Le procès des vandales de la collection Lambert reporté

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 18/07/2012 à 12H03
Eric Mezil, directeur de la collection Lambert, montre les dégrations sur une oeuvre d'Andres Serrano

Eric Mezil, directeur de la collection Lambert, montre les dégrations sur une oeuvre d'Andres Serrano

© SIPA

Le tribunal correctionnel d’Avignon a annulé jeudi la convocation de quatre jeunes hommes poursuivis pour avoir vandalisé en 2011 deux œuvres de la collection Lambert, dont une photographie d’Andres Serrano mettant en scène un crucifix trempé dans son urine

Le tribunal a estimé que la définition de l’objet des poursuites était trop floue et ils sont finalement convoqués pour le 19 novembre.

Pierre Colinge, Rémi Crassous, Benjamin Michelet et Gaël de Crepy, âgés de 20 à 29 ans, devaient comparaître pour avoir "volontairement dégradé un bien culturel", des actes "commis en réunion".

Le président du tribunal a suivi le vice-procureur Laurent Couderc, lequel a reconnu que le bien culturel visé par les poursuites n'avait pas été clairement précisé ("Piss Christ", "Soeur Jeanne Myriam" ou les deux).

"Immersion Piss Christ", exposée à la collection  Yvon Lambert à Avignon, avait fait l'objet de vives protestations de la part de  mouvements catholiques, comme l'Institut Civitas qui avait lancé une pétition  et organisé une manifestation.

Le 17 avril 2011, au lendemain de ce rassemblement, quatre visiteurs munis d'un marteau avaient détruit, peu après l'ouverture du musée, le cliché réalisé en 1987 par Serrano, ainsi qu'une autre photo de l'artiste new-yorkais sous-titrée "Soeur Jeanne Myriam".

Les prévenus risquent dix ans de prison
Le ministre de la Culture de l'époque, Frédéric Mitterrand, avait condamné une "atteinte à un principe fondamental, la présentation de ces oeuvres relevant pleinement de la liberté de création et d'expression".

Poursuivis pour "dégradations d'un bien culturel", les prévenus, âgés de 20 à 30 ans, encourent 10 ans de prison, selon Me Agnès Tricoire, avocate de la collection Lambert et d’Andres Serrano.

Pour Me Jérôme Triomphe, qui défend l'un d'eux, "le caractère de l'appartenance à telle association, c'est le rideau de fumée que veut jeter la partie civile pour les disqualifier avant d'aborder le dossier. Il faut les traiter de fascistes, d'intégristes!", s'est-il insurgé. L'avocat compte soulever une requête en  nullité de la procédure et une question prioritaire de constitutionnalité. "On  ne sait pas exactement ce qu'on nous reproche", a-t-il argué.

Des oeuvres "à jeter à la poubelle"
Du côté de la collection Lambert, on espère que "l'affaire sera examinée au  fond malgré la tentative des prévenus d'éviter le débat", relève Me Tricoire qui plaidera "le dommage irréparable fait aux oeuvres". Expertisées par la  maison d'enchères Christie's à 250.000 euros pour "Piss Christ" et 25.000 euros pour l'autre, "elles sont à jeter à la poubelle".

Montrées aux visiteurs en l'état après leur dégradation "par souci de pédagogie", elles ne seront désormais plus exposées, selon l'avocate qui viendra avec les oeuvres au tribunal.

La collection Lambert avait déjà subi un acte de vandalisme en 2007, quand une jeune femme avait laissé la trace de son rouge à lèvres sur une toile immaculée de l'artiste américain Cy Twombly.

Riche de plus de 550 œuvres d’art contemporain, la collection d’Yvon Lambert est estimée à plus de 90 millions d’euros. Elle est accueillie depuis 12 ans dans l’Hôtel de Caumont, propriété de la ville d’Avignon. Le marchand d’art et collectionneur vient de la donner à l’Etat français. Il s'agit de la plus importante donation de ce type depuis celle d'Etienne Moreau-Nelaton en 1906 au musée du Louvre (Géricault,  Delacroix, Corot, Manet, Monet, Renoir).