La collection Cornelius Gurlitt, constituée sous le IIIe Reich, ira à Berne

Par @Culturebox
Publié le 15/12/2016 à 14H59
Un expert devant la toile de Matisse "Femme assise" de Matisse, issue de la Collection Cornelius Gurlitt

Un expert devant la toile de Matisse "Femme assise" de Matisse, issue de la Collection Cornelius Gurlitt

© Wolf Heider-Sawall / DPA

La collection de Cornelius Gurlitt, riche de plusieurs centaines d'œuvres dont certaines avaient été volées à des Juifs sous le IIIe Reich, irait au Musée des Beaux-Arts de Berne, selon une décision du tribunal de Munich, qui a rejeté une réclamation contestant un précédent jugement allant dans ce sens.

Matisse, Cézanne, Beckmann, Delacroix, Munch…

La cousine de Cornelius Gurlitt, Uta Werner, contestait la volonté de l'octogénaire de léguer sa collection au musée suisse, a indiqué la juridiction dans un communiqué. La collection Gurlitt, qui comprend des toiles de Matisse, Cézanne, Beckmann, Delacroix ou Munch, est évaluée à plusieurs millions d'euros.

Mme Werner soutenait que les dernières volontés de son cousin, décédé en mai 2014 à l'âge de 81 ans et qui vivait dans son  appartement de Munich au milieu des œuvres, n'avait plus toute sa tête. Le tribunal a rejeté l'argument, estimant qu'aucune "incapacité (de M.  Gurlitt) à établir un testament au moment où (il) a été rédigé n'a pu être  prouvée".

La collection Gurlitt a été majoritairement constituée sous le Troisième Reich par son père, Hildebrand Gurlitt, l'un des quatre marchands d'art chargés par les nazis de vendre les œuvres jugées "dégénérées" dont certaines avaient  été volées à des Juifs. Cornelius Gurlitt, décrit par les médias comme un vieil homme excentrique,  a vécu pendant des décennies à Munich au milieu de milliers de toiles, dessins  et esquisses. 239 autres œuvres étaient également stockées dans une maison qu'il possédait à Salzbourg, en Autriche.
Collection Cornelius Gurlitt : "Couple" de Hans Christoph  (1924)

Collection Cornelius Gurlitt : "Couple" de Hans Christoph  (1924)

© Staatsanwaltschaft Augsburg / DPA

Clarifier l'origine du trésor

La collection avait été découverte en 2012 lors d'une descente des douanes. Les autorités allemandes avaient toutefois gardé l'affaire secrète pendant plus d'un an, avant qu'un article ne dévoile l'existence de cette collection cachée.

Cornelius Gurlitt devait conclure un accord avec le gouvernement allemand en avril  2014 stipulant que les pièces qui avaient été volées retourneraient à leurs  propriétaires. Le Musée des Beaux-Arts de Berne avait indiqué qu'il se chargerait de cette tâche. Mais les descendants des propriétaires des œuvres, dont beaucoup ont péri dans les camps de la mort nazis, se sont plaints de la lenteur de la  restitution.

La ministre allemande de la Culture, Monika Grütters, a salué la décision des juges, estimant qu'elle allait permettre à l'exposition de la collection au Musée de Berne et à la Bundeskunsthalle de Bonn, dans l'ouest de l'Allemagne, de se tenir l'an prochain. "Cette décision va nous aider à continuer de clarifier rapidement et de façon transparente l'origine de ce trésor, a-t-elle estimé.