Monumenta 2014 : l'étrange cité d'Ilya et Emilia Kabakov au Grand Palais

Par @valerieoddos Journaliste, responsable de la rubrique Expositions de Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 19/05/2014 à 11H21
Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité", vue d'ensemble

Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité", vue d'ensemble

© photo Didier Plowy pour le Réunion des musées nationaux -Grand Palais

Après une pause d'un an, ce sont les Russes Ilya et Emilia Kabakov qui ont investi cette année la nef du Grand Palais pour la sixième édition de Monumenta : ils y ont installé une cité imaginaire toute blanche (jusqu'au 22 juin).

Après Anselm Kiefer, Richard Serra, Christian Boltanski, Anish Kapoor et Daniel Buren, c'est aux Kabakov, couple d'artistes russes installés aux Etats-Unis, de se mesurer au grand volume de la nef, qui occupe 13.500 m2.
 
D'ailleurs, les époux Kabakov ont dû adapter leur projet d'"Etrange cité", imaginé dans leur atelier de Long Island comme un "espace onirique" conçu pour "penser et réflechir sur l'art, la culture, la vie quotidienne, notre présent et notre futur" : après des essais il y quelques mois, ils ont dû rehausser la taille des bâtiments d'un blanc éblouissant.
La Coupole, Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité"

La Coupole, Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité"

© Photo Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais
 
Sept bâtiments entourés de murs blancs
Après avoir longé un grand mur, le visiteur rencontre une coupole renversée qui évoque un édifice religieux mais fait aussi penser à un grand radar, alors que se joue une musique lancinante ponctuée de sons de cloches.
 
Sept petits bâtiments entourés d'une double enceinte de murs se succèdent alors dans un plan labyrinthique.
 
Un "musée vide" vous invite à vous asseoir dans de larges banquettes, devant des murs où seules des taches de lumière projetée viennent s'accrocher sur la chaude peinture rouge, au son de la "Passacaille" de Bach.
"Le Musée vide, Monumenta 2014", Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité"

"Le Musée vide, Monumenta 2014", Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité"

© Photo Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux - Grand Palais
 
Comment rencontrer un ange
A côté, ville dans la ville, "Manas" expose en son centre une maquette de ce lieu mystérieux, entouré de huit montagnes escarpées, qui permet d'accéder à un monde supérieur. Tout autour, cette ville est évoquée par des peintures et des dessins.
 
Ailleurs, on célèbre des "portails" étranges, érigés au milieu de nulle part pour symboliser le passage et peints de façon répétitive dans un style impressionniste. Dans un autre bâtiment, les Kabakov expliquent comment rencontrer un ange, et même en devenir un, en se fabriquant des ailes et en les portant quelques minutes tous les jours.
 
Pour finir, une "chapelle blanche", espace plus aéré, propose sur ses murs des fragments de tableaux parmi des carrés blancs, conçus comme des restes de fresques dans une église ancienne. En face, une "chapelle sombre" aux murs gris présente des tableaux renversés mêlant des références baroques et des souvenirs de l'ère soviétique.
La Chapelle blanche, Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité"

La Chapelle blanche, Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, "L'étrange cité"

© Photo Didier Plowy pour la Réunion des musées nationaux -Grand Palais
 
Un "récit humaniste"
"Avec ses ambiances spectaculaires et mystérieuses, le parcours initiatique de 'L'Etrange cité' crée un grand récit humaniste proche de l'épopée. La cité utopique dans laquelle nous sommes conviés traite des aspirations de l'homme, de sa quête d'un au-delà, d'une métaphysique. Cette métaphore de la vie et de son mystère se transmet par les sens et non par le langage", explique Jean-Hubert Martin, commissaire de Monumenta.
 
L'oeuvre puise ses références aussi bien dans l'art de la Renaissance, dans l'art moderne ou dans la science. Elle mêle architecture, dessin, peinture, sculpture, musique. Comme les éditions précédentes de Monumenta, elle invite le visiteur à se plonger dans une atmosphère et à réfléchir aux grandes questions qui hantent l'humanité.
 
Agé de 80 ans, Ilya Kabakov  est né à Dniepropetrovsk (ville de l'Ukraine actuelle), alors en URSS. Il peint et dessine à Moscou jusque dans les années 1980. Ses installations, qui évoquent la vie quotidienne en Russie et tournent en dérision le mode de vie soviétique, lui ont valu une notoriété internationale. Depuis 1989, Ilya Kabakov travaille à New York avec Emilia, pianiste de formation. En 2004, le gouvernement leur a offert leur première exposition officielle au musée de l'Ermitage.
 
Tous les ans depuis 2007, Monumenta charge un artiste d'imaginer une œuvre destinée à investir l'espace de la vaste nef du Grand Palais. Après une interruption en 2009 et une nouvelle pause due à des restrictions budgétaires, la Monumenta du couple Kabakov, prévue pour 2013, a finalement lieu un an plus tard.
Ilya et Emilia Kabakov, Etude pour le centre de l'énergie cosmique, Monumenta 2014

Ilya et Emilia Kabakov, Etude pour le centre de l'énergie cosmique, Monumenta 2014

© Ilya et Emilia Kabakov / ADAGP, Paris 2014
Monumenta 2014, Ilya et Emilia Kabakov, L'étrange cité, Grand Palais, Nef
tous les jours sauf mardi
jeudi, vendredi et samedi : 10h à minuit
dimanche, lundi et mercredi : 10h-19h
tarifs : 6€ / 3€, gratuit pour les moins de 16 ans
du 10 mai au 22 juin 2014