Venise, une biennale très politique

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 08/05/2015 à 12H12
Biennale de Venise, le pavillon de l'Ukraine (7 mai 2015)

Biennale de Venise, le pavillon de l'Ukraine (7 mai 2015)

© Gabriel Bouys / AFP

Tragédie des migrants en Méditerranée, guerre en Ukraine, durcissement du régime en Russie : l'actualité récente s'est invitée à la Biennale de Venise, qui s'ouvre samedi, imposant ainsi un ton plus politique à cette 56e édition, baptisée "All the World's Futures".

Dès le pavillon international situé dans les Jardins, où sont regroupés les artistes invités par le curateur, le Nigérian Okwui Enzewor, le ton est  donné.
              
L'édition anglaise du "Capital" de Karl Marx est lue à  voix haute et en continu, dans une mise en scène du réalisateur britannique Isaac Julien. "Il existe une seule préoccupation capable d'envahir le coeur de notre ère moderne : il s'agit de la nature du Capital (...) le Capital, c'est le grand drame de notre époque", explique le Nigérian.
              
Critique du système économique majoritaire, mais également engagement politique, environnemental et social fort pour nombre des artistes présents cette année sur la Lagune jusqu'au 22 novembre - 136 venus de 53 pays, dont 89 qui y exposent pour la première fois.              

Vik Muniz touché par la tragédie des migrants 

Arrivé en 1982 à New York, donc "sensible à la question de l'immigration", le Brésilien Vik Muniz a été "très touché" par la tragédie d'octobre 2013 qui a vu près de 400 migrants venus essentiellement d'Afrique mourir en mer, près de l'île italienne de Lampedusa. 
 
Il veut "faire quelque chose" : ce sera "Lampedusa", une barque en bois semblable à ces bateaux pliés en papier mais longue de 15 mètres recouverte de la une du quotidien vénitien "La nuova Venezia", daté du 4 octobre 2013, au lendemain de la tragédie.
              
Flottant sur les eaux du bassin San Marco, près de l'Arsenal, elle représente la précarité, "la fragilité des migrants devant le futur" et pendant leur voyage, souligne le Brésilien. "Car les petits bateaux, hélas, coulent toujours", un millier de migrants ont encore trouvé la mort en mer le mois dernier, ajoute l'artiste, qui  vendra "Lampedusa" aux enchères en octobre prochain chez Christie's à Londres. Les bénéfices seront reversés au Conseil italien des réfugiés (CIR).              

Ukraine : les artistes doivent continuer 

"Je n'ai pas de réponse au problème des migrants mais j'espère que mon  oeuvre permettra de lancer une discussion, que 'Lampedusa' nous emmènera quelque part", note-t-il.
              
Plus loin, ce sont les oeuvres abritées par le pavillon de l'Ukraine, un cube transparent posé sur le quai dei Sette Martiri, regroupées sous un même titre éloquent "Hope !" (Espoir), qui interpellent.
              
Nikita Kadan et ses collègues entendent montrer que, malgré les difficultés à travailler dans un pays dont une partie est en guerre, et sans aucun financement public, la "tâche" que s'assigne chaque artiste doit continuer.
              
"Des volontaires habitant l'est de l'Ukraine m'ont envoyé des objets de leur quotidien", comme des bouts de bombes russes, et "j'ai essayé d'en faire une sorte de musée historique", explique l'artiste à l'AFP, conscient que l'atmosphère de "show" de la Lagune peut apporter du "cynisme" à son travail. 

Des artistes qui se sentent responsables 

A l'Arsenal, c'est l'artiste russe Gluklya qui dénonce le durcissement du régime de Moscou, à travers ses "Vêtements pour manifestations contre de fausses élections de Vladimir Poutine". Perchées sur des madriers en bois, ces drôles de pièces de tissu portent des messages en russe : "Un voleur doit être assis en prison", "Je veux que la Russie devienne le plus beau pays du monde" ou bien juste "Va-t'en".
              
Doyenne de la Biennale à près de 80 ans, l'Américaine Joan Jonas, dont les vidéos défendent "la fragilité de la nature", résume bien la situation : "Ce n'est pas que les artistes s'intéressent plus à la politique, c'est que comme tout le monde, ils se sentent plus responsables du monde dans lequel nous vivons."