonalités de sons grâce aux mouvements de l’air.
  • Le MAC Lyon.  Rendez-vous avec le Brésilien Ernesto Neto et Two Columns for One Bubble Light. Une invitation au visiteur à expérimenter l’oeuvre avec son propre corps et ses sens. À voir également : A=P=P=A=R=I=T=I=O=N de Cerith Wyn Evans, installation sonore à 16 pistes qui transporte le visiteur dans un paysage imaginaire où il perd tous ses points de repère. Autre temps forts : Rivane Neuenschwander et sa réinterprétation de Watchword : elle brode sur des étiquettes des mots liés aux conflits sociaux et elle les affiche ou les épingle sur les vêtements des visiteurs.
  • Le Dôme, place Antonin Poncet (Lyon 2e), une coupole monumentale va être installée : le visiteur pourra se laisser aller à la méditation, porté par la mélodie des bols tibétains flottants sur une piscine. Fruit de la rencontre entre deux grandes oeuvres : Radome, de Richard Buckminster-Fuller, et Clinamen v.3 de Céleste Boursier-Mougenot. Gratuit. Jusqu’au 5 novembre.
  • Rendez-vous 17 à l’IAC. L’institut d’art contemporain de Villeurbanne présente les œuvres de 20 artistes émergents du monde entier, comme les détournements humoristiques de Thomas Teurlai, des bricolages aussi bien à partir d’objets du quotidien que d’icônes de l’histoire de l’art.
  • Le couvent de la Tourette à Éveux se met aussi à l’heure de la Biennale d’Art Contemporain avec Lee Ufan. Après le Musée Guggenheim de New York ou le château de Versailles, l’un des plus influents artistes contemporains sur la scène internationale investit les lieux et dialogue avec l’architecture du couvent, grâce à un minutieux travail de sculpture.