Le parfum et l'univers de Pierre Loti renaissent au Quai Branly

Par @Culturebox
Mis à jour le 06/12/2016 à 06H30, publié le 26/06/2013 à 11H27
Pierre Loti en costume de dignitaire chinois, 1900-1901, retirage d'une plaque de verre

Pierre Loti en costume de dignitaire chinois, 1900-1901, retirage d'une plaque de verre

© Collection Musée Pierre Loti © Ville de Rochefort Photographe Anonyme

Le parfum sur mesure de Pierre Loti, fait de rose de Damas, de lilas, de menthe et de violette, embaume la mezzanine du musée parisien du Quai Branly, qui rend hommage à l’écrivain voyageur (jusqu’au 29 septembre).

Au détour de souvenirs, d'objets personnels, de photographies d'époque et de quelques-uns des costumes extravagants que Pierre Loti arborait lors de mondanités, le visiteur est invité dans le noir complet d'une alcôve protégée par un rideau de velours à découvrir la fragrance enivrante qu'affectionnait ce capitaine de vaisseau, amoureux des grands voyages.
 
A la suite de la découverte par hasard en 2010 d'un flacon-bijou éventé dans la maison de Pierre Loti à Rochefort (Charente-Maritime), l'artiste et "nez" Laurent-David Garnier a réussi à décrypter à partir d'un petit résidu solidifié la préparation qu'un parfumeur parisien avait créée pour l'académicien en 1913.
Ramsès II (Sésostris) momifié en l'an 1258 avant JC, Pierre Loti non momifié en l'an 1909, Dédicace : Pierre Loti Juin, 1909, de l'ère chrétienne, Studio Gozzi, Rochefort

Ramsès II (Sésostris) momifié en l'an 1258 avant JC, Pierre Loti non momifié en l'an 1909, Dédicace : Pierre Loti Juin, 1909, de l'ère chrétienne, Studio Gozzi, Rochefort

© Collection Musée Pierre Loti © Ville de Rochefort
 
Un parfum retrouvé au fond d'un flacon
"En résidence d'artiste dans la maison de Loti, je suis parti à la  recherche d'indices olfactifs pour tenter de retrouver les senteurs qui l'avaient accompagné. Dans le double-fond d'un grand reliquaire, j'ai découvert de petits sarcophages contenant des momies d'oiseaux embaumés aux sels d'arsenic et aux aromates. Pierre Loti les avait installés sous une stèle secrète en hommage à ‘l'ami Joseph’ (NDLR: Joseph Bernard, une relation que Loti évoque dans son journal intime)", a raconté Laurent-David Garnier.
 
"Il y avait aussi un minuscule flacon-bijou portant une vieille étiquette sur laquelle on avait inscrit ‘Loti Rose d'Amour, 1913’ avec le nom et  l'adresse du parfumeur parisien qui avait composé ce parfum pour l'écrivain", ajoute-t-il.
 
"A la première ouverture du flacon, aucune odeur n'était perceptible. Sur les parois, les minuscules résidus résineux, résultant de la lente évaporation du parfum au fil du temps, gardaient encore leur secret", explique Laurent-David Garnier qui a patiemment ressuscité la fragrance avec les matières premières originales.
 
Loti, écrivain voyageur et mondain
Le choix de Loti pour cette composition de rose et de lilas correspond à l'ostentation propre aux exigences d'un homme de lettres au tournant du XIXe siècle, souligne-t-il.
 
Avec l'exposition "Pierre Loti, l'ambigu exotique", le musée du Quai Branly met en lumière la vision du monde de l’officier de marine et écrivain-voyageur "à travers les multiples  facettes de l'académicien mondain qui affectionnait le paradoxe et cultivait  les ambiguïtés".
 
Intitulée "J'arrive, j'aime, je m'en vais", l'exposition évoque son regard d'occidental sur les autres civilisations, le rapport qu'il entretenait avec chacune d'elles et la figure du dandy exotique qui commença par des voyages immobiles dans le cabinet de curiosités qu'enfant, il avait créé dans la maison familiale.
 
L’exposition évoque son goût marqué pour le jeu et le déguisement, ses voyages, ses relations mondaines, le personnage du matelot, au centre de ses romans, son rapport à l’Orient…

"J'arrive, j'aime, je m'en vais", Pierre Loti, l'ambigu exotique, Musée du Quai Branly, Paris 7e, jusqu'au 29 septembre 2013