Paris : nouvel accrochage pour la Dame à la Licorne après une grande toilette

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 17/12/2013 à 17H28
Une des tapisseries de la "Dame à la Licorne" (Mon seul désir), conservée au Musée de Cluny (Musée national du Moyen-Age)

Une des tapisseries de la "Dame à la Licorne" (Mon seul désir), conservée au Musée de Cluny (Musée national du Moyen-Age)

© Rieger Bertrand / Hemis.fr / AFP

La "Dame à la Licorne" se réinstalle au Musée de Cluny à Paris après une opération de conservation. La célèbre tapisserie de la fin du Moyen-Age, dépoussiérée, lavée et renforcée, est de nouveau visible dans une salle rénovée. Mais elle garde tout son mystère. A partir de mercredi 18 décembre.

La "Dame à la Licorne" a été découverte par Prosper Mérimée au château de Boussac, dans la Creuse. Cet ensemble de six tapisseries n’a cessé depuis d’intriguer et de fasciner et compte parmi ses admirateurs George Sand ou Rainer Maria Rilke. Elle a pu être acquise par Edmond du Sommerard, le premier directeur du musée de Cluny, en 1882. Elle est parfois considérée comme la Joconde du musée parisien consacré au Moyen-Age.
 
Les six panneaux à l’atmosphère poétique mettent en scène une jeune fille entre un lion et une licorne, sur fond rouge, dans un décor végétal (arbres, fleurs) dans lequel gambadent de petits animaux, lapins, chiens, oiseaux, singes ou renards. Leur interprétation fait débat mais on pense que cinq d’entre eux sont des allégories des cinq sens. Sur l’un, la licorne, les pattes posées sur les genoux de la jeune fille, se regarde dans un miroir qu’elle lui présente. Dans un autre, celle-ci joue de la musique, dans un troisième, elle tient un fanion et la corne de la licorne…
 
Une œuvre entourée de mystère
Le sixième, sur lequel on trouve l’inscription "Mon seul désir", pourrait être l’illustration d’un sixième sens, proche de l’âme ou de l’esprit et lié au cœur.
 
Au Moyen-Age, la licorne, créature imaginaire, représente la pureté et la chasteté. Mais sa connotation sexuelle en fait une créature tout à fait ambivalente.
 
L’histoire de l’œuvre aussi est mystérieuse. On n’a pas identifié précisément son commanditaire, même si les armoiries qui figurent dessus ont été identifiées comme celles des Le Viste, une famille de Lyon dont plusieurs membres ont mené carrière au Parlement de Paris. La tapisserie pourrait avoir été commandée pour des fiançailles. On ne sait pas comment elle s’est retrouvée au château de Boussac, trois siècles et demi plus tard.
 
Une richesse de couleurs exceptionnelle
La tenture aurait été dessinée par un artiste parisien, le "maître des Très petites heures d’Anne de Bretagne". On ignore où elle a été exécutée : sans doute en Flandre, où se trouvaient les meilleurs centres de production, mais il n’est pas exclu qu’elle ait été réalisée à Paris. Toujours est-il qu’elle déploie toutes les possibilités offertes par l’art de la tapisserie, notamment une grande gamme de couleurs, malheureusement plus visibles à l’arrière, même si l’état de conservation est bon.
 
Lors d’une évaluation, on a constaté que la "Dame à la Licorne" était très empoussiérée et que l’accrochage provoquait des tensions. L’éclairage n’était plus conforme aux dernières recommandations. "Il fallait intervenir", résume Elisabeth Taburet-Delahaye, la directrice du musée de Cluny.
 
Toilette complète avant réexposition
Il s’agit davantage d’une opération de conservation que d’une véritable restauration
On a décroché "La Dame à la Licorne", on a enlevé sa doublure, on l’a dépoussiérée par micro-aspiration, puis lavée sur un tamis par brumisation d’une solution de nettoyage. Ensuite, l’œuvre a été consolidée, notamment dans les zones fragiles. Puis, on a mis en place une nouvelle doublure en lin. Les tapisseries sont accrochées sur un plan légèrement incliné, ce qui permet de limiter le poids et donc les tensions. Elles sont posées sur un velours qui fait office d’adhésif naturel et augmente cet effet de limitation des tensions. Elles sont enfin suspendues à un velcro qui régule automatiquement les déformations.
 
Retour à Paris après un voyage au Japon
Alors qu’elle était présentée dans une rotonde, la "Dame à la Licorne" est maintenant dans une salle quadrangulaire. Les six panneaux sont exposés dans l’ordre de la hiérarchie des sens telle qu’on se la représentait au Moyen-Age, du plus concret au plus spirituel : le toucher, le goût, l’odorat, l’ouïe, la vue. "Mon seul désir", considéré comme le point culminant de l’œuvre, est isolé sur un mur. L’éclairage par leds encastrés au plafond est désormais aux normes : pas plus de 50 lux, pour préserver les couleurs de la tapisserie.
 
Pendant les travaux du musée, la "Dame" était partie voyager au Japon. Elle est revenue à Paris et on pourra l’admirer de nouveau à partir de mercredi 18 décembre.
 
La Dame à la Licorne, Musée de Cluny (musée national du Moyen-Age), 6 place Paul Painlevé, 75005 Paris
Tous les jours sauf le mardi, le 25 décembre, le 1er janvier et le 1er mai, 9h15-17h45
Tarifs : 8€ / 6€