Promenade en terres d'Islam au Louvre

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 21/09/2012 à 10H57
Relevés des mosaïques de la Grande mosquée des omeyyades de Damas, au Louvre

Relevés des mosaïques de la Grande mosquée des omeyyades de Damas, au Louvre

© Remy de la Mauviniere/AP/SIPA

Le public va pouvoir découvrir à partir de samedi le nouveau département d’Arts de l’Islam du Louvre, qui a demandé dix ans de travail. Nous l’avons visité

C'est un écrin très réussi que le Louvre offre à des oeuvres somptueuses qui y trouvent désormais toute leur place.

Plutôt que de nouveau département, on devrait parler de nouveaux espaces dédiés aux Arts de l’Islam, car le département existait déjà, même s’il n’avait pas suffisamment de place pour déployer sa collection. Désormais, on peut voir 3000 pièces sélectionnées parmi les 18.000 du Louvre auxquelles s’ajoute un dépôt du Musée des arts décoratifs. Elles sont exposées dans les nouvelles salles installées dans la cour Visconti, et permettent d’aborder tous les aspects de l’art de régions qui vont de l’Inde à l’Espagne.

Au rez-de-cour, les débuts de l'Islam
La visite commence au « rez-de-cour », qui a été coiffé d’un voile métallique. Vu de l’intérieur, le fameux voile constitué de milliers de triangles dorés surprend un peu, car il descend très bas dans l’espace, on pourrait presque le toucher par endroits. On peut le trouver un peu oppressant.

En même temps, il crée une certaine intimité, filtrant la lumière qui tombe sur les oeuvres du premier niveau, celles datant du VII au XIe siècle, les débuts de l’Islam. Des panneaux chronologiques viennent rappeler les dates importantes de l’histoire de cette civilisation.

Des installations multimedia, avec écran tactile, approfondissent un aspect de culture ou une technique, comme celle de la céramique. Le visiteur est aussi bercé par des poésies arabes ou persanes.

Le niveau "parterre" (bas) des Arts de l'Islam au Louvre

Le niveau "parterre" (bas) des Arts de l'Islam au Louvre

© 2012 Musée du Louvre / Philippe Ruault
 

Le plus souvent possible, les œuvres sont exposées dans des vitrines qui permettent à la lumière de circuler dans tout l’espace et de tourner autour. Ainsi, un minimum de cloisons vient arrêter le regard.

Il faut remarquer qu’il ne s’agit pas d’œuvres religieuses. Car s’il s’agit ici d’un monde où la religion musulmane domine, il y vit d’autres communautés qui souvent ont un rôle important dans la production artistique. Des œuvres religieuses, il y en a assez peu, car il n’y a pas d’objets liturgiques dans l’islam. Le même type d’œuvres peut orner les palais comme les édifices religieux.

Noir mais lumière au sous-sol
Le monde islamique se distingue déjà, aux premiers siècles de son histoire, par ses céramiques somptueuses, ses décorations en stuc, son travail du métal.

Quittant la lumière du rez-de-cour, on descend au sous-sol par un escalier de béton noir qui débouche dans une grande salle, de béton noir aussi. Pas d’impression d’obscurité, pourtant : les objets sont très bien éclairés et, sur le même principe qu’en haut, exposés dans des vitrines qui permettent au regard de traverser l’espace. Les tapis, exposés au milieu, au sol, ouvrent aussi celui-ci.

Sur un côté, de la lumière naturelle dégringole encore de la cour. On aperçoit ici aussi le voile métallique et les murs de la cour Visconti.

Lion de Monzón, Espagne XIIe-XIIIe siècle, Musée du Louvre, département des Arts de l'Islam

Lion de Monzón, Espagne XIIe-XIIIe siècle, Musée du Louvre, département des Arts de l'Islam

© Musée du Louvre, dist. RMN / Hughes Dubois
 

« Notre ambition est que tout le monde se trouve bien » dans les salles d’Arts de l’Islam, annonce Sophie Makariou, la directrice du département, rappelant que les collections du Louvre sont destinées aux visiteurs du monde entier. « L’idée est un partage très large de cet art qui est notre héritage à tous », selon elle.

"Une belle addition au musée du Louvre"
Sophie Makariou raconte que, « tout au long du XXe siècle, on a voulu créer une collection » d’arts de l’Islam. « On est arrivé à l’âge mur » de cette collection. L’ouverture du département « est un signe politique, car un musée est toujours politique », estime-t-elle. Le Louvre est « le musée de la Nation » et « il était anormal que cette civilisation soit limitée à des espaces étroits » dans un pays qui a toujours eu un lien, porté un intérêt au monde oriental. « C’est une belle addition au musée du Louvre », conclut-elle.

La civilisation islamique se déploie de l’Espagne et du Maroc jusqu’à l’Inde. Des « jalis », écrans ajourés, en grès sculpté rose aux motifs floraux venant d’Inde du Nord (XVIe-XVIIe) côtoient des moucharabieh égyptiens du XVIIIe. Ces panneaux de bois tourné filtrent la lumière en laissant passer de l’air, permettent de voir sans être vu.

A droite, Bouteille au blason, Syrie ou Egypte, XIVe - A gauche, vase au nom du sultan d'al-Malik al-Nasir, Salah al-Din Yusuf, Syrie, XIIIe

A droite, Bouteille au blason, Syrie ou Egypte, XIVe - A gauche, vase au nom du sultan d'al-Malik al-Nasir, Salah al-Din Yusuf, Syrie, XIIIe

© Musée du Louvre, dist RMN / Hughes Dubois
 

De grands panneaux de carreaux de céramique d’Iznik aux beaux bleus turquoise éclairent le mur du fond avec, au centre, deux carreaux plus grands représentant Médine et la Mecque.

Un des clous des collections est le « baptistère de Saint Louis », un chef-d’œuvre de l’art proche-oriental du métal, dont les responsables du Louvre sont particulièrement fiers : en effet, il a une histoire singulière puisque, produit au XIVe siècle en Egypte ou en Syrie, il a servi au baptême de nombreux rois de France. Fait d’un alliage de cuivre incrusté d’or et d’argent, il est décoré de figures animales, de guerriers et de chasseurs et d’un souverain.

Autre pièce très remarquée, le « lion de Monzon », découvert en Espagne au XIXe siècle. Cette bouche de fontaine en bronze, gueule grande ouverte, serait une production d’Al-Andalus du XIIe ou XIIIe siècle.

Des œuvres viennent tordre le cou aux idées sur la représentation humaine dans l’Islam, comme les décors architecturaux iraniens du XIIe ou XIIIe siècle.

Impossible de parler de tout, c'est un monde qu'on aborde ici, il faut s’immerger dans cet univers, dans les couleurs des céramiques, la finesse des matières sculptées et ciselées, la richesse des tapis, y venir et y revenir.