Les musées entrouvrent leurs portes aux malades d'Alzheimer

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 25/11/2014 à 16H12
Le Musée de la Piscine à Roubaix

Le Musée de la Piscine à Roubaix

© Daniel Auduc / Photononstop

Les musées français, de La Piscine de Roubaix au Musée de la Musique Porte de Pantin à Paris, commencent à ouvrir leurs portes aux malades d'Alzheimer, suivant l'exemple de pionniers comme le MoMa, le musée d'art moderne de New York, ou le Musée des Beaux-Arts de Montréal.

Le mouvement est encore balbutiant en France: "on n'a aucune visibilité, il n'y a pas encore de mise en réseau", a reconnu Bénédicte Capelle-Perceval, chargée de l'accessibilité à la Cité de la Musique où s'est tenu dernièrement le premier colloque en France sur le sujet.

Si on recense dans le monde une centaine de musées qui ont mis en place des programmes "Alzheimer", en France, les initiatives se comptent sur les doigts d'une main. 

La Piscine de Roubaix mène un programme régulier depuis 2010. Dans d'autres musées, comme le Centre Pompidou et le Louvre, des formations du personnel d'animation sont en cours. La Cité de la Musique va pérenniser l'an prochain le programme expérimental (8 sessions) conduit l'an dernier. Plusieurs études avaient déjà montré l'impact positif de la musique sur l'état des personnes atteintes d'Alzheimer. 
La Cité de la musique, à Paris

La Cité de la musique, à Paris

Pour Carrie McGee, en charge du programme Alzheimer du MoMa, le plus ancien, avec une centaine de visiteurs par mois depuis 2006, les retours sont unanimes: "les personnes partent toutes plus heureuses qu'à leur arrivée".

"Le déclic s'est fait quand on a emmené des malades d'Alzheimer voir une exposition de peintures de Turner: le plaisir se lisait sur leurs visages", témoigne Anne-Marie Lasry-Weiller, à la tête de la fondation Swiss Life, partenaire de La Piscine pour le programme d'accueil de patients Alzheimer.

Approche sensorielle
L'animateur des visites à La Piscine, Julien Ravelomanantsoa, s'est inspiré de son expérience avec les enfants pour mettre en oeuvre le programme Alzheimer. Le musée , situé dans un cadre exceptionnel puisqu'il s'agit d'une ancienne piscine, propose une approche sensorielle. Il travaille par exemple avec un parfumeur, pour associer des odeurs aux tableaux. 

Les visiteurs sont aussi invités à s'allonger pour écouter une bande son restituant le bruit familier du bassin, avec ses cris d'enfants, son écho particulier... "Tout ça, ce sont des détonateurs de sens", explique l'animateur. "Ce que veulent avant tout les malades d'Alzheimer, c'est passer du bon temps". Quand ils arrivent, Julien les embrasse, discute en prenant son temps avant de les embarquer pour une visite ou un atelier. 

Car tous les témoignages insistent sur l'importance du "temps d'accueil": offrir un café, des petits gâteaux, permet aux personnes de prendre leurs repères tranquillement.

Raviver des souvenirs
L'atelier, qu'il s'agisse de manipuler la terre comme à La Piscine, de peindre, dessiner ou de pratiquer la musique, permet une concentration étonnante. "Un malade s'était pris de passion pour un peintre et s'est mis à créer des oeuvres magnifiques à partir de ses tableaux. On s'est aperçu que lorsqu'il peignait, ses mains ne tremblaient plus", constate Marilyn Lajeunesse, éducatrice au Musée des Beaux Arts de Montréal.
Le Musée des Beaux-Arts de Monreal

Le Musée des Beaux-Arts de Monreal

© PEROUSSE Bruno / hemis.fr
Ce musée  accueille depuis 2009 des groupes de malades avec leurs accompagnateurs, famille ou soignants. Des expositions de leurs oeuvres sont réalisées, "avec de vrais vernissages, très valorisants pour ces personnes qui se sentent souvent diminuées".

La visite du musée , autour de quelques oeuvres-clés, déclenche des souvenirs: "une vieille dame s'est souvenue en voyant un tableau de Van Dongen figurant une jeune femme en robe transparente que son père l'avait envoyée se rhabiller dans sa chambre parce qu'elle portait pour sortir une robe trop vaporeuse".

A Montréal, les patients repartent avec une reproduction d'une des toiles du musée : "ils peuvent en discuter avec leurs proches, cela prolonge la visite", souligne Mme Lajeunesse.

"On veut souvent légitimer tout comme étant thérapeutique", observe Jean-Luc Noël, président du comité Personnes âgées à la Fondation de France : "le jardinage est thérapeutique, la cuisine est thérapeutique, l'art est thérapeutique ... Je pense qu'aller au Musée  ne va pas guérir un malade d'Alzheimer, mais il va rompre son isolement, le faire sortir et partager un bon moment. Cela va ralentir la maladie et enrichir sa vie".