Musée des Confluences : "A vos pieds", des chaussures et des hommes

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 07/06/2016 à 18H42
Chaussures pour enfant à tête de tire hutouxie (Chine, milieu du XIXe), Musée des Confluences de Lyon, Dépôt des Oeuvres pontificales missionnaires à Lyon

Chaussures pour enfant à tête de tire hutouxie (Chine, milieu du XIXe), Musée des Confluences de Lyon, Dépôt des Oeuvres pontificales missionnaires à Lyon

© Q. Lafont / musée des Confluences

Les chaussures disent beaucoup des gens qui les portent... Le Musée des Confluences de Lyon invite le visiteur à découvrir une nouvelle histoire, celle des chaussures à travers les siècles et les continents. Avec «A vos pieds», l'établissement mélange une fois encore avec intérêt les disciplines et nourrit la curiosité. A voir jusqu'au 30 avril 2017. Visite en avant-première.

Quand le visiteur sortira de l'exposition "A vos pieds", il ne regardera plus les chaussures de la même manière ! C'est ce qu'assure Marie-Paule Imberti, chargée d'exposition au Musée des Confluences, Et il est vrai qu'après une plongée dans cette histoire fascinante, on se plaît à analyser ce que les autres ont choisi de porter pour aller au musée !

reportage : S. Meallier / P. Lachaux / S. Bouix

Des baskets confortables pour beaucoup, mais quelques femmes n'ont pas résisté à l'arrivée (tardive) des beaux jours à ressortir leurs plus belles sandales ! D'ailleurs, ce que les visiteurs portent et le rapport qu'ils ont avec leurs chaussures intéresse fortement les organisateurs. C'est "l'ancrage contemporain", selon Marie-Paule Imberti.

Un dispositif inédit a donc été mis au point pour l'occasion. Baptisé Podomaton, il permet au public de prendre ses pieds en photos et d'envoyer le résultat en direct sur un mur de la salle d'exposition et sur les réseaux sociaux ! 

Le podomaton, dispositif inédit du musée des Confluences

Le podomaton, dispositif inédit du musée des Confluences

© Marie Pujolas


Voilà pour le XXIe siècle. Le reste, c'est la découverte de 142 paires de chaussures (provenant du fonds du Musée des Confluences et de celui du musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère). Chaussons, sandales, bottes, mocassins... Ce que l'on met à nos pieds pour les protéger des éléments dit beaucoup des Hommes et des sociétés dans lesquelles ils vivent. Et comme à chaque exposition, le musée reste fidèle à sa ligne directrice: raconter une histoire et privilégier l’interdisciplinarité.

Dans la peau d'une chaussure

Le parcours est thématique, composé de 5 îlots. A chaque îlot correspond une histoire contée et écrite par l'écrivain Jacques Jouet. Il se met dans la peau d'une chaussure et raconte son histoire. Celle d'une chaussure d'enfant, par exemple. A travers les modèles présentés, on découvre l'évolution de la place de l'enfant dans la société, en Europe et en Asie. Ainsi en Chine, on ornait les chaussons des tout-petits de têtes de tigre pour les protéger contre les mauvais esprits. En Europe, au début du XXe siècle, les pieds des enfants sont analysés de façon médicale. Les parents recherchent des modèles qui les maintiennent correctement. 

Chaussure d'essayage Babybotte (france, XXe). Musée International de la chaussure de Romans-sur-Isère

Chaussure d'essayage Babybotte (france, XXe). Musée International de la chaussure de Romans-sur-Isère

© Q. Lafont / musée des Confluences

 

Socques pour enfant, Japon (XIXe siècle). Musée des Confluences, Lyon Dépôt des oeuvres pontificales missionnaires. 

Socques pour enfant, Japon (XIXe siècle). Musée des Confluences, Lyon Dépôt des oeuvres pontificales missionnaires. 

© Q. Lafont / musée des Confluences

Entre choix et contraintes

Le pied de la femme est, dans de nombreuses civilisations, objet de fantasmes et marqueur de beauté et de prestige. Les pieds bandés des Asiatiques sont un exemple très parlant. En Chine, la taille du pied est un synonyme de beauté et les paires incroyables portées par l'Impératrice Tsu-Hi (1835-1908) sont un témoignage rare de cette esthétique très prisée à l'époque. 

