Israël : la ministre de la Culture n'aime pas les artistes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/06/2015 à 17H10
La ministre israélienne de la Culture Miri Regev le 19 juin 2015.

La ministre israélienne de la Culture Miri Regev le 19 juin 2015.

© Gil Cohen Magen / AFP

La très controversée ministre israélienne de la Culture Miri Regev, ex-censeur en chef de l'armée, ne connaît pas la langue de bois. Elle a provoqué un nouveau tollé en disant ouvertement ce qu'elle pensait des artistes, un milieu de "m'as-tu-vu" et d'"hypocrites", selon ses propos diffusés vendredi à la radio.

"Pour qui est-ce que je travaille ? Voilà ce que je me demande. Pour une bande d'ingrats qui croient tout savoir et dont certains sont des hypocrites qui vous empoisonnent la vie", a déclaré la ministre de droite dans un entretien au magazine féminin At, qui a rendu publique la bande.
"Je savais pourquoi je ne voulais pas de ce poste. Je savais que je travaillerais pour des m'as-tu-vu", ajoute-t-elle dans la version imprimée de l'interview, parue jeudi.

Miri Regev, ex-général de l'armée jamais rebutée par la confrontation, ancien censeur en chef de l'armée (2004-2005) chargé de veiller à ce que les informations publiées ne remettent pas en cause la sécurité d'Israël, est entrée en mai dans le quatrième gouvernement de Benjamin Netanyahu, l'un des plus à droite de l'histoire du pays.


Mme Regev a l'oeil sur tout ce qui peut délégitimiser l'Etat Israël

Les hostilités sont déclarées entre elle et une grande partie du monde culturel depuis deux semaines et ses menaces de couper les subventions à un théâtre dont le directeur, un Arabe israélien, refusait de se produire devant des colons israéliens en Cisjordanie occupée.

Depuis, Mme Regev est devenue l'une des figures les plus actives de la campagne engagée par le gouvernement contre ce qu'il considère comme un vaste mouvement visant à saper la légitimité de l'Etat d'Israël, qu'il s'agisse des pressions internationales ou d'une initiative globale et non gouvernementale de boycott d'Israël destinée à soutenir les Palestiniens.

Mme Regev répète à l'envi que l'Etat ne soutiendra plus financièrement des spectacles qui attentent à sa légitimité. "Je suis sidéré", a dit l'acteur Moshe Ivgi cité dans la presse, "elle a franchi la ligne rouge depuis longtemps".

Devant le nouveau scandale causé par ses propos, Mme Regev a publié un communiqué pour assurer qu'elle ne visait que certains artistes, qui avaient dénigré l'électorat de droite. Elle affirme sa volonté de travailler avec le monde culturel et d'augmenter le budget de la culture.


Manif contre la volonté de museler les artistes

Cela n'a pas empêché l'organisation d'une manifestation vendredi lors de son arrivée à une cérémonie de remise de prix théâtraux à Tel Aviv.
Un petit groupe de protestataires, selon des vidéos de l'évènement, ont manifesté à l'initiative de l'actrice, danseuse et vidéaste arabe-israélienne Raida Alon, qui accuse le gouvernement de vouloir museler les artistes.

"Il commence à y avoir une atmosphère très inconfortable ici, une sorte de dictature dans laquelle on ne sent plus la liberté", a déclaré cette dernière. "On en arrive à un point où ils vous menacent si vous ne faites qu'exprimer une opinion".

Parmi les manifestants, qui ont hué la ministre à son arrivée, l'acteur Ishai Golan a qualifié les actions de la coalition de M. Netanyahu de "très très inquiétantes".

"La culture n'a jamais connu une période aussi dorée", écrivait avec ironie, dans un éditorial, le quotidien populaire Yedioth Ahronoth: "depuis que Miri Regev est ministre de la Culture, tout le monde s'intéresse au théâtre et au cinéma".