L'artiste japonais Makoto Aida prié de modifier ses œuvres critiques envers le gouvernement

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 29/07/2015 à 10H44
L'artiste Makoto Aida, l'un des artiste contemporain les plus connus au Japon pose à côté de son oeuvre controversée, une calligraphie géante qui critique ouvertement le ministère de l'Education dans une exposition dédiée aux enfants.

L'artiste Makoto Aida, l'un des artiste contemporain les plus connus au Japon pose à côté de son oeuvre controversée, une calligraphie géante qui critique ouvertement le ministère de l'Education dans une exposition dédiée aux enfants.

© KAZUHIRO NOGI / AFP

Makoto Aida, artiste plasticien, exposait au Musée d'art contemporain de Tokyo une large fresque critiquant le ministère de l'Education et une vidéo se moquant du Premier ministre. Le musée lui a demandé de modifier ses œuvres jugées trop critiques dans une exposition dédiée aux enfants. L'artiste se défend d'avoir voulu prendre une position politique.

Un artiste japonais, Makoto Aida, a révélé être entré en conflit ouvert avec le Musée d'art contemporain de Tokyo (MoT) qui lui a demandé de modifier ou retirer d'une exposition collective des oeuvres jugées critiques envers le gouvernement.

Appel au ministère de l'Education

"On m'a dit que ces installations n'étaient pas appropriées, qu'on voulait que je les retire", a expliqué à l'AFP Makoto Aida, un artiste polyvalent souvent jugé provocateur, connu pour ses dessins, peintures, installations, photos et sculptures exposés dans les grandes capitales artistiques.

L'une des deux œuvres  visées est un "appel" à l'adresse du ministère de l'Education sous la forme d'une bannière verticale où sont écrites à la plume diverses revendications comme "recrutez plus de profs" ou "des cartables moins lourds". "Contrairement à ce que l'on pourrait penser, ce n'est pas une oeuvre politique. Il n'y a pas un mot ni une expression qui vise plus particulièrement le régime actuel ou tel parti. Ce ne sont que des remarques d'ordre général à l'attention d'une structure nommée ministère de l'Education", s'est défendu dans une lettre ouverte Makoto Aida.

Vidéo parodique

"J'ai toujours pensé qu'on ne devait pas utiliser l'art pour lancer des cris politiques", a-t-il ajouté sans s'exprimer sur la seconde oeuvre polémique. Celle-ci, qui date de l'an passé, est une vidéo parodique présentant "un homme se faisant appeler Premier ministre lors d'un discours devant une assemblée internationale". Le personnage central en est Makoto Aida qui singe le chef du gouvernement Abe s'exprimant dans un anglais rudimentaire.

"Nous avons commencé à imiter les autres puissances, nous avons colonisé les plus petites nations alentour, et nous avons lancé une guerre d'agression. Nous avons insulté ces braves gens, avons blessé, puis tué. Pour cela, je présente mes sincères excuses aux peuples de Chine, de Corée du Sud et des pays d'Asie... Je suis désolé", dit l'artiste/acteur dans cette vidéo d'une vingtaine de minutes sous-titrée en japonais.

Le musée découvre le "problème" tardivement

Ces propos font écho à la réticence de Shinzo Abe à exprimer comme l'ont fait ses prédécesseurs des "excuses sincères" envers les populations d'Asie victimes de l'impérialisme nippon avant et durant la guerre du Pacifique, en dépit de nombreux appels à redire les mots de repentance de ses prédécesseurs.

Le musée, qui dit ne s'être rendu compte du problème que lors de la visite générale avant l'inauguration, juge que ces installations n'ont pas leur place dans une exposition estivale plus particulièrement destinée aux enfants, tandis que l'artiste, souvent qualifié de provocateur, se défend d'avoir voulu prendre une position politique. Le musée a cependant dit à l'AFP souhaiter que soit "modifié" le travail, sans préciser de quelle façon. Il a aussi reconnu avoir reçu une plainte relayée par les services compétents du gouvernement métropolitain.