Jean-Paul Guerlain jugé jeudi pour ses propos sur les "nègres"

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/02/2012 à 09H21
Manifestation en octobre 2010 devant la boutique Guerlain pour protester contre les propos racistes de Jean-Paul Guerlain

Manifestation en octobre 2010 devant la boutique Guerlain pour protester contre les propos racistes de Jean-Paul Guerlain

© citizenside.com / AFP

Seize mois après la polémique suscitée par ses propos sur les "nègres" et les menaces de boycott des parfums Guerlain, Jean-Paul Guerlain, descendant du fondateur de la célèbre maison, comparaîtra jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris pour injure raciale.

Selon Me Basile Ader, l'un de ses avocats, M. Guerlain sera présent à l'audience.

Interrogé dans le journal télévisé de France 2, le 15 octobre 2010, sur la création du parfum Samsara, le septuagénaire avait répondu: "Pour une fois, je me suis mis à travailler comme un nègre. Je ne sais pas si les nègres ont toujours tellement travaillé, mais enfin...".

Les réactions n'avaient pas tardé. D'abord sur Twitter où étaient dénoncés  des "relents de racisme colonial" chez Jean-Paul Guerlain, "Guerlain le parfumeur...  qui pue" ou "les effluves nauséabondes de M. Guerlain".

L'ancien "nez" de Guerlain avait alors présenté ses excuses "à tous ceux  qui ont pu être blessés par les propos choquants qu'(il a) tenus". Des propos qui selon lui "ne reflètent en aucun cas (sa) pensée profonde, mais relèvent  d'un dérapage hors de propos".

Ces excuses n'avaient pas suffi à étouffer la controverse. Pas plus  qu'elles n'avaient dissuadé de porter plainte SOS Racisme, le Mouvement contre le racisme et pour l'amitié entre les peuples (Mrap) ou encore l'association  Noir et Fier.

A Paris, plus d'une centaine de personnes manifestaient devant la boutique  Guerlain des Champs-Elysées, le 23 puis le 30 octobre 2010. Sur les pancartes, une phrase célèbre d'Aimé Césaire: "Le nègre vous emmerde". Le Conseil supérieur de l'Audiovisuel, de son côté, adressait une mise en demeure à France 2 pour "non-maîtrise de son antenne".

Profondeur du racisme

La polémique avait traversé l'Atlantique, plusieurs militants de la cause noire se disant choqués.

Al Sharpton, ancien postulant à la candidature lors de l'élection  présidentielle américaine de 2004, avait ainsi estimé que "le fait que Jean-Paul Guerlain se soit senti suffisamment à l'aise pour utiliser le mot nègre en public, associé au fait qu'un récent rapport de l'ONU a montré que le racisme est en hausse en France, illustre la profondeur du racisme, non seulement en France mais dans toute l'Europe".

Le Conseil représentatif des associations noires (Cran) avait menacé d'appeler au boycott des produits Guerlain à travers le monde. Menace qu'Elie Domota, leader du LKP, collectif de syndicats, associations et partis guadeloupéens avait mise à exécution, en appelant tous les "nègres et descendants de nègres" à "ne plus acheter un seul parfum de la marque Guerlain".

"Ces atteintes à la dignité se multiplient à tous les niveaux, dans les stades, au travail, dans la vie quotidienne. Sans réaction, la banalisation de ces actes laisseront la porte ouverte à toutes les dérives comme cela s'est  déjà produit en France et ailleurs", avait mis en garde le leader antillais.

Soucieuse d'éteindre la controverse, la direction de Guerlain s'était empressée de qualifier ces propos d'"inadmissibles", rappelant que "Jean-Paul  Guerlain, âgé de 73 ans, n'est plus actionnaire de Guerlain depuis 1996. Il n'en est plus le salarié depuis 2002".

En décembre, elle avait reçu le "collectif anti-négrophobie", composé d'activistes français et américains et s'était engagée à ne plus faire appel à  Jean-Paul Guerlain pour ses parfums.

Guerlain et le groupe LVMH avaient aussi promis de mener des actions de mécénat contre le racisme en France.