Libye: l'art vidéo conquiert les murs de Tripoli

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 11/11/2012 à 16H52
Première exposition d'art vidéo dans la vieille ville de Tripoli (7 novembre 2012)

Première exposition d'art vidéo dans la vieille ville de Tripoli (7 novembre 2012)

© Akram Gana / AFP

Des dizaines de Tripolitains se sont bousculés pour découvrir une exposition d’art vidéo dans la vieille ville de la capitale libyenne : on n’en avait jamais vu dans un pays privé de vie culturelle pendant les 42 ans de pouvoir de Mouammar Kadhafi

A quelques pas du front de mer de Tripoli, des Libyens de tous âges ont  profité de l'exposition "First glance", organisée à l'initiative d'une ONG libyenne, "The Arete Foundation for Arts and Culture".

"Sous le règne de Kadhafi, l'art, la musique et les spectacles n'étaient  pas considérés comme politiquement corrects", se souvient un visiteur, Abdessalem Fraj. Agé d'une quarantaine d'années, il n'avait connu que la Libye de Mouammar Kadhafi jusqu'à la chute du despote et sa mort en octobre 2011.

"Les spectacles et les rassemblements populaires tournaient autour de l'éloge du colonel Kadhafi, de ses exploits et de la gloire de (sa)  révolution", explique-t-il, soulignant que "les poèmes et les chants étaient dédiés au seul Guide de la révolution".

Des artistes vidéo projetés sur les murs de Tripoli (7 novembre 2012)

Des artistes vidéo projetés sur les murs de Tripoli (7 novembre 2012)

© Akram Gana / AFP
 Un genre de manifestation qui n'existait pas sous Kadhafi

De fait, les manifestations comme "First glance" étaient interdites du temps de Kadhafi. Le culte de la personnalité qu’il imposait et les dogmes de sa pensée politique inscrits dans le "Livre Vert" dominaient la scène culturelle, étouffant toute créativité et esprit d'initiative.

"Malgré les talents dont regorge la Libye au niveau culturel et artistique, les créateurs n'ont pu ni s'exprimer ni s'épanouir durant les 42 ans de pouvoir de Kadhafi", confirme Salaheddine Al-Majerbi, un autre spectateur. "Toute forme d'expression libre ou toute création qui sortait des sentiers battus était passible d'emprisonnement, voire de mort", ajoute-t-il.

Les oeuvres projetées cette semaine ont été crées par des artistes originaires de 14 pays dont la Grande-Bretagne, la France ou l'Egypte. Les vidéos réalisées à partir d'images abstraites jouent sur la lumière ou la superposition de photos, dont le mouvement crée l'illusion d'une dynamique.

Neuf écrans installés dans la vieille ville
Neuf écrans ont été installés sur des sites historiques de la vieille ville de Tripoli, représentant la diversité de la culture libyenne, influencée par les civilisations romaine, phénicienne, turque et arabe.

Suivant les flèches rouges tracées par les organisateurs, les visiteurs  intrigués, venus de toute la ville, ont pu déambuler pendant deux jours d'un  site de projection à un autre.

Le choix de ce quartier populaire permet de faire partager à un large public un support artistique qui n'exige pas de bagage intellectuel pour en saisir le sens et en apprécier l'esthétique, souligne Reem Gibriel,  directrice exécutive de la Fondation Arete.

Le président de la Fondation, Khaled al-Matawa, rappelle le rôle majeur joué par les vidéos tournées pendant la révolte de 2011. "Ce support a permis de révéler au monde les affres de la répression de l'ancien régime et les différents (développements) du soulèvement populaire  contre la dictature", ajoute-t-il.

Pour Ahmed Tarhuni, un artiste photographe, il est temps maintenant "de  promouvoir la scène culturelle du pays, à la lumière de cette liberté acquise  après le conflit".