Il y a 60 ans : le premier Congrès des écrivains et artistes noirs à La Sorbonne

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 22/09/2016 à 17H14
La photo officielle du 1er congrès des écrivains et artistes noirs (septembre 1956)

La photo officielle du 1er congrès des écrivains et artistes noirs (septembre 1956)

© DR

Il y a 60 ans exactement, un amphithéâtre de La Sorbonne réunissait le Premier Congrès des écrivains et artistes noirs, entre le 19 et 21 septembre 1956. La décennie des décolonisations donnait visage à une fraternisation d’intellectuels venus d’Amérique, d’Europe et d’Afrique.

C’est une photographie historique, empreinte de nostalgie et de fraternisation, de reconnaissance et de fierté, une "Sorbonne noire" composée d’intellectuels venus des Etats-Unis, d’Afrique, des Antilles. Une rencontre entre des écrivains et des penseurs dont les pays d’origine sont des colonies.

Reportage : Christian Tortel, Mourad Bourétima, Bruno Gabetta. Montage Chantal Colibert. Mixage : Sylvain François.

Interviews :
Romuald Fonkoua, Professeur à La Sorbonne
Nadia Yala Kisukidi, Maîtresse de conférences, Université Paris 8
Felwine Sarr, essayiste, économiste.
Archives : Lumières noires, film de Bob Swaim (2006)

Sous l’égide des deux penseurs sénégalais Alioune Diop et Lepold Sedar Senghor, le Congrès atteint son premier objectif : se réunir, même si certains n’ont pas pu venir faute de visa, tel l’Américain William E. Du Bois, militant des droits civiques.

Les divergences apparaissent le deuxième jour du Congrès le 20 septembre. La jeune garde marxiste est représentée par le Martiniquais Aimé Césaire. Mais il développe une voix autonome qui sera manifeste un mois plus tard lorsqu’il démissionnera du Parti communiste français en écrivant : "Il n’y aura jamais de variante africaine, ou malgache, ou antillaise du communisme, parce que le communisme français trouve plus commode de nous imposer la sienne." 
Les débats se déploient sur un spectre large. Frantz Fanon est engagé auprès du Front de libération nationale en Algérie. Un an plus tard, il rompra avec la nationalité française et deviendra Algérien. Au Congrès, il prononce une conférence « Racisme et culture » sur « la valeur normative de certaines cultures ».

A l’inverse, devant la tournure politique des échanges, des délégués Américains, tel Richard Wright, menacent de quitter le Congrès.

Le Congrès de 1956 a marqué les esprits. Trois ans plus tard, un second est organisé à Rome, à la veille des indépendances africaines. Dans cette lignée, se placent le premier Festival des arts nègres à Dakar en 1966 et la série de conférences au Collège de France animées par Alain Mabanckou et ses invités, en 2016.

A VOIR, le film « Lumières noires », de Bob Swaim (2006) :