"Tromelin, l'île des esclaves oubliés" au musée d'histoire de Nantes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 23/10/2015 à 13H28
Exposition "Tromelin, l'île des esclaves oubliés" à Nantes.

Exposition "Tromelin, l'île des esclaves oubliés" à Nantes.

© France 3 / capture d'écran

Le musée d'histoire de Nantes, en collaboration avec l'Institut national de recherches archéologiques et préventives, présente jusqu'au 30 avril 2016 une exposition inédite : "Tromelin, l'île des esclaves oubliés". Une exposition qui retrace la vie quotidienne de 80 esclaves abandonnés durant 15 ans sur cet îlot désert et hostile, situé au nord de la Réunion.

Reportage : C. Dupeyrat / F. Grunchec / D. Boutmin


Le naufrage du navire négrier l'Utile

En 1761, "l'Utile", navire de la Compagnie française des Indes orientales, quitte Madagascar avec à son bord 140 passagers et membres d'équipage ainsi que 160 esclaves malgaches entassés en fond de cale. Le 31 juillet au soir, le navire fait naufrage près de l'île de Sable, un îlot désert de 1 km² au large de Madagascar.

Survivront 122 membres de l'équipage et 90 esclaves, dont une dizaine qui périt au bout de quelques jours faute d'eau potable. Deux mois plus tard, une embarcation de fortune est construite et seul l'équipage blanc reprend la mer, avec la promesse de revenir chercher les 80 esclaves.
 
Le commandant en second de l’Utile, Barthélémy Castellan du Vernet, tente à plusieurs reprises des missions de sauvetage, mais en vain. Et les autorités de l'île de France (aujourd'hui l'île Maurice) y sont totalement hostiles, malgré l'indignation générale.       
 
Ce n'est que quinze ans plus tard, en 1776, que le commandant Jean-Marie de Tromelin débarque sur l'île (à qui il donnera son nom) et y découvre sept femmes et un enfant de 8 mois, seuls survivants.

Mais leurs conditions de vie ont toujours suscité nombre d'interrogations. Par quel miracle les naufragés ont-ils survécu dans un milieu aussi hostile, cerné par les déferlantes et harcelé par les ouragans ? Comment ont-ils réussi à s'adapter sur cet îlot où rien ne pousse, isolés du monde ? 
  
"Tromelin, l'île des esclaves oubliés" : ustensiles fabriqués par les esclaves

"Tromelin, l'île des esclaves oubliés" : ustensiles fabriqués par les esclaves

© France 3 / capture d'écran

L'exposition "Tromelin, l'île des esclaves oubliés" lève le mystère

Dix ans de recherches et quatre missions archéologiques ont été nécessaires pour mettre en lumière leurs conditions de survie matérielle, sociale et psychologique, et pour comprendre enfin toute une organisation habile mise en place pour survivre. 
 
Des fouilles terrestres et marines menées par l'Inrap et le Gran (Groupe de recherches en archéologie navale) entre 2006 et 2013 ont permis la découverte de 737 objets de la vie courante et la reconstitution de seulement deux squelettes. Ces recherches historiques et archéologiques ont révélé une incroyable histoire humaine où des naufragés se sont unis et se sont débrouillés avec leur environnement inhospitalier pour reconstituer une micro-société afin d'y survivre malgré les difficultés.    
"Tromelin, l'île des esclaves oubliés" : squelette reconstitué

"Tromelin, l'île des esclaves oubliés" : squelette reconstitué

© France 3 / capture d'écran


L'exposition "Tromelin, l'île des esclaves oubliés", faisant écho à la traite et l'esclavage dans l'Océan Indien, est reconnue d'intérêt national par le ministère de la Culture. Elle est présentée simultanément à Nantes jusqu'au 30 avril 2016 et dans l'Océan Indien. Elle fera ensuite escale au Musée de la Compagnie des Indes de Lorient, puis à Bordeaux, Bayonne, Marseille et sur l'île de Tatihou, au large du Cotentin.

En parallèle de l’exposition, des planches originales de BD du dessinateur Sylvain Savoia sont présentées jusqu'au 3 janvier 2016 : De l’esquisse à l’album, Tromelin en bande dessinée.