Vandalisme à Versailles : Kapoor dénonce une certaine intolérance en France

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/06/2015 à 10H23
Anish Kapoor devant son oeuvre, "Dirty Corner", lors de l'inauguration de son exposition à Versailles, le 5 juin. L'oeuvre a été vandalisée dix jours plus tard.

Anish Kapoor devant son oeuvre, "Dirty Corner", lors de l'inauguration de son exposition à Versailles, le 5 juin. L'oeuvre a été vandalisée dix jours plus tard.

© Romuald Meigneux / SIPA

"Cela parle plus d'une certaine intolérance qui apparaît en France que d'art quel qu'il soit", a déclaré Anish Kapoor, après qu'une de ses œuvres exposées dans le jardin du château de Versailles a été vandalisée mercredi.

"Quelle tragédie ! Quelle tristesse", a répondu l'artiste britannique d'origine indienne au Figaro qui lui demandait sa réaction après que "Dirty Corner" a reçu des jets de peinture jaune. L'œuvre à la connotation sexuelle assumée par l'artiste avait suscité une controverse dès son installation dans les jardins de Le Nôtre.

Un problème "politique"

"Le problème me semble plus politique qu'autre chose, il renvoie à une fraction que l'on me dit très minoritaire pour laquelle tout acte créatif est une mise en danger d'un passé sacralisé à l'extrême pour des desseins qui n'ont rien d'artistique", a déclaré Anish Kapoor au quotidien.
 
Il s'explique sur l'expression "vagin de la reine", affirmant qu'il ne l'a jamais utilisée concernant "Dirty Corner", une grande trompe en acier prolongée par un tube de 10 mètres et entourée d'un chaos de terre et de grands blocs. "Je n'ai jamais employé les mots d'où est née la polémique", dit-il. "Je n'ai jamais dit 'la Reine', j'ai évoqué 'Her' ou 'She' pour désigner une forme qui pourrait être féminine, allongée sur le gazon, comme une reine égyptienne ou une sphynge. Le fait de baptiser 'Dirty Corner' d'un vulgaire 'Vagin de la Reine' est une façon de rabaisser mon travail, de mettre l'art au niveau des injures, de salir mon œuvre (…)"

Anish Kapoor : "Je ne cherche pas la provocation"

"Je ne cherche pas la provocation", ajoute-t-il encore, refusant qu'on associe "Dirty Corner" au "Tree" de Paul McCarthy, œuvre "sexuellement explicite et revendiquée comme telle" (définie par l'artiste lui-même comme un "plug anal", elle avait fait scandale place Vendôme en octobre 2014).
 
Au sujet de la France, Anish Kapoor dit qu'il "note un certain malaise dans ce pays que j'adore, dont j'aime le patrimoine et la langue".
 
Il est impossible "in situ" d'enlever la peinture jaune qui a été jetée sur "Dirty Corner", explique-t-il. Il se demande donc s'il va la laisser en l'état ou la démonter.
 
Pour sa part, la ministre de la Culture, Fleur Pellerin, a qualifié d'"atteinte à la liberté de création" le jet de peinture sur la sculpture de Kapoor  intitulée "Dirty Corner". "Dégradation lamentable de l'oeuvre. Tout mon  soutien à l'artiste", dit la ministre dans un tweet.