Chaussures provenant du palais de l'impératrice Tsu-Hi (1835-1908) de la dynastie des Mandchous. Don du professeur Galmiche, collection du musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère

Chaussures provenant du palais de l'impératrice Tsu-Hi (1835-1908) de la dynastie des Mandchous. Don du professeur Galmiche, collection du musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère

© Q. Lafont / musée des Confluences


La plus ancienne chaussure de l'exposition date du XVIe siècle. C'est une chopine, un très haut patin porté par les femmes, notamment à Venise du XVe aux XVIIe siècle. Elle permettait aux courtisanes d'affirmer leurs statuts. Mais elle servait également à protéger les robes de la boue. De très hauts talons, signe de féminité, qui inspirent toujours les créateurs contemporains, comme Christian Louboutin, mondialement connu pour ses talons vertigineux qui fascinent des millions de femmes.

Chopine, haut patin de femme du XVIe, Musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère, Dépôt du Musée de Cluny -Musée national du Moyen Âge de Paris

Chopine, haut patin de femme du XVIe, Musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère, Dépôt du Musée de Cluny -Musée national du Moyen Âge de Paris

© Q. Lafont / musée des Confluences
Botillon Christian Louboutin, (2012), collection du musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère

Botillon Christian Louboutin, (2012), collection du musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère

© Q. Lafont / musée des Confluences


C'est d'ailleurs l'un des atouts de l'expostiion, comparer les époques, expliquer le lien entre des modèles du XVIe siècle et les créations contemporaines. Les chaussures sont des "témoins de civilisation et source d'inspiration" pour les créateurs explique Laurence Pissard, responsable scientifique du musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère. C'est aussi ce mélange des disciplines qui a intéressé les représentants de ce musée et les a incités à collaborer avec le Musée des Confluences.

La chaussure est un objet d'étude idéal pour comprendre les hommes et les sociétés. "C'est plus qu'un objet, c'est un prisme à travers lequel on peut parler des grands enjeux contemporains" poursuit Laurence Pissard. Une fois l'exposition terminée à Lyon (en avril 2017), elle sera présentée à Romans-sur-Isère pendant 8 mois. 

Mocassins d'indiens et chaussures de prestige

La chaussure est, dans certaines civilisations, un emblème de la culture. C'est par exemple le cas pour les Amérindiens et leurs mocassins. Moyen d'expression artistique, ils sont aussi fabriqués pour s'adapter à l'environnement et aux conditions climatiques, mais également aux événements importants. Comme cette paire décorée de perles de verre et fabriquée avec des piquants de porc-épic et de soie. Elle servait lors de festivités et de rituels chez les Iroquois au XIXe siècle. 
Mocassins porté par les Iroquois (États-Unis,  première moitié XIXe siècle), Musée des Confluences de Lyon, dépôt des Œuvres pontificales missionnaires à Lyon 

Mocassins porté par les Iroquois (États-Unis,  première moitié XIXe siècle), Musée des Confluences de Lyon, dépôt des Œuvres pontificales missionnaires à Lyon 

© Q. Lafont / musée des Confluences
Mocassins pour enfants (Canada, XIXe siècle), Dépôt du musée de Cluny - Musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère

Mocassins pour enfants (Canada, XIXe siècle), Dépôt du musée de Cluny - Musée international de la chaussure de Romans-sur-Isère

© Q. Lafont / musée des Confluences

A voir également, des paires uniques destinées à l'élite ou à des événements particuliers comme les mariages. Une exposition à ne pas manquer, même si l'on n'est pas fan de mode ! Car on ne prend pas ici un cours de style ni de tendance, mais plutôt une leçon d'histoire. Et l'on se dit que oui, les chaussures que nous portons, tous les jours ou pour une occasion particulière, disent beaucoup de nous, de notre histoire, de notre rang social, de ce que l'on veut donner à voir de nous ou de nos enfants